Première véritable console portable du constructeur Nintendo, la Game Boy est sortie il y a 30 ans, le 21 avril 1989. Florent Gorges, historien du jeu vidéo, décrypte pour France Inter les raisons de cette petite révolution de poche, et de son succès sur le long terme jusqu'à aujourd'hui.

Une Game Boy géante dans une vitrine à Tokyo en 2014
Une Game Boy géante dans une vitrine à Tokyo en 2014 © AFP / Yoshikazu Tsuno

FRANCE INTER : Qu'est-ce que la Game Boy a changé en arrivant sur le marche du jeu vidéo ?

FLORENT GORGES : "C'était la première machine à démocratiser le jeu vidéo nomade. Auparavant, il y avait les Game & Watch, ces jeux électroniques qui faisaient 'bipbip', tout simplement... Il n'y avait qu'un seul jeu par machine, donc il fallait à chaque fois acheter une nouvelle machine pour changer le jeu. La Game Boy a permis de jouer partout (chez le médecin, dans le train, dans le métro) avec la même machine, où l'on pouvait interchanger les cartouches de jeu comme on voulait. C'était révolutionnaire, parce que c'était la promesse qu'on allait pouvoir utiliser les jeux vidéo partout, alors qu'ils étaient jusqu'ici uniquement centrés sur un écran de télévision."

C'était si impressionnant pour les enfants de l'époque ?

"À l'époque, quand on découvrait une cartouche Game Boy avec Mario, on se demandait comment il était possible de jouer à un Mario, avec des univers et des tonnes de mondes différents, sur une si petite cartouche (de 4 centimètres sur 5). On se disait que c'était incroyable de pouvoir voyager autant dans l'espace, dans l'eau, dans des pyramides sur un si petit écran ! C'est rudimentaire, c'est juste des traits en fond du décor, Mario est plutôt microscopique, mais ça suffisait aux enfants du début des années 80 à voyager. Ils retrouvaient des sensations qu'ils avaient uniquement sur leur grosse console devant un écran, quand il fallait se battre avec les parents pour avoir la possibilité de jouer. Là, on pouvait y jouer n'importe où, même sous la couette avec une lampe électrique !"

Qu'est-ce qui fait que la Game Boy a marqué les années 90, contrairement à ses concurrentes ?

"La Game Boy est devenue culte pour plein de raisons. D'abord parce qu'elle était la première offre de jeu vidéo portatif 'complexe', pour un prix vraiment très attractif [l'équivalent d'une centaine d'euros, NDLR]. L'autre intérêt, c'était que les piles tenaient longtemps, contrairement à ses rivales en couleurs : là, pour le coup, il fallait six piles LR06, qui valaient 50 francs à l'époque, juste pour jouer trois heures. Ça coûtait beaucoup plus cher que le cinéma ! Alors que la Game Boy offrait dix fois plus d'autonomie. Sans oublier l'offre de jeux : en général, les consoles se vendent parce que les jeux sont bons. Une console sans bon jeu, c'est juste une boîte."

C'est aussi ce qui explique l'attrait, encore aujourd'hui, qu'exerce cette console sur les joueurs nostalgiques ?

"Il y a dix ou quinze ans, de façon assez étrange, on trouvait des Game Boy un peu partout dans les vide-greniers, et ça ne valait rien du tout. Mais depuis cinq ou dix ans, on a vu les cotes de la Game Boy augmenter considérablement. Ça se raréfie, les anciens joueurs de Game Boy sont devenus des adultes, avec un pouvoir d'achat plus élevé. Et certains veulent retrouver les jeux de leur enfance par nostalgie, ce qui fait grimper les prix. On commence aussi à considérer le jeu vidéo comme une culture à part entière, au même titre que le cinéma, la littérature, la bande dessinée... Et forcément, cela fait qu'on s'intéresse au jeu vidéo aussi pour son attrait patrimonial."

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