Le Musée Jacquemart-André est le premier musée français à rendre hommage à Fra Angelico et à revisiter la carrière de cet artiste exceptionnel.

L’exposition présente près de 25 œuvres majeures de Fra Angelico et autant de panneaux réalisés par les peintres prestigieux qui l’ont côtoyé : Lorenzo Monaco, Masolino, Paolo Uccello, Filippo Lippi ou Zanobi Strozzi.

Alliant dans ses œuvres l’éclat des ors, hérité du style gothique, à la nouvelle maîtrise de la perspective, Fra Angelico (1387-1455) a pleinement participé à la révolution artistique et culturelle que connaît Florence au début du XVe siècle. Il a ainsi été l’initiateur d’un courant artistique que les spécialistes ont appelé lespeintres de la lumière .

Thébaïde, tempera sur bois, 75 x 208 cm, Galerie des Offices, Florence
Thébaïde, tempera sur bois, 75 x 208 cm, Galerie des Offices, Florence © 2011. Photo Scala, Florence - courtesy of the Ministero Beni e Att. Culturali

Le génie de cet artiste est multiple et s’exprime avec une égale maîtrise sur des supports très variés. Fra Angelico, que l’on connaît surtout pour l’ample décor à la fresque qu’il a réalisé au monastère San Marco de Florence, excelle tout autant dans l’art raffiné de l’enluminure et de la peinture surbois , comme l’exposition va permettre de le découvrir.

L’originalité de Fra Angelico au cœur de la première Renaissance florentine

Élève de Lorenzo Monaco, moine comme lui, Fra Angelico apprend son art à Florence, dans un environnement imprégné par le gothique international. La délicatesse de ce style, qui mêle influences du Nord de l’Europe et de l’Italie, inspire à Fra Angelico des compositions d’une grande profondeur spirituelle.

Les sujets auxquels Fra Angelico s’attache relèvent de la tradition picturalereligieuse, mais il se plaît à les réinterpréter tout au long de sa carrière. Ainsi, les nombreuses variations qu’il propose autour du thème de la Vierge d’humilité témoignent de sa grande facilité à intégrer les audaces stylistiques promues par les tenants d’une nouvelle peinture. Il n’ignore rien des innovations des grands Maîtres de son temps, comme Masolino et Uccello, qui proposent une représentation du monde plus réaliste, soutenue par l’importance de la figuration humaine et de la nouvelle maîtrise des règles de la perspective.

Épisodes de la vie de saint Nicolas : la naissance, la vocation et le don aux trois jeunes filles pauvres Vers 1437
Épisodes de la vie de saint Nicolas : la naissance, la vocation et le don aux trois jeunes filles pauvres Vers 1437 © 2011. Photo Scala, Florence

S’il adopte ces nouveaux préceptes picturaux, Fra Angelico reste cependant fidèle aux principes de la peinture religieuse médiévale : ses oeuvres conservent en effet une fonction didactique, renforcéepar la valeur mystique qu’il donne à la lumière. Au cœur de cette première Renaissance florentine qui marque un tournant dans l’art européen, Fra Angelico tient ainsi une place aussi significative qu’originale, due à son « talent rare et parfait » (Giorgio Vasari, Les Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes )

Introduction du conservateur

Au début du XVe siècle, Florence connaît une révolution artistique et culturelle conduite par des artistes de premier plan ; Alberti, Brunelleschi en architecture et en sculpture, Masaccio, Masolino, Uccello en peinture, en sont les promoteurs. Tous cherchent à proposer une vision nouvelle de l’homme et de la nature, fondée sur une représentation objective du monde, ce qui sous-entend la maîtrise de la perspective. Qu’en est-il de Fra Angelico ?

Saint Julien, Vers 1423-1426, tempera sur bois, 135 x 54 cm Archidiocèse de Florence, Musée diocésain de Santo Stefano al Ponte,
Saint Julien, Vers 1423-1426, tempera sur bois, 135 x 54 cm Archidiocèse de Florence, Musée diocésain de Santo Stefano al Ponte, © 2011. Photo Scala, Florence

Peintre du monde religieux, concentré sur les enceintes monastiques, ce peintre-moine peut-il être un soldat de la nouvelle figuration, lui qui apprend son métier auprès de Lorenzo Monaco et des tenants du gothique international. L’exposition organisée par le Musée Jacquemart-André tend à resituer cet artiste original, dont l’expression angélique a souvent été mise sur le compte de son engagement religieux mais qui en réalité n’ignore rien des innovations de ses contemporains et leur oppose souvent des solutions inattendues. Elle ambitionne également de montrer que, loin d’être un peintre isolé, il fut l’un des maîtres les plus suivis, initiateur d’un courant artistique que les spécialistes ont appelé les peintres de la lumière.

L’exposition présentera une trentaine d’œuvres de Fra Angelico, issues des grandes collections italiennes ainsi que des musées du monde entier, et un nombre équivalent de panneaux peints par les membres de son atelier ou de son école. Sans prétendre à la rétrospective, elle se fixe pour but de revisiter la carrière d’un des promoteurs de cette nouvelle peinture.

L’exposition a reçu le soutien de la surintendance des beaux-arts de Florence ainsi que de son pôle muséal, et l’appui des meilleurs spécialistes du peintre, tant italiens que français.

Nicolas Sainte Fare GarnotConservateur du Musée Jacquemart-André __ et commissaire associé de l’exposition

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