Deuxième Oscar de la "meilleure actrice" de sa carrière pour l'actrice américaine Francis McDormand, couronnée lors de cette édition 2018 pour son rôle dans "3 Billboards, Les panneaux de la vengeance".

Frances McDormand sur la scène de la cérémonie des Oscar 2018
Frances McDormand sur la scène de la cérémonie des Oscar 2018 © AFP / Mark RALSTON

A 60 ans, la comédienne entre dans le club très privé des actrices deux fois oscarisées. Elle avait décroché une première statuette en 1997 pour son rôle de policière enceinte et tenace dans "Fargo", des frères Coen, dont elle est l'égérie. Elle était nommée pour la cinquième fois aux Oscars après aussi "Mississippi Burning" (1988), "North Country" (2005) et "Almost Famous" (2000).

Elle en a remporté dimanche une seconde pour "3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance", où elle incarne cette fois-ci une femme en guerre contre la police: Mildred Hayes, ivre de douleur et de rage après le meurtre de sa fille et face à la lenteur de l'enquête, loue trois panneaux publicitaires pour faire bouger les choses. 

En recevant sa statuette des mains de Jodie Foster et Jennifer Lawrence sur la scène du Dolby Theatre, Frances McDormand a remercié en premier lieu le réalisateur du film, Martin McDonagh. "Nous sommes une bande de hooligans et d'anarchistes, mais nous nettoyons bien derrière nous", a-t-elle déclaré. 

La comédienne est aussi l'une des rares actrices à avoir obtenu le triplé de l'art dramatique, récompensée aux Oscars, aux Emmy, les prix de la télévision (pour "Olive Kitteridge") et d'un Tony, les prix du théâtre à Broadway. 

Pas "naturellement douée"

Quand on salue son talent, celle qui se décrit comme une "actrice à rôles de composition", répond toutefois: "on m'avait dit à l'école de théâtre que je n'étais pas naturellement douée. Alors j'ai travaillé dur. Je ne sais rien faire d'autre, à part femme au foyer". 

Fidèle à son personnage de pasionaria, Frances McDormand s'est mise dimanche au diapason de la vague post-Weinstein et a demandé à toutes les femmes professionnelles d'Hollywood dans la salle de se lever, suscitant un moment d'émotion dans le public. 

Martin McDonagh, a écrit le scénario de sa comédie noire "3 Billboards" il y a huit ans avec le rôle de Mildred spécialement conçu pour Frances McDormand, inspiré par un voyage en bus --et des panneaux publicitaires croisés-- à travers les Etats-Unis il y a vingt ans. 

Un rôle que l'actrice a qualifié de cadeau mais qu'elle a hésité à accepter, a-t-elle raconté dans l'émission du journaliste Charlie Rose, parce qu'elle se pensait trop vieille pour incarner la mère d'une adolescente. Jusqu'à ce que son mari, le réalisateur Joel Coen, lui ordonne: "boucle-là et accepte" le rôle, a-t-elle plaisanté. 

Actrice intègre

Cette intégrité à l'écran et au-delà, c'est ce qui la rend si spéciale aux yeux du réalisateur britannique. Née en 1957 à Chicago, elle a été adoptée à un an par un couple né au Canada, une infirmière et un pasteur. Diplômée de Yale, elle a commencé sa carrière au théâtre, devenant membre de la prestigieuse troupe de théâtre expérimental The Wooster Group, à New York, où elle vit toujours. 

Après des débuts au théâtre et à la télévision, l'un de ses premiers rôles remarqués fut dans "Blood Simple", premier film des frères Coen en 1984. C'est pendant ce tournage qu'elle a rencontré celui qui est vite devenu son mari, Joel Coen. Ils ont ensemble un fils adoptif âgé d'une vingtaine d'années.  

Elle a joué dans plusieurs des films que Joel a réalisés avec son frère Ethan, dont "Burn after Reading", "Hail, Caesar!", mais a aussi collaboré avec Wes Anderson ("Moonrise Kingdom"), Robert Altman ("Short cuts"), Alan Parker ("Mississippi Burning")... et même Michael Bay dans "Transformers: la face cachée de la lune" (2011). 

McDormand décrit Mildred comme "habitée par une rage pure. Je pense que son deuil ne finira jamais", mais à un moment "elle décide de passer à l'action, et ça engendre des dommages collatéraux". 

Elle s'est préparée pour le tournage en parlant à des gens qui avaient perdu un enfant. "L'une des choses que j'ai découvertes c'est que quand on perd un mari ou sa femme on est veuf. Si on perd un parent on est orphelin, mais si un enfant meurt, il n'y a pas de mot", a-t-elle déclaré au festival de Venise. 

Le mouvement #MeeToo aux Oscars

Dès les premières minutes, le présentateur de la soirée, Jimmy Kimmel, a consacré un long passage de son monologue au scandale Harvey Weinstein et aux mouvements #MeToo et Time's Up qui en sont nés. 

L'animateur a effectué une transition vers l'affaire Weinstein en plaisantant sur la statuette dorée baptisée Oscar : 

Oscar est l'homme le plus respecté et aimé à Hollywood. Et il y a une bonne raison: regardez-le. Il garde ses mains en vue, ne dit jamais un mot grossier et le plus important, pas de pénis du tout

"Ce qui est arrivé à Harvey (Weinstein) et à d'autres aurait dû arriver depuis longtemps", a déclaré Jimmy Kimmel, sur la chaîne ABC, qui retransmet les Oscars aux Etats-Unis. "Nous ne pouvons plus laisser les mauvais comportements rester impunis", a-t-il professé. "Le monde nous observe. Nous devons donner l'exemple." 

Une vidéo a ensuite été présentée par Ashley Judd, Salma Hayek et Annabella Sciorra, trois actrices qui ont été harcelées sexuellement et menacées par le producteur Harvey Weinstein, la dernière affirmant même avoir été violée par le magnat déchu. 

La séquence s'est ouverte sur une autre actrice harcelée par Harvey Weinstein, Mira Sorvino, qui a expliqué que, depuis l'automne, avec les mouvements #MeToo et Time's Up, "tout le monde a maintenant une voix pour exprimer quelque chose qui se déroule depuis toujours, pas seulement à Hollywood, mais dans toute la société". 

Les principaux gagnants du palmarès des Oscars 2018

  • Meilleur film : "La forme de l'eau"  
  • Meilleur réalisateur : Guillermo del Toro pour "La forme de l'eau"  
  • Meilleur acteur : Gary Oldman dans "Les heures sombres"  
  • Meilleure actrice : Frances McDormand dans "Three Billboards : les panneaux de la vengeance"  
  • Meilleur second rôle masculin : Sam Rockwell dans "Three Billboards : les panneaux de la vengeance"  
  • Meilleur second rôle féminin : Allison Janney, "Moi, Tonya"  
  • Meilleur scénario original : "Get Out"  Meilleur scénario d'adaptation : "Call Me By Your Name"  
  • Meilleur film d'animation : "Coco"  
  • Meilleur film documentaire : "Icarus"  
  • Meilleur film en langue étrangère : "Une femme fantastique" (Chili)  
  • Meilleure chanson originale : "Remember Me" (Coco) 
 Le palmarès complet de la 90e cérémonie des Oscars
Le palmarès complet de la 90e cérémonie des Oscars © Visactu
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.