La mode parisienne rend hommage à l'une de ses figures, le couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa, décédé ce samedi à l'âge de 77 ans.

Azzedine Alaïa n'aimait pas la promotion et avait le luxe de se passer de publicité. On le voit ici au milieu de ses créations à Rome, en 2015, lors d'une exposition rétrospective de ses créations.
Azzedine Alaïa n'aimait pas la promotion et avait le luxe de se passer de publicité. On le voit ici au milieu de ses créations à Rome, en 2015, lors d'une exposition rétrospective de ses créations. © AFP / GABRIEL BOUYS

Le couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa, adulé par ses créations audacieuses sans être extravagantes, est décédé à l'âge de 77 ans. Ce créateur hors-norme, qui affectionnait créer en dehors du système, loin des podiums des défilés haute-couture traditionnels et de la presse, travaillait avec un réseau de clientes très fidèles.

Sa disparition a suscité samedi une pluie d'hommages de figures de la mode, à l'image du couturier Pierre Cardin ou de la créatrice Inès de la Fressange, mais aussi de personnalités politiques telles que Jack Lang, ancien ministre de la Culture. Sur sa page Facebook, il a exprimé sa tristesse à l'annonce de la disparition d'Azzedine Alaïa : "Azzedine savait mieux que quiconque sublimer les femmes. Il les aimait et elles, en retour, lui vouaient une vénération infinie."

Françoise Nyssen, actuelle ministre de la Culture, a salué la mémoire d'un ami dont elle aime à raconter sa passion pour le partage de la cuisine tunisienne. "Il faisait virevolter les femmes avec une élégance fantastique" s'est-elle émue, en livrant son hommage au micro d'Alexandra Ackoun.

Créations provocantes et distinguées

En Tunisie où il a grandi, Azzedine Alaïa avait quitté le milieu agricole dans lequel il a grandi pour étudier la sculpture aux Beaux-Arts de Tunis. C'est là où il commence à travailler pour une couturière de quartier. A la fin des années 50, le couturier tente sa chance à Paris où il travaille brièvement chez Dior et Guy Laroche mais c'est en habillant les femmes du monde en tant que jeune homme au pair d'Azzedine Alaïa, devenu bien souvent leur confident, rencontre ses muses, Arletty notamment, mais aussi l'actrice suédoise Greta Garbo.

A l'image des sculptures qu'il étudiait plus jeune, Azzedine Alaïa habille la femme de "secondes peaux", comme la robe fourreau : des créations provocantes et distinguées qui ont largement défini la silhouette féminine des années 80, sexy en body, en caleçon noir moulant ou en jupe zippée dans le dos. Les célébrités se l'arrachent, notamment la sculpturale Grace Jones qui pose dans ses vêtements sous l'objectif de Jean-Paul Goude. 

En 1989, c'est d'ailleurs ce même Goude qui commande à Alaïa la toge-drapeau portée par la cantatrice Jessye Norman pour le défilé du Bicentenaire de la Révolution française.  En 2000, il signe un accord avec Prada, qui lui permet de se développer, mais dont il se dégage sept ans plus tard, préférant s'adosser au géant suisse du luxe Richemont.  Malgré ce changement d'affiliation, Alaïa n'avait rien modifié à son fonctionnement, travaillant inlassablement de nuit, au son de vieux films.  

Son ultime défilé avait été présenté en juillet, ouvert par sa protégée, Naomi Campbell.

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