Avec 4 millions de documents numérisés, Gallica met à disposition depuis vingt ans les documents des fonds de la Bibliothèque nationale de France à la portée de tous les francophones.

Gallica dispose de 4 millions de documents numérisés
Gallica dispose de 4 millions de documents numérisés © Gallica / BnF

Que sont-elles devenues ces batailles homériques menées par Jean-Noël Jeanneney, ancien président de la Bibliothèque nationale de France (BNF), contre la numérisation des documents avec l'aide des géants du numérique ?

Après l'annonce, en 2005, du projet de Google de numériser massivement des ouvrages conservés notamment dans de prestigieuses bibliothèques internationales, Jean-Noël Jeanneney avait appelé à une contre-offensive européenne. Mais ailleurs, chacun avait cherché sa solution. La British Library s'en est remise à Microsoft. La bibliothèque de Lyon a signé un accord avec Google en 2008, tout comme les universités d'Oxford et de Madrid, les bibliothèques de Bavière, de Barcelone, de Gand et de Lausanne. 

Finalement la BNF, qui avait failli ouvrir ses portes à Google sous la présidence de Bruno Racine, a renoncé : Google avait de trop grandes dents.  Le glouton "numérisateur"  réclamait alors aux bibliothèques dans certains cas de racheter l’accès à leurs ouvrages sous forme numérisée ainsi qu’à ceux des bibliothèques sœurs, ou bien s'en octroyait l'usage pendant vingt-cinq ans. Il créait ainsi un monopole sur l’accès à des documents que ces institutions étaient justement sensées apporter aux citoyens.

A Paris, au sommet des tours érigées par Dominique Perrault sur le site Tolbiac de la BNF, on regarde aujourd'hui tout cela avec philosophie. Le projet de Google aura obligé la plus grande institution du genre en Europe à mettre les bouchées doubles pour faire une offre numérique sur sa plateforme, Gallica.

La BNF fait appel a de grandes entreprises pour scanner et numériser ses documents et ceux de bibliothèques partenaires. Les documents les plus précieux et fragiles le sont par des agents de la BNF. 

Tous ces documents sont proposés aux internautes sur la plateforme Gallica, qui fête en ce moment ses vingt ans. 

Aujourd'hui, la plateforme phare de la BNF propose 4 millions de documents numérisés (son catalogue compte 13 millions de références). Elle s'adresse au monde francophone, et reçoit environ 40 000 visiteurs par jour. 

Pour Arnaud Beaufort, directeur général adjoint de la BNF, "la France a une avance considérable, notamment par les crédits publics, notamment ceux du Centre national du livre, qui a donné plus de 60 millions d’euros qui ont permis la numérisation et la diffusion des documents. 500 000 livres sont disponibles sur Gallica, c’est  un résultat sans égal, si on compare avec les autres bibliothèques. Nous avons une longueur d’avance grâce à l’action concertée des pouvoirs publics et des agents même de la BNF"

Que trouve-t-on dans Gallica ? 

Gallica offre en recherche spontanée ou de manière thématique, des livres, photos, journaux, cartes, documents en tous genres qui constituent le grand patrimoine écrit et imagé de la France. 

Elle vient d'intégrer les films diffusés dans le cadre scolaire. La Radio télévision scolaire (RTS) a fait appel à de jeunes talents, tels que Jean Douchet, Eric Rohmer, Nestor Almendros… et a diffusé sur les canaux de la Radio-télévision française (RTF) puis de l’ORTF.

Ces premières vidéos présentées dans Gallica, produites entre 1954 et 2004, illustrent toutes les disciplines de l’enseignement scolaire : la littérature et la philosophie, l’histoire et la géographie, ainsi que l’enseignement des arts et l’économie. 

Récemment, Gallica a mis au point  la bibliothèque diplomatique numérique qui réunit un millier de documents liés à la diplomatie française. Le projet a été monté par la BNF au profit du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.  

"C'est un développement en marque blanche pour mettre en avant des manuscrits de diplomates, des documents essentiels de la vie diplomatique. Ils étaient déjà numérisés par le Quai d'Orsay ou pour Gallica, mais ils se retrouvent mis en valeur dans cette nouvelle entité", explique Arnaud Beaufort. 

Qui sont les usagers de Gallica ? 

Les internautes qui utilisent Gallica ne sont pas forcément des étudiants, loin s'en faut. Ce sont des chercheurs, mais surtout amateurs, parfois retraités. Selon les conclusions d'un sondage mené auprès des utilisateurs, la BNF a constaté que "le nombre des gallicanautes de 50 ans et plus a connu une progression de 89 % entre 2011 et 2016. Ces derniers utilisent Gallica d’abord pour des recherches personnelles et leurs loisirs".

65% des "Gallicanautes" ont plus de 50 ans.
65% des "Gallicanautes" ont plus de 50 ans. / BnF

La croissance de l’âge moyen est la conséquence du développement de l'équipement numérique des seniors. Ceux qui surfent sur les pages de Gallica, ont des buts multiples : ils le font à la fois à titre de loisirs, mais aussi pour des raisons de recherche précises et professionnelles.
 

Ainsi, 40 % des gallicanautes se connectent pour trois ou quatre motifs différents, lors de leurs différentes sessions (ou d’une même session).
 

Les étudiants qui ont répondu au sondage mené par la BnF utilisent peu Gallica
Les étudiants qui ont répondu au sondage mené par la BnF utilisent peu Gallica / BnF

La variété des motifs de consultation peut être mise en regard des domaines d’intérêt plébiscités par les publics. Histoire (77 %), littérature (44 %), art (40 %), sciences humaines (34 %) et généalogie (28 %) sont les domaines les plus recherchés. Au fil des ans, l'ergonomie du site s'est améliorée et il satisfait mieux ses utilisateurs.

Mais le plus grand défi qui se présente aux bibliothèques numériques aujourd'hui, c'est de rentrer dans les mœurs des jeunes internautes, lycéens ou étudiants notamment, et de croiser plus souvent la route des internautes.

Ce dernier enjeu est un enjeu de référencement. A ce titre, la BNF a déjà alerté Google pour demander à ce que tous les livres, d'où qu'ils viennent soient référencés dans  l'onglet "livres" du moteur de recherche Google. Pour l'instant, il ne recense que les livres numérisés par Google.

"Imaginez que l'onglet vidéo de Google ne présente que des vidéos de Youtube, ce serait un tollé. Pourquoi il n'y a pas la même préoccupation avec l'onglet livres, qui ne donne pas accès à ce que font les bibliothèques publiques ou ce que proposent les éditeurs de manière commerciale", s'interroge Arnaud Beaufort. Ainsi, faute d'avoir mis la main sur les patrimoines écrits des grandes bibliothèques, Google fait peu d'effort pour leur mise à disposition auprès des internautes. 

Recherche sur Madame Bovary dans l'onglet Livres de Google
Recherche sur Madame Bovary dans l'onglet Livres de Google / Capture d'écran
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