Cette semaine sort en salle "Les Heures sombres" de Joe Wright avec Gary Oldman. Et l'on parle déjà d'Oscar pour l'acteur au vu de sa performance dans le rôle de Winston Churchill. Il est vrai qu'Hollywood est friand de ce genre de transformation extrême.

Gary Oldman est Churchill
Gary Oldman est Churchill © Universal Pictures International France

Invité d’Augustin Trapenard dans Boomerang, le comédien a évoqué le travail autour de la création de ce personnage hors du commun

Ce n'est pas la première fois que Gary Oldman joue un personnage ayant réellement existé. Il a successivement été Sid Vicious, Beethoven et Lee Harvey Oswald. Et pourtant, il n'a pas tout de suite accepté le rôle :

Ce n’était pas l’angle psychologique ou intellectuel qui me freinait, mais la performance physique. Je n’ai pas à vous expliquer : regardez-le et regardez-moi…

La préparation a été longue et minutieuse : l'acteur a d'abord travaillé sa voix. Puis, sur les conseils d'un historien et biographe de Churchill, il a lu les écrits essentiels parmi le millier d'ouvrages existants sur Churchill. Il s'est ensuite penché sur le travail corporel et a contacté personnellement Kazuhiro Tsuji : "le Picasso des maquillages spéciaux".

Aucun détail, ou presque n'a été laissé au hasard. Pour les chapeaux, la production les a fait faire par Lock & Co. Hatters, la boutique de chapeaux la plus ancienne au monde, qui fabriquait exclusivement les couvre-chefs de Churchill. De même pour les costumes, l’équipe s’est adressée à son tailleur historique Henry Poole & Co. à Londres. Les cigares sont des Siglo de la marque cubanodominicaine Cohìba et la montre à gousset a été fabriquée par l’entreprise Breguet.  Seules les chaussures font exception, le bottier historique de Churchill n’étant plus en activité.

Un acteur qui se grime, ça n'a rien d'exceptionnel, c'est l'essence même de son métier… mais depuis le milieu des années 1970, certains n'hésitent pas à pousser à l'extrême la transformation.

Les boules de coton de Marlon Brando

Lorsqu'il se lance dans Le Parrain, Francis Ford Coppola veut Marlon Brando pour le rôle de Vito Corleone, (ou Laurence Olivier, mais ce dernier, malade, décline l'offre). La production, elle, veut Ernest Borgnine, jugeant Brando beaucoup trop ingérable. 

A la demande de Coppola, l'acteur accepte de faire des essais. Il se présente grimé comme pour le rôle dans le film, notamment avec du coton dans les joues, pour alourdir le bas du visage, afin de ressembler à "un Bulldog", explique-t-il et les cheveux colorés au cirage.

C'est grâce à cet essai que les cadres de la Paramount donnent le feu vers à Coppola.

Marlon Brando remporte l'Oscar, mais ne va pas le chercher. Il envoie une jeune amérindienne qui lit un message dans lequel Marlon Brando dénonce le sort réservé aux Indiens dans l'industrie cinématographique et plus globalement aux Etats-Unis.

Les kilos de Robert de Niro

Robert de Niro a un talent immense, mais ne ressemble physiquement pas vraiment à un boxeur poids moyen. Pour interpréter Jack LaMotta, boxeur sorti de rien, qui va s'élever au plus haut niveau jusqu'à décrocher le titre de champion du monde des poids moyens, il va devoir prendre du volume : 30 kilos de muscles.

Pendant le tournage de Raging Bull, Martin Scorsese remarque que l'acteur respire très mal ("Il respirait aussi mal que lorsque je faisais une crise d'asthme" se souvient le réalisateur). Craignant pour la santé de sa vedette, le réalisateur tourne toutes les dernières scènes de LaMotta en un temps record.

Pour ce rôle, Robert de Niro remporte l'Oscar, mais aussi le Golden Globe et un BAFTA (les Oscar britanniques)

Et pourtant, au chapitre des transformations spectaculaire, face à lui cette année là, il y avait John Hurt pour son rôle de John Merrick dans Elephant man

Daniel Day-Lewis, l'extrémiste

Daniel Day-Lewis est connu pour se glisser dans la peau de ses personnages. Au delà du raisonnable, diront certains.

Une partie de mon travail consiste à m'abandonner dans mes rôles. C'est logique pour moi de chercher à vouloir rester dans ces univers. Mais au-delà de cette logique, c'est aussi mon plaisir, parce que c'est là que se trouve mon travail.

Daniel Day Lewis est un adepte de la Méthode de l’Actor Studio. Jean Vilar dans son introduction à La formation de l'acteur de Stanislavski écrit : "Seul le subconscient peut procurer l’inspiration dont nous avons besoin pour créer". Daniel Day-Lewis repousse les limites de cette méthode.

Prenons un exemple : My Left Foot. Daniel Day Lewis y interprète Christy Brown, peintre et écrivain, frappé d'une paralysie spasmodique à la naissance. L'acteur a passé l'intégralité du tournage dans son fauteuil roulant, courbé, se faisant nourrir à la petite cuillère. Résultat : deux côtes cassées et des problèmes de dos qui le poursuivent aujourd’hui encore.

Apparemment ça paye, puisqu'il est à ce jour l'un des acteurs les plus récompensés du cinéma actuel. Il est par exemple le seul à avoir obtenu trois Oscars du meilleur acteur. La seule à avoir fait mieux est Katharine Hepburn, lauréate de quatre statuettes.

Le yoyo pondéral de Christian Bale

Champion toutes catégories ces dernières années : Christian Bale. Adepte de la Méthode lui aussi, depuis 15 ans il a pris, perdu, repris puis reperdu des dizaines de kilos en fonction des rôles.

Sa première transformation et sans doute la plus spectaculaire remonte à 2005 pour le tournage de The Machinist dans lequel il interprète un ouvrier qui affirme ne pas avoir dormi depuis plus d'un an. De plus en plus fatigué, il perd chaque jour un peu plus pied. Christian Bale a perdu 30 kilos en trois mois. Pour cela, il n'ingurgitait plus que du café et des pommes et fumait énormément. Alors qu'il voulait pousser sa transformation encore plus loin, les médecins lui ont ordonné d'arrêter ce régime.

En 2010, pour Fighter dans lequel il interprète un boxeur, il perd 20 kilos. Il obtient pour sa prestation l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle ainsi qu'un Golden Globe.

En 2012, rebelote, mais dans l'autre sens. En quelques mois il prend 24 kilos de muscles pour le troisième volet de Batman : The dark rises.

Et enfin, il prend à nouveau une vingtaine de kilos (mais pas de muscles...) pour American Bluff de David Russell.

Cette transformation n'a pas été anodine puisqu'elle lui a causé une sévère hernie discale. L'acteur a depuis décidé d’arrêter ces régimes brutaux à l'avenir.

A deux c'est mieux

Sportif, bronzé, fan de surf, Matthew McConaughey a du se passer pour un temps de batifoler dans les vagues pour la préparation de son rôle de séropositif à l'article de la mort dans Dallas Buyers Club. Pour avoir l'air encore plus maladif, il a donc arrêté le sport et ne s'est pas exposé au soleil pendant six mois. Parallèlement, il s'est nourrit principalement de poulet, de blancs d’œuf et de coca light. 

Jared Leto qui joue également dans Dallas Buyers Club a dû lui aussi s'astreindre à un régime drastique. Les deux comédiens ont perdu respectivement 22 et 25 kg. Jared Leto avait déjà beaucoup maigri en 2000 pour les besoins de Requiem For A Dream. 

Les acteurs ont été tous les deux nommés aux Oscar dans la catégorie Meilleur acteur pour McConaughey et Meilleur second rôle masculin pour Leto. Mais seul Matthew McConaughey est reparti avec la statuette.

Les filles aussi

Habituées des transformations capillaires, Charlize Theron a été brune dans AEon Flux ou dans Les Chemins de la dignité, rasée dans Mad Max : Fury Road, cheveux courts, blonds et bouclés dans Nous étions libres. Mais pour le film qui lui a valu l'Oscar en 2003, elle est allée beaucoup plus loin.

Pour interpréter, dans Monster, une prostituée serial-killeuse qui a tué au moins sept hommes, l'ex-mannequin accepte de s'enlaidir. Elle a tout d'abord pris 15 kg, puis dans le film, elle porte des fausses dents, un masque en latex et est totalement méconnaissable.

Résultat : pluie de récompense dont l'Oscar, l'Ours d'argent de la Meilleure actrice à Berlin et le Golden Globe de la Meilleure actrice.

Girls who are boys, et inversement

3000 $ : c'est le cachet d'Hilary Swank pour Boy's Don't Cry.  Inutile de vous dire qu'il a du être réévalué par la suite.

Le film est très fidèlement inspiré de la vie de Brandon Teena, un jeune transsexuel américain qui a été violé et assassiné au début des années 1990 aux États-Unis.

A la demande de sa réalisatrice, Hilary Swank a du s'impliquer totalement dans le rôle et se comporter dans sa vie quotidienne comme le ferait un garçon. L'expérience a duré quatre semaines.

Je savais que c'était vraiment important que je sois prise pour un garçon, pas seulement que je parle ou que je marche comme l'un d'eux. Il est assez évident que les gens me parlaient comme si j'étais un jeune homme. J'étais fascinée par leurs réactions, toujours les regardant dans les yeux pour essayer de savoir s'ils me perçaient à jour.

Alors qu'elle était encore relativement inconnue, la jeune actrice remporte grâce à sa performance l'Oscar de la meilleure actrice et un Golden Globe

Quelques années plus tôt, c'est Dustin Hoffman qui  enfilait des vêtements de femmes dans Tootsie de Sydney Pollack.

Pour jouer les aspects féminins de son personnage, Dustin Hoffman déclara s'être inspiré de sa mère :

J'ai mis beaucoup de ma mère dans le personnage de Dorothy : sa chaleur, sa vulnérabilité, son énergie et surtout l'humour extravagant dont elle faisait preuve à l'égard du sexe.

Dustin Hoffman a bien été récompensé pour ce rôle : un Golden Globe, un Bafta, mais pas d'Oscar.

Il faut dire que question transformation extrême il y avait de la concurrence cette année là puisque Ben Kingsley fut couronné pour son interprétation de Ghandi.

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