L'exposition "Gaston au-delà de Lagaffe" à la BPI du centre Pompidou à Paris ouvre ses portes aujourd'hui… Mais sait-on vraiment tout sur ce personnage fétiche de Franquin ?

Dans l'exposition Gaston Lagaffe
Dans l'exposition Gaston Lagaffe © Franquin/Dupuis/BPI

Gaston est né en 1957 presque par hasard sous les doigts de Franquin pour aérer les pages de Spirou. Le personnage est devenu ensuite un vrai personnage de BD : une sorte de documentaliste, dormeur, inventif et rebelle d’une drôle de rédaction.

Yvan Delporte, alors rédacteur en chef du magazine, a servi de modèle - jusque dans la posture voutée et le côté décalé. Et le prénom a été emprunté à un ami d’Yvan.

Truffées de clins d’œil à des personnages ayant réellement existé (Monsieur de Mesmaeker ou le comptable Boulier, alias de Mr Arcq à Spirou), les planches de Gaston sont de fabuleux gags servis par le graphisme exceptionnel de Franquin. Gaston Lagaffe est avant-gardiste : il est écolo, anti-flic, ami des animaux, gentiment subversif…

Dans l'exposition Gaston, au-delà de Lagaffe
Dans l'exposition Gaston, au-delà de Lagaffe © Radio France / Anne Douhaire/France Inter

L’exposition "Gaston au-delà de Lagaffe" permet une jolie immersion dans l’univers de ce rêveur. Et devient particulièrement émouvante lorsqu’elle présente les originaux (pas assez nombreux) des essais sur les personnages. Des ébauches qui permettent d'apprécier l’incroyable dynamisme du trait au service de l’humour.

►►► Aller + loin : Gaston en toutes lettres : le rôle du lettrage dans les BD Gaston de Franquin

Les croquis préparatoires de Franquin de la fameuse 409 dans l'exposition "Gaston, au delà de Lagaffe"
Les croquis préparatoires de Franquin de la fameuse 409 dans l'exposition "Gaston, au delà de Lagaffe" © Radio France / Anne Douhaire/France Inter

Trois questions à Christelle Pissavy-Yvernault

Christelle Pissavy-Yvernault est conseillère scientifique de l’exposition "Gaston, au-delà de Lagaffe" à la BPI du centre Pompidou

Qui est vraiment Gaston Lagaffe ?

CPY : Gaston, c’est Franquin, et Franquin, c’est Gaston. Pourtant au départ, ce n’était pas exactement ça : Gaston est inspiré d’Yvan Delporte, le rédacteur en chef du journal de Spirou. Un type complètement farfelu qui venait quelque fois avec un lion, une espèce d’anarchiste révolté, subversif… On le retrouve vraiment dans la personnalité de Gaston Lagaffe. Et il avait comme lui une silhouette voûtée…

Mais les années passant, Franquin s’est tellement approprié son personnage, qu’il s’en sert de porte-voix pour exprimer toute ses colères, toute sa lassitude, sa révolte, ses joies, ses rêves… Si bien qu’une symbiose s’est effectuée entre les deux. Et même si Franquin ne l’a jamais clamé, Gaston, c’est lui.

Mademoiselle Jeanne dans l'exposition Gaston, au délà de Lagaffe
Mademoiselle Jeanne dans l'exposition Gaston, au délà de Lagaffe © Radio France / Franquin/Dupuis/BPI

Gaston est-il un dormeur servi par un dessin ultra dynamique ?

CPY : Gaston a une image de dormeur, ou de fainéant. Mais si on regarde les planches de plus près, on voit qu’il est prêt à dépenser une énergie considérable pour ne rien faire - en tous les cas, pour faire ce qu’il a envie de faire. Il est comme un enfant, il est dans l’instant. Parfois s’il a une envie, il est capable de mettre en place tout un système pour parvenir à ses fins. Le dynamisme du dessin est paradoxal.

Mais en même temps, Gaston était un tel exutoire à son énergie, à tout ce qu’il avait en lui, que forcément, ça allait dans tous les sens. Dans les cases, on trouve beaucoup de trajectoires. Gaston apaisait Franquin.

Dans Gaston on retrouve à travers le personnage de Bertrand Labévue des épisodes de déprimes. Franquin disait que dans Gaston, il avait mis sa propre envie de se retirer du monde. Le dessinateur était un monstre de travail. Pendant des années, il a été la grande vedette du journal de Spirou. Il réalisait quatre à cinq planches de bande dessinée par semaine, avec une exigence insensée… Il le faisait parce qu’il était la vedette, parce qu’il ne savait pas dire non, parce qu’il avait cette énergie, ce bouillonnement en lui. C’est pourquoi, il va connaître des moments de burn-out.

Gaston chimiste dans l'exposition "Gaston, au-delà de Lagaffe"
Gaston chimiste dans l'exposition "Gaston, au-delà de Lagaffe" © Franquin/Dupuis/BPI

En quoi Gaston reste moderne ?

CPY : Gaston reste moderne aujourd’hui, même si ça fait vingt ans que Franquin est mort parce que quand vous lisez ses gags, les planches, il vous apprend à vivre autrement, à décoder les petites tyrannies de notre société, les diktats de l’autorité qui nous mine jours après jours. Il nous apprend à résister. Gaston était un résistant, un contestataire, malgré lui. Il ne scandait aucun slogan. Il était juste là pour qu’on lui fiche la paix. Et c’est sa vraie richesse. C’est pour cela qu’au-delà de la gaffe, il y a un vrai propos engagé qui nous montre l’exemple, à l’image de ces humoristes comme Desproges ou Coluche qui tournaient en dérision et nous ouvraient les yeux.

Dans l'exposition "Gaston, au-delà de Lagaffe"
Dans l'exposition "Gaston, au-delà de Lagaffe" © Radio France / Anne Douhaire/France Inter

►►► Aller + loin sur France Inter : Il a été question du catalogue dans La bande originale. Gaston sujet de Ces héros qui nous veulent du bien, la chronique philosophique de Thibaut de Saint-Maurice s'intéresse à Gaston Lagaffe, héros improbable pour nous apprendre à "buller" sans culpabiliser ! Et L'éphéméride Frédéric Pommier consacré à la naissance de Gaston. L'émission l'Instant M consacrée aux 60 ans de Gaston, et la chronique de Thomas Chauvineau sur le même sujet, et le 7h43 de Patrick Cohen avec la voix de Franquin.

Lire aussi : [Gaston hors-série 60 ans : L'anniv' de Lagaffe](http:// http://www.dupuis.com/gaston-hors-serie-60-ans/bd/gaston-hors-serie-60-ans-l-anniv-de-lagaffe/71016)

ET AUSSI : + de BD ICI et dans la sélection de Noël 2016

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