Tous les dimanche dès 10h sur France Inter, Eva Bester invite un(e) invité(e) à nous confier ses remèdes à la mélancolie. Mais ça déroute le philosophe Georges Didi-Huberman.

Au fil des époques, on l'a appelée spleen, dépression, mélancolie... Est-ce vraiment tujours la même chose ? Pour Geoges Didi-Huberman, "la mélancolie n'est pas une maladie"
Au fil des époques, on l'a appelée spleen, dépression, mélancolie... Est-ce vraiment tujours la même chose ? Pour Geoges Didi-Huberman, "la mélancolie n'est pas une maladie" © Getty / Cat Lane Photographer

Chaque dimanche matin, Eva Bester invite une personnalité du monde de la culture à confier à l'antenne de France Inter ses remèdes à la mélancolie. C’est d’ailleurs le titre de son émission : Remèdes à la mélancolie.

Pour le philosophe et historien de l'art Georges Didi-Huberman, invité ce dimanche 16 avril, si on parle de mélancolie au sens psychopathologique, ce titre d'émission est maladroit :

Si la mélancolie est une maladie, je pense que nous ne sommes concernés ni vous ni moi parce que c’est une maladie très très grave. Et ses remèdes, ce sont des électrochocs et des médicaments très forts.

Mais la mélancolie recrouvre de nombreuses choses... "Il y a une deuxième façon d’évoquer le mot, c’est de remonter très haut dans le temps et d’en faire non pas une maladie - c’est pour ça que votre titre est bizarre - mais une idée qui remonte à Aristote, qui veut que ce serait peut être un style. C’est comme ça que naissent les génies : Michel-Ange, etc.".

Il évoque aussi une troisième acception du mot "mélancolie", plus proche de nous tous : le malaise général :

La mélancolie, ce n’est pas une maladie, mais c’est plutôt un malaise dans la civilisation.

Et dans ce cas, ce n’est pas une maladie, et donc il n’y a pas de remède… CQFD.

La mélancolie, un signe des temps actuels

Pour Georges Didi-Hubermann, "ce malaise est très répandu. Qu’il y ait dans notre société aujourd’hui un roman très célèbre qui puisse s’appeler Soumission (2015, Michel Houellebecq), c’est déjà un signe mélancolique. La droite française se dit mélancolique (Eric Zemmour a écrit un livre qui s’appelle Mélancolie française) c'est ici le sentiment du déclin généralisé, que je trouve totalement nul et insupportable".
La mélancolie n'est pas un concept utilisé uniquement par la droite française : l'historien Enzo Traverso a écrit récemment _Mélancolie de la gauche -_ mais dans ce cas, "ce n’est pas une mélancolie dont il faudrait juste se plaindre, c'est beaucoup plus riche que ça" insiste le philosophe.

Signalons au passage, que le terme opposé au mot "soumission", c’est “soulèvement” - et que c'est le titre d'une exposition actuellement proposée au Jeu de Paume et qui est organisée par... Georges Didi-Huberman.

Noyer son chagrin ?

Georges Didi-Huberman cite Freud :

Celui qui est endeuillé a perdu quelqu’un mais le mélancolique se perd lui-même. Il est indéfiniment en deuil de lui-même.

Ce qui l'amène à cette affirmation étonnante :

Il ne faut pas trouver un remède à la mélancolie

Il explique : "Quand on dit « Ce type a noyé son chagrin dans l’alcool » : en fait, il se noie dans la connerie, dans la bêtise ! S'il se noie en regardant la télé toute la journée, faisant des jeux vidéo ou même en regardant des comiques français pour, soi-disant, faire semblant de rire, le type ne noie pas on chagrin, il se divertie de son chagrin !

J’appelle ça une facilité dépressive. C’est habiter son malheur et finalement se sentir pas si mal que ça parce qu’on a la nostalgie avec soi ; on va pouvoir dire « c’était mieux avant »."

Georges Didi-Huberman : "Celui qui se regarde la télé toute la journée [...] se divertit de son chagrin". Ce n'est pas un remède à la mélancolie.
Georges Didi-Huberman : "Celui qui se regarde la télé toute la journée [...] se divertit de son chagrin". Ce n'est pas un remède à la mélancolie. © Getty / Mark Griffiths

Pour lui, mélancolie, c'est simple, il faut la traverser… et même s'il est opposés à l'idée de "soigner" la mélancolie... il s'est tout de même prêté au jeu proposé par Eva Bester et a annoncé à l'antenne quelques-uns de ses remèdes... et des beaux : Georges Perec, le flamenco, Pier Paolo Pasolini, Janis Joplin… Ecoutez-le les raconter, c'est passionnant !

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