Renaissance très attendue d'une série phare de Sony, ce nouvel épisode balaie avec jubilation tout ce qu'avaient établi les précédents épisodes, et reconstruit tout sur des bases solides et efficaces. Ou quand le défouloir devient une tragédie presque plus subtile qu'épique.

God of War, le retour de Kratos comme ses fans ne l'ont jamais vu
God of War, le retour de Kratos comme ses fans ne l'ont jamais vu © Santa Monica Studio

God of War commence par un double deuil : celui de la femme de Kratos, ancien dieu grec de la Guerre exilé en terres nordiques, mais aussi celui de la série de jeux dont il était jusqu'ici le héros. Car le plus frappant dans ce jeu (outre Kratos lui-même), c'est à quel point il ressemble peu à ses prédécesseurs.

Finis les ennemis par dizaines, terminés les enchaînements de coups rapides et surhumains, aux oubliettes la vue de dessus sur l'action et le héros perdu dans le gigantisme des environnements et des ennemis qu'il affrontait. Désormais, la caméra est placée derrière l'épaule du colosse spartiate, au plus près de l'action, et il se bat avec la puissance et la lourdeur d'un titan épuisé par son passé guerrier.

Épiques attaques

Cette mise en scène "caméra à l'épaule" est d'ailleurs l'une des meilleures idées du jeu (si ce n'est la meilleure). Les habitués s'y feront rapidement, les novices se demanderont comment on avait pu faire autrement. En mettant tout à hauteur d'homme (pardon, de dieu déchu), God of War rend le moindre affrontement spectaculaire, le moindre ennemi terrifiant, et chaque décor impressionnant.

Profitons-en pour souligner, justement, à quel point le jeu est beau techniquement et artistiquement. Les environnements mêlent à merveille nature sauvage et folklore nordique, tout paraît vivant, superbe, à la fois apaisant et sourdement menaçant. Quant à l'ambiance sonore (doublage, bruitages et musique), elle fait elle aussi des merveilles pour immerger le joueur.

Un homme hait des dieux

La réalisation se paie aussi le luxe de rapprocher le joueur des enjeux de l'histoire. C'est un conte cruel que l'histoire de Kratos, père souvent plus sévère que juste, et de son jeune fils, qu'il craint de voir devenir ce qu'il fut : un être consumé par la colère et la haine.

Ce nouveau God of War troque la mythologie comme simple prétexte à des affrontements dantesques, pour la tragédie presque intimiste. On se surprend, entre deux combats homériques (plus rares mais mieux distillés, et donc bien plus marquants) à s'émouvoir d'un petit garçon encore tremblant de trouille après avoir échappé à la mort, ou d'un père invincible mais analphabète, contraint de faire appel au mystérieux pouvoir de la lecture acquis par son fils.

God of War est un jeu tour à tour brutal, exigeant, émouvant. En parachevant l'évolution d'une série parfois critiquée pour sa violence omniprésente, voire gratuite, il est aussi l'un des exemples les plus éclatants de la maturité qu'a acquise le jeu vidéo, dans sa forme comme dans son fond.

GOD OF WAR - Disponible sur PlayStation 4

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