Certains trouveront peut-être que Les Visiteurs "C'est de la merdasse royale " comme l'énonce Godefroy de Montmirail dans le troisième volet de la saga qui se place au top 5 des films les plus vus depuisLa grande vadrouille. C'est le savoir faire de Jean-Marie Poiré (Depuise Père Noël est une ordure jusqu'àPapy fait de la résistance), complété par celui de Christian Clavier. Au royaume de la franchouillardise, il ne restait plus qu'à savoir rythmer, décaler, et délirer pour emballer les jeux de mots, du style "Jacques Couille? On ne veut pas de cette couille là. Mais que savent Poiré et Clavier de la vraie vie de leurs personnages. Ici commence le témoignage de Godefroy de Montmirail.

A son époque, l’imprimerie n’avait pas encore été inventée et le livre n’avait pas la même existence que nous lui connaissons aujourd’hui. Par ailleurs, peu de ses contemporains avaient la chance de savoir lire, trop occupé par la guerre. De ses voyages à travers le temps, Godefroy le Hardi a rapporté des savoirs modernes qui le placent désormais en avance sur son époque. Même si parfois, la réalité peut s’avérer fulgurante au vu des mutations intervenues au cours des dix derniers siècles.

Avec Fred Vargas, pour se rapprocher de Robespierre

livre vargas
livre vargas © Radio France

Oui, Fred Vargas . PasJules Michelet ni Alain Decaux , Fred Vargas. Un polar, un bon, un vrai, voilà ce que j'étudie en ce moment. J'ai ouï dire ces jours-ci que Christian Clavier n'aime pas le côté tyran de Robespierre . Et bien dans le roman de la bachelette Fred Vargas,Temps glaciaires, on dépeint au plus près ce Robespierre. Elle y décrit une société secrète qui s'amuse à mimer les débats du très célèbre Maximilien de Robespierre à l'Assemblée Nationale. Tout ce tralala de perruques, poudre et beaux habits de soie m'échauffe. Derrière ces têtes combien ont déconfié* leur classe.

Cependant que je me plonge dans la psychologie de ce personnage, notez que je m'attèle plus sérieusement à la lecture de La révolution française de Pierre Gaxotte . Et là les choses se précisent, ce Robespierre est d'une lignée de sacrés zozos, libérateurs et dictateurs en même temps. Voilà que des gueux chassent nobles et seigneurs ! Mais qu’est-ce donc que ce binz comme dirait ce fieffé gredin de

Geoffroy de Montmirail - La révolution française
Geoffroy de Montmirail - La révolution française © Radio France

Jacquart ? Cette révolte populaire menée par quelques hobereaux et autres esprits malfaisants n’est point de mon goût et je promets dans mes nouvelles aventures de remettre le Dauphin sur son trône. Que de crimes, que de sang royal versé pour satisfaire le besoin de liberté de quelques marauds rompus à déchoir notre bel édifice! Sur le sujet, bon nombres d’historiens ont trempé leur plume avec le souci de l’exactitude du fait rapporté. Le regard critique dePierre Gaxotte sur la révolution française est assez anticonformiste, peut-être est-ce lié à ses opinions conservatrices ? Montjoie ! Saint-Denis ! Je m’en vais corriger ces coquins de révolutionnaires par la lame de mon épée !

*déconfier = trahir

Au Congo !

J'ouis dire par ailleurs que la discorde se répand à cause de l'absence du nom d'un sarrazin dans nos aventures de 2016 sous la Révolution Française. Ces fripouilles de graphistes de l'affiche du film Les Visiteurs 3 n'ont pas réussi à graver tous les noms des comédiens. Auraient-ils enlevé mon nom et mon blason, le film pourrait-il garantir le succès attendu ? Pascal N'zonzi, en fait ne souhaitait pas particulièrement figuerer en haut de cette énorme couillonnade. Je renvoie les débatteurs dos à dos, les ligotent et les installent de force en mes murs, pour qu'ils lisent Congo, Une histoire, de David van Reybrouk (actes sud), car Pascal N'zonzi est né congolais. Et comme j'aime me montrer sous mon meilleur jour, je peux aussi ouvrir les pages deUne saison au Congo,d'Aimé Césaire . C'est une pièce de théâtre qui évoque le parcours de Patrice Lumumba , premier Premier ministre de la République démocratique du Congo, en lutte contre le colonisateur belge.

Une faille spatio-temporelle

Geoffroy de Montmirail - Nasa
Geoffroy de Montmirail - Nasa © Radio France

Il est d'usage que l'on me trouve en cote de maille en des lieux et époques qui me sont étrangers. En 2016, on me fait vivre la Révolution française, ce qui est en soi, vous en conviendrez, un double exploit. Dois-je rappeler que je suis né en 1076 et mort en 1142, à l'âge de 66 ans. Je suis Godefroy Amaury De Malfète, comte de Montmirail, d’Apromont et de Papimcourt, fils d’Aldebert de Malfète et de Thibaud de Montfaucon... Je suis ton aieul, lecteur, et je suis fier de mon réussissement cinématographique. Mais cessons ces batelages. Revenons à nos moutons. Je me dois d'élucider par quel charmement exactement je me vois transporter d'un monde à l'autre. "Per Horus et per Rha et per solem invictus duceres" et hop, changement de décors, coutumes et langages. Je compte bien en savoir plus grâce à Christophe Gaffard et son livre l'Univers à portée de mains . L'espace-temps, j' y comprends nenni, mais il y a peut-être là quelques charmognes* à découvrir.

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*charmogne = sortilège

Rendez-moi mon Moyen Age

Mon temps me semble-t-il est bien celui du Moyen Age, et de la chanson de Roland, diantre ! Et mon espace celui de la France.

Geoffroy de Montmirail - Chanson de Roland -
Geoffroy de Montmirail - Chanson de Roland - © Radio France

Sur les chemins de Normandie alors que nous guerroyions face aux anglois, quelques ménestrels nous contèrent cette Chanson de Roland . Ah Roncevaux !!! La félonie de Ganelon qui envoie Roland à trépas. Charlemagne qui écrase les sarrasins. Ganelon, jugé puis écartelé ! Cette fameuse chanson de geste, je ne l’avais point lue, juste entendue. Elle m’accompagne désormais dans mes aventures, selon les époques, à travers les âges. Rendez-vous compte : j’escoutais sans point le savoir le premier grand texte de la littérature française !

Geoffroy de Montmirail - Alienor
Geoffroy de Montmirail - Alienor © Radio France

Un peu plus tard, alors qu'à nouveau il m'était impossible de rejoindre ma Frénégonde , j'atterris à la Médiathèque Oscar Niemeyer du Havre. Et là mortecouille, je tombais sur un livre étrange ; Le roi disait que j'étais diable , d'une certaine Clara Dupont-Monod . Au diable bachelettes ou dévergoigneuses, voilà qu'elles se mettent à écrire maintenant.

Et qu'on m'amène Alienor , dont les chevauchées sont contées dans ce livre, que je vois un peu de quel bois elle se chauffe. Cette presque sorcière, libre, filant sur son cheval, était une conquérante. Elle fût l'épouse de Louis VII, drôle d'attelage ces deux-là ! En tout cas cette Alienor mérite allégeance ce me semble.

Ce n'est pas à l'odeur qu'on reconnaît la beauté

Geoffroy de Montmirail -Propre et sale
Geoffroy de Montmirail -Propre et sale © Radio France

Les us et coutumes des contemporains de ma p’tite fillote Béatrice de Montmirail m’ont grandement ébaubi. Voyez ces pièces servant au lavement avec moult fioles de fragrances, ces fontaines d’où jaillit une eau cristalline, ces onguents comme ce fameux remède contre le pourrissement des entrailles… La pâte à dents ! D’où je viens, l’eau apporte fièvres et maladies en pénétrant la peau. Alors c’est le linge qui lave par frottement. Aussi ai-je été surpris par les réactions olfactives suscitées à mon endroit par tous ces fourbes ! Puir moi ? Demandez à Georges Vigarello, auteur de Le propre et le sale. Il est un éminent spécialiste de l’hygiène corporelle, et raconte la relation de l’homme à la propreté à travers les âges. Et vous apprendrez que l’odeur ne fait pas le beau. Ce n'est pas Jacquouille qui ira nous contredire.

Célébrons mangeailles et ripailles.

Geoffroy de Montmirail - Gastronomie
Geoffroy de Montmirail - Gastronomie © Radio France

Rien de meilleur qu’une bonne repaissance! Quand j’ai grand faim, il me faut poulardes et rôtis, pâtés de cerf et brouet de cailles. Je boulotte, je festoie, je ribaude… Il existe tant d’expression pour la mangeaille qu’il fallait bien une histoire du Discours gastronomique français , de l'historienPascal Ory. L’ancêtre du guide gastronomique, Grimod de la Reynière reconnaît ainsi qu’« un estomac à toute épreuve est le premier principe de tout bonheur ».

De la gourmandise, il en dégouline à travers les mots car avant de partager lapereaux ou tourtes chez des hôtes de qualité, il faut connaître « l’art de la gueule » comme disaitMontaigne ou ces grands gastronomes de l’histoire, ceux qui en quelques babilles savent aiguiser nos papilles. Ainsi cet hommage au cochon, « roi des animaux immondes » dont « on ne paie que par des mépris ironiques les ineffables jouissances qu’il nous procure ! ». « Les animaux se repaissent; l'homme mange; l'homme d'esprit seul sait manger » disait Brillat-Savarin . Pour ma part, je ripaille !

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Barbie
Barbie © Radio France
Creed
Creed © Radio France
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Mickey © Glenat
lucky - L'art de Morris
lucky - L'art de Morris © Radio France

Batman, vs superman
Batman, vs superman © Radio France
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