Qui est-il, d'où vient-il, ce célèbre héros ?

Goldo-expo à la Galerie Sakura
Goldo-expo à la Galerie Sakura © galerie Sakura

La galerie Sakura propose de célébrer l’icône manga Goldorak à travers une sélection des travaux de photographes, plasticiens et sculpteurs. L’occasion pour nous de revenir sur l’ "anime" (dessin animé japonais) qui a fasciné toute une génération avec Sophie Daste (spécialiste de la culture geek et otaku) et Marie Pruvost-Delaspre (spécialiste de l'animation japonaise).

A la fin des années 1970, les programmes destinés à la jeunesse étaient rares : Chapi Chapo (1974), L'île aux enfants (1974)... Quand le 3 juillet 1978, le premier épisode de Goldorak est diffusé sur Antenne 2, il détonne… et le succès est immédiat : la chaîne atteint un record historique sur la tranche de 18h à cette période, avec untaux d’audience inégalé approchant les 100% . Un succès tel que Paris-Match titre en janvier 1979 : “Goldorak : un robot né au Japon est devenu le messie des enfants français”.

Très vite, tous les enfants connaissent la chanson du générique... Cette chanson, souvenez-vous - si, si, vous la connaissez forcément, puisque Noam Kaniel a tout de même reçu deux disques d’or pour ça en 1978 :

Goldorak, anime devenu sujet artistique

Goldorak a eu un tel impact dans les esprits, en tant que tout premier anime distribué en France, qu'il exerce une certaine fascination, encore aujourd'hui, sur toute une génération... Et cela touche aussi les artistes, comme le montre l'exposition montée à la galerie Sakura.

### "Goldorak, c'est le bioman vert" Goldorak est une icône en France et en Italie mais pas au Japon. Là\-bas, ce n’est qu’un robot parmi les autres robots de la série **Mazinger Z** \- série qui avait fait un carton au Japon à sa sortie. Sophie Daste, spécialiste de la culture geek, explique : “On nous a donné quelque chose de tronqué. Nous, on a trouvé [dans la série Goldorak] un début et une fin, mais pour un Japonais, ce n'est qu'une série annexe. C’est comme si on avait fait une série sur le bioman vert alors que tout le monde connaît le bioman rouge, c’est lui qui est emblématique. Si on veut, Goldorak, c'est le bioman vert" ### Goldorak, icône de la culture geek ? On attend la sortie d’une vingtaine de [films de superhéros d’ici dix ans](http://www.premiere.fr/Cinema/News%2DCinema/17%2Dfilms%2DMarvel%2Dde%2D2014%2Da%2D2018%2D3971377). Ceux qui étaient fascinés par ces héros petits sont devenus adultes, et c’est eux qui ont le pouvoir aujourd’hui. Ils n‘ont jamais laissé tomber leurs héros, donc les distributeurs de produits de consommation leur proposent des produits qui vont vers ça.
The Avengers
The Avengers © Marvel
**La France est le deuxième plus grand consommateur de mangas** au monde, après le Japon. Selon Sophie Daste, “le gouvernement japonais s’est plus ou moins approprié cette culture en voyant le succès qu’elle avait à l’étranger et notamment en Europe.” Elle explique : “Depuis quelques années, **le gouvernement japonais investit beaucoup d’argent pour vendre la culture dite populaire japonaise** \- ce qui n’est pas forcément bien vu par les fans japonais, car selon eux, le gouvernement ne voit qu’une version édulcorée, un peu à côté de la plaque, du propos.” Pour Sophie Daste, les œuvres faisant référence aux super\-héros sont toujours sur la tangente, **entre art et** “**fan art** ”. Le "fan art" est un phénomène mondial. Ce sont des peintures, illustrations ou sculptures, réalisées par des amateurs en référence à des icônes de la pop culture. Tout le monde peut en faire ; la qualité des productions est très variable. Certaines productions sont exposées dans des galeries, d’autres n’atteignent pas le même niveau de reconnaissance. Leur statut artistique, légitime ou non, reste encore à définir au cas par cas. “**On peut se demander si utiliser des personnages de super\-héros dans les œuvres d'art aujourd’hui, ce n’est pas opportuniste ?** ” ### "ça n’a aucun sens, la version française de Goldorak"
Goldorak
Goldorak © Go Nagai
La série Goldorak est adulé par les enfants, mais laisse sceptiques les adultes : dans "A cinq ans, seul avec Goldorak", la sociologue Liliane Lurçat laisse entendre que la série est trop violente et effraie les enfants. Pour Marie Pruvost\-Delaspre, "si on compare la version japonaise à l'adaptation française, on constate des différences dans le montage, certaines scènes ont été coupées, certains éléments modifiés… et **cette modification rend le récit incroyablement plus violent et plus incompréhensible que la version japonaise** ." Incompréhensible ou non, la série regorge de scènes de combat. Pour Sophie Daste, “les attaques sur le Japon sont symptomatiques des attaques nucléaires. Une grosse force arrive pour tout détruire, les Japonais espèrent avoir quelque chose pour les défendre.” A noter que Go Nagai, le créateur de Goldorak, est né un mois jour pour jour après le bombardement d’Hiroshima par une bombe atomique. ### un produit mal traduit **C'est l'éradication totale de la référence à l’étranger qui fait un produit aussi bizarre de Goldorak** selon Marie Pruvost\-Delaspre. "La version japonaise est très référencée \- ce qui a été totalement effacé dans la version française où on ne veut pas donner d’indice sur l’origine de la production. Dès le départ, la série se place comme un**commentaire sur la manière dont les USA sont venus forcer l’ouverture du commerce du Japon en 1853** ... Dans une communauté humaine menacée par des extraterrestres, il y a tout un dialogue qui oppose deux personnages, un qui veut employer la manière forte, combattre les extraterrestres \- et l’autre qui veut établir un lien commercial avec eux, proposer un échange de marchandises. Toute la discussion tourne autour de références à cette période\-là de l'histoire nippone ; elle est même explicitement citée dans la série. **Tout cela disparaît dans la version française.** " Pourtant, Goldorak étant la toute première série qui arrive en France, Marie Pruvost\-Delaspre affirme que "les producteurs français ont vraiment essayé de l'adapter" \- contrairement à certaines séries qui ont suivi, comme par exemple [Ken le survivant](https://www.youtube.com/watch?v=JWDsDVJjHZc) avec ses dialogues absurdes ou [Nicky Larson](https://www.youtube.com/watch?v=2LqBE7AgGwc) et ses accents exagérés.
Le Chevalier Andromède
Le Chevalier Andromède © Masami Kurumada
Les productions japonaises coûtent à l’époque très peu cher et **les producteurs français achètent des catalogues entiers de programmes sans visionner les cassettes** \- il faut bien remplir la grille. Sophie Daste explique : “C’était source d’erreur : pendant les cinq premiers épisodes des**[Chevaliers du Zodiaque](http://www.dailymotion.com/video/xkqmfb%5Fles%2Dchevaliers%2Ddu%2Dzodiaque%2Depisode%2D1%5Fcreation)** , le chevalier Andromède **était doublé avec une voix de femme parce que l’équipe chargée de l’adaptation française n’avait pas compris que c’était un garçon** . Le personnage avait une attitude efféminée et comme les membres de l’équipe n’avaient pas suivi la série, ils se sont trompés et ont dû corriger leur erreur en cours de route.” Autre erreur de taille : le titre incohérent de la série “[**Olive et Tom**](http://www.programme%2Dtv.net/news/sport/football/53587%2Dolive%2Det%2Dtom%2Dintegrale%2Dserie%2Ddisponible%2Dgratuit/) ” qui conte les aventures footballistiques de Thomas Price et Oliver Atton. Thomas est certes le gardien de but de l'équipe, mais il est en fait absent de quasiment toute la série. **Ce n’est pas un personnage important, alors qu’il est mis dans le titre comme s’il était l’égal d’Oliver Atton** . Il y a un côté va\-vite. Il fallait vite sortir, être performant.” ### Infos pratiques Exposition « Goldo Expo »à la [Galerie Sakura](http://goo.gl/EXq3uF) 21 rue du Bourg Tibourg 75004 Paris (Métro Saint\-Paul) Ouverture du mardi au vendredi de 12h à 20h et samedi\-dimanche de 11h00 à 20h00
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