C'est désormais une tradition : 20 pays désignent chaque année leur "choix Goncourt", durant les mois qui suivent le prix qui, en France, vient de couronner Jean-Paul Dubois. En Pologne, Suisse et Roumanie, Louis-Phlippe Dalembert et Santiago H. Amigorena ont été préférés.

Le choix Goncourt de la Pologne et de la Suisse revient à Louis-Philippe Dalembert pour "Mur Méditerranée"
Le choix Goncourt de la Pologne et de la Suisse revient à Louis-Philippe Dalembert pour "Mur Méditerranée" © Editions Sabine Wespieser

L'idée de désigner un Goncourt, en dehors du Goncourt et de l'Hexagone mais selon les mêmes règles, est née en Pologne il y a 21 ans. À l'initiative du directeur de l'Institut français de Cracovie, Patrice Champion, et avec l'accord des Goncourt, un jury d'étudiants francophones s'est prononcé à partir de la première sélection du Prix Goncourt. Depuis, la tradition s'est installée en Pologne et se répand dans 20 pays. On appelle cela le "choix Goncourt". 

La compétition est organisée par les Instituts français et les instances de la francophonie, la plupart du temps. Elle s'adresse aux "apprenants" du français, souvent des étudiants donc, les professeurs n'étant là que pour faciliter l'organisation. En général les jurés se déterminent après avoir lu la deuxième sélection des Goncourt, une liste de huit titres donc. Pour certains pays, seuls les quatre livres finalistes sont proposés au vote. Les jurés ont l'obligation de lire les romans en français, et d'argumenter durant la discussion également dans la langue de Molière. "Je peux vous dire que c'est bluffant" s'exclame Didier Decoin, membre de l'académie Goncourt.

L'an dernier, seuls les jurés installés en Bulgarie ont fait le même choix que les jurés français et élu Nicolas Mathieu, auteur de Leurs enfants après eux (Actes Sud). 

David Diop préféré par les pays étrangers en 2018

En 2018, les Goncourt avaient couronné Nicolas Mathieu, pour récompenser un roman où se mêlent le sentiment de déclassement et les interrogations de l'âge adolescent. Mais de nombreux jurés étrangers ont fait un autre "choix Goncourt" et préféré David Diop. Il a été désigné dans neuf pays, du Brésil à la Chine, où le prix Goncourt est presque aussi prestigieux que le Nobel. Ce livre, mêlant l'histoire du colonialisme à celle de la première guerre mondiale, a aussi eu énormément de succès en France, obtenant le prix Goncourt des lycéens.  

"David Diop l'an dernier, n'a pas eu le Goncourt à Paris seulement parce que c'était un livre sur la guerre et que nous avions déjà beaucoup récompensé de romans sur ce sujet, mais il était très près de l'avoir" confie Didier Decoin. "D'une manière générale, pour les Goncourt étrangers, comme pour celui des lycéens, on est toujours surpris par les choix, et si on parie on se trompe toujours", poursuit. "Souvent ils se portent sur notre 2e ou 3e choix".

Le choix de la Belgique se portera-t-il, en 2019, sur l'écrivaine belge Amélie Nothomb , alors qu'elle était dans le débat final face à Jean-Paul Dubois ? Les commensaux du restaurant Drouant n'ont pas fait de pari. L'an dernier les jurés belges avaient préféré Adeline Dieudonné, pour La vraie vie. En 2017, ils avaient fait le même choix que les lycéens français, en votant pour Alice Zéniter. Pour 2019, il faudra attendre le 10 décembre pour être fixé.

"Les motivations ne sont pas les mêmes"

Didier Decoin explique les différences de choix parce que "les motivations ne sont pas les mêmes". Une année, pour le choix de l'Orient, une jeune gazaoui avait défendu l'écriture de Foenkinos dans Charlotte, - alors que le prix Goncourt a été donné à Lydie Salvayre pour Pas Pleurer.  "La jeune fille nous a dit ceci, explique Didier Decoin, "moi je sais ce que c'est que courir pour sauver sa vie, on est haletant, comme le texte de Foenkinos, comme sa Charlotte poursuivie par le péril nazi. C'était bouleversant". 

En Pologne et en Suisse, le Goncourt 2019 décerné à Louis-Philippe Dalembert

Cette année les étudiants en Pologne ont suivi les conseils d'un des membres de l'académie parisienne, Tahar Ben Jelloun, en désignant Louis-Philippe Dalembert et son Mur Méditerranée, paru chez Sabine Wespieser. Dès la rentrée, l'écrivain Tahar Ben Jelloun, attirait le regard sur ce "grand roman" du drame des migrants en Méditerranée. 

L'an dernier, les jurés polonais n'avaient pas non plus suivi le choix parisien et avait désigné Pauline Delabroy-Allard, autrice de  Ça raconte Sarah, paru aux éditions de Minuit. 

Santiago H. Amigorena choisi en Roumanie

En Roumanie non plus, on ne lit pas avec les mêmes lunettes qu'à Paris. Le choix Goncourt de la Roumanie 2019 a été décerné à l'écrivain d'origine argentine, Santiago H. Amigorena, pour son livre Le ghetto intérieur, paru aux éditions P.O.L. À Buenos-Aires en 1940, des  juifs exilés s'interrogent sur la situation en Europe. L'un d'eux apprend par courrier la construction du ghetto de Varsovie, mais que perçoivent-ils de cette réalité ?

La Chine et l'Espagne suivront d'ici la fin d'année. Le prix de l'Orient qui devait être annoncé au Liban le 16 novembre a été remis à une date ultérieure. Il implique 32 universités en 2019 à l'échelle nationale (Liban) et régionale (10 pays du Moyen-Orient). C'est l'un des moments forts du Salon du livre francophone de Beyrouth. Viendront plus tard les choix de l'Italie et de nombreux autres pays.

Six "nouveaux" Goncourt au Royaume-Uni, en Autriche, Grèce, République tchèque, Maroc et en Géorgie 

Certains pays rejoignent peu à peu cette "tournée internationale" de la sélection Goncourt. Au Royaume-Uni, le choix sera annoncé le 13 décembre 2019. À Londres, où l'on est très attaché à sortir de l'Europe, il semble que nombre d'étudiants et amoureux de la littérature aient envie de cultiver leur penchant pour les romans français. ​Didier Decoin représentera l'académie Goncourt : "Je me réjouis beaucoup de voir comment les anglais, qui parlent très bien français, argumenteront dans notre langue. C'est là qu'on prend des leçons. Je suis très très fier de voir notre prix ainsi plébiscité un peu partout". Le jury sera composé des délégué(e)s étudiant(e)s, et parrainé par l’Ambassade de France, l’Académie Goncourt et Marina Warner, écrivaine, essayiste et présidente de la Royal Society of Literature.

La Géorgie annoncera son choix au mois de mai 2020, le Maroc en février 2020, la République tchèque et la Grèce en mai 2020. Pour la République tchèque, le Goncourt sera choisi pendant la semaine de la francophonie. En Grèce, le prochain Salon international du livre de Thessalonique, du 7 au 10 mai 2020, sera le cadre du jury final, composé des représentants de cinq jurys d’étudiants, qui désignera le premier lauréat du « Choix Goncourt pour la Grèce ».

"L'objectif c'est de faire vivre la francophonie", explique Didier Decoin. "C'est tellement formidable pour le développement de la langue française et de la littérature contemporaine francophone". 

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