Jeu de réflexion contemplatif, succession de puzzles génialement imbriqués entre eux, puissant conte sans paroles... Gorogoa est un fascinant tourbillon qui attire l’œil et ne le lâche pas, sans qu'on sache vraiment pourquoi. Est-ce encore un jeu ? Pas sûr, mais c'est définitivement de l'art.

Dans Gorogoa, une oeuvre vidéoludique où tout est à la fois très simple et très complexe
Dans Gorogoa, une oeuvre vidéoludique où tout est à la fois très simple et très complexe © Annapurna Interactive

Quel étrange objet que ce jeu (faute de meilleur terme pour le qualifier). Tout commence avec un simple carré sur une feuille blanche, et l'apparition d'une créature colorée et fantasmagorique, sous les yeux d'un petit garçon qui, fasciné, va partir à sa poursuite. La quête de ce monstre, dont on suppose qu'il s'agit du "Gorogoa" du titre (car rien n'est jamais clairement dit ou expliqué au fil du jeu), va pousser l'enfant à rechercher cinq boules colorées, nécessaires pour l'invoquer.

Le reste de l'histoire (ou plutôt, des histoires), c'est vous qui allez le construire. Dans sa prise en main, Gorogoa est d'une simplicité enfantine : on clique sur des cases ou on les fait glisser.Tant mieux, car une fois ses bases maîtrisées, en quelques secondes, il pousse le joueur à expérimenter, bricoler, échouer, et lutter en permanence contre sa propre logique.

Couper-décaler

Le jeu se déroule entièrement sur quatre cases, que le joueur peut explorer. S'approcher d'un détail, décaler le point de vue, faire passer un personnage d'une case à une autre en les reliant, découper un morceau d'image pour en faire un cadre, une porte, un escalier qui, collés sur la scène voisine, la transformeront totalement...

Chaque case est un petit tableau vivant dans lequel vous pouvez entrer pour y triturer les lois de la physique. Un peu comme si vous visitiez un musée où chaque œuvre serait une fenêtre, par laquelle vous pouvez passer pour observer de plus près son contenu, le mélanger, le retourner, pour faire avancer l'histoire.

Jeu d'artiste, art du jeu

Assez court dans son déroulement (comptez deux heures au maximum pour en voir la fin), Gorogoa fait du jeu vidéo en lui-même un simple point d'entrée dans la vision d'un artiste (Jason Roberts). Ses décors fourmillant de détails, ses objets et personnages dessinés à la main, sont autant de jolies invitations à se perdre, encore et encore, jusqu'à avoir le déclic qui permet de retrouver son chemin.

En cela, Gorogoa est une manière inédite d'explorer l'art, offrant au spectateur un rôle actif dans l'œuvre, jusqu'à influencer et refaçonner sa propre façon de penser, pour la rapprocher autant que possible de celle de l'auteur. Il permet au spectateur non seulement de voir ce que l'artiste a créé, mais aussi, dans ses moments de grâce, de le percevoir exactement comme lui. Ces quatre cases pourraient bien vous faire tourner la tête.

GOROGOA - Disponible sur PC, iOS, et Switch

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