blogcs a l etude
blogcs a l etude © Radio France / C Siméone

Voici donc les vitrines, vues comme ancêtres des tas. Cela peut paraître étrange, mais ainsi va l’histoire de l’art des cinquante dernières années.

Le tas, en tant que forme de présentation, de monstration des objets, ce chaos, fait suite à une autre façon de faire, celle de Martial Raysse ou Arman, organisant l’ordre ou le désordre derrière la vitrine.

Arman visitait les foires et salons avec son père, et de ses déambulations lui restaient en mémoire le lèche-vitrine, la dévoration des objets par les yeux. C’est que ce qu’il évoquait quand on l’interrogeait sur sa manière de présenter ses œuvres derrière des plaques de verres, puis dans des boites de plexiglas. Car Arman travaillait sur l’aspect visuel comme un peintre, plutôt que sur la matière comme un sculpteur. La boîte en plexiglas renvoie l’objet à son statut d’objet à voir, à observer, à détailler, à convoiter.

De fait, ses accumulations font penser aux alignements de téléviseurs dans les magasins, au rangement dans les rayons.Dés le début des années soixante, il développe ce concept de "vitrines", comme avec Home Sweet Home par exemple.

home sweet home
home sweet home © adagp / christine siméone

Cet artiste qui aime tant le dedans des choses, au point d’avoir aussi passé son temps à les découper, nous empêche pourtant d’y accéder, quand il met ses objets derrière la paroi transparente,cette paroi qui permet de voir tout en faisant obstacle . Le désir s’en trouve ainsi attisé et l’objet d’autant plus convoité. La vitrine ou le plexiglas l’enserre, comme le diamant chez le bijoutier, ou la pièce rare au musée, alors qu'il n'est qu'un banal objet du quotidien, de qualité sans intérêt.

Le designer Pierre Paulin avait utilisé cette technique de la vitrine en 1961 pour mettre en valeur, non pas un objet, mais une boutique tout entière.

Il avait doublé la façade hausmanienne du magazin Roche Bobois du bld Saint-Germain de surfaces vitrées. Autant dire que l'on peut se "casser le nez dessus", et qu'avec cette "avant-vitrine" la façade de pierres se retrouve à l'intérieur du magasin. Comme dans le cas d'Arman, il s'agit de jouer sur l'effet de surface et de mettre à plat le monde des objets.

Un clin d'oeil s'impose ici à Jeff Koons, dont les aspirateurs sagement alignés dans une vitrine transparent rappellent le travail d 'Arman. Si Arman a mis en vitrine des tas d'objets issus de la cuisine ou de l'atelier du bricoleur, Jeff Koons s'est attaché vingt ans plus tard aux aspirateurs de la marque Hoover notamment, pour tout ce que cela peut représenter dans la société américaine, avec la même technique de mise en valeur dans des vitrines de plexiglas, .

Jeff Koons, aspirateurs dans une vitrine, photo prise lors de son exposition à Versaille
Jeff Koons, aspirateurs dans une vitrine, photo prise lors de son exposition à Versaille © Christine Siméone / christine siméone

Après les tas et les vitrines, la troisième partie de cette histoire de Grand bazar sera consacrée aux boîtes, plus anciennes encore que les vitrines en matière d'art.

blogcs signature C Simeone
blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone

Pour ce blog, Textes © Christine Siméone

Photos © Christine Siméone sauf indication

Remerciements à

Valeria Emanuele, au web de France Inter twitter.com/valeriae

Annelise Signoret, du service documentation de Radio France __

Sophie Raimbault, assistance du service Culture de la rédaction de France Inter

Ghislaine Delubac et son équipe de l'agence Apocope

Guillaume Ducongé

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.