blogcs a l etude
blogcs a l etude © Radio France / C Siméone

Pour faire suite à Prisunic, passons à Grand Bazar, avant d’aller à la case Vitrine.

Il est aujourd’hui fréquent de voir les artistes présenter des œuvres sous forme de tas. Dans le grand recyclage général, c’est la tendance que de récupérer toutes sortes d’objets, et de les présenter, comme dans un grand bazar ou sur un étal de soldes ‘Tout à 1 euro’, signifiant une dévalorisation de la marchandise, la liquidation d’un stock, ou au contraire une mise en valeur comme le signale le photographe Henri Peyre , qui photographie des objets : "Un tas présente le rébus d’une intention. Sa contemplation nous donne ainsi la jouissance de l’apparition d’un ordre au sein même du chaos, et la jouissance complice de l’avoir mis au jour ".

tas de boutons
tas de boutons © Henri Peyre / christine siméone

Ces objets amassés par les artistes semblent dire ‘faites de moi autre chose’. Ils semblent dire aussi ‘touchez, palpez, attrapez-moi’ puisque rien ne nous empêche de les atteindre si ce n’est la barrière de sécurité imposée par l’institution qui les expose. C’est un étrange retour aux anciennes pratiques du marché et du commerce, rappelant le troc, alors que nous vivons dans l’ère de la dématérialisation. Il se trouve que les premiers tas ‘interactifs’ ont été créés dans les années 60.

D’abord en 1961, par l’américainRobert Rauschenberg , lorsqu’il invite le visiteur à participer, à son Black Market . Il s'agissait de prélever un objet dans une valise, après y avoir apporté quelque chose. Ainsi à la fin, l’œuvre était entièrement composée d’objets venus de l’extérieur (et non de l’artiste). L’artiste américain montrait que le public pouvait emprunter le statut de l’artiste, le temps d’un « geste ».

Quelques années plus tard, l’artisteArman , dans une tout autre logique que celle de Rauschenberg, conçoit un rendez-vous avec le public appelé, « Cast Your Ballots here for a cleaner Dwan Gallery ». En 1965 à la Dwan Gallery, les invités au vernissage devaient remplir une urne avec tout ce qui leur passait par la main ce soir là (serviettes en papier, mégots, carte d’invitation, bouchons de champagne etc... ). Ce n’était pas tout à fait un tas, puisque l’amas de ces objets était circonscrit dans une urne transparente.

Plus interactif encore le concept de « Quid pro quo », qui se rapproche du Black Market: venir avec un objet et l’échanger avec un des éléments d’un tas déposé au préalable par des artistes . Ca se passe en 65-66 dans la galerie d’Allan Stone à NY, Quid Pro Quo, Exchange Exhibition. Arman a fait un autre équivalent avec «Le tas des échanges » du 7 au 19 février 1974 à la galerie A. Entre à Paris. L’invitation disait : «Apportez les objets dont vous ne voulez plus et venez les échanger pour d’autres sur le tas ». Dans la galerie s’étalait un amas d’objets sans rapport les uns avec les autres, panneaux de signalisation, pantalons, livres, chaises, lampadaires, affiches, bref n’importe quoi. On se croirait sur co-recyclage.com mais internet n’existait pas encore pour le commun des mortels. Toutes ses formes de présentation ou d’installation découlent pour Arman du Plein , réalisé le 25 octobre 1960.

Le projet initial était de verser une benne à ordures dans la galerie , mais en raison de la présence de denrées périssables, et du pourrissement prévu le temps de l’exposition, Arman y a renoncé. D’ores et déjà lors du Plein, l’intention est de faire du déchet de l’art. Finalement, Arman a rempli la galerie du sol au plafond d’ampoules, disques de vinyle, de papiers, grilles métalliques, chapeaux, chaussures, chevets d’hôpitaux, bidets, pots de fleurs, tissus, etc. Le rebut en remplacement du chef d’œuvre . Est-ce pour signifier que les galeries exposent un art à mettre à la poubelle, qu’on n’y trouve plus rien de dépaysant ? Dans la presse, certains s’étonnent de ce bien trop propre tas d’ordures, tandis que d’autres se demandent pourquoi une benne à ordures n’a pas été envoyée pour débarrasser ce fatras, sans compter ceux qui crient à l’escroquerie pure et simple. Or il s’avère que Le Plein, même amputé des objets que les uns et les autres ont emporté en le visitant, reste le Plein, inattaquable, indémontable; l’idée du Plein reste immuable. Le Plein sans la moitié de son contenu n’est pas un demi Plein, mais le Plein, le détritus total et global, l’idée même de déchet, comme créature monstrueuse de la société de consommation, recélant le fantasme de la mort dans la prolifération même des objets. Mais l’on va voir en remontant quelques années en arrière, que cette pratique du tas est postérieure à celle de la vitrine ou de la boîte, forme de présentation très « encadrée » des objets.

A suivre...

Au sujet d’Arman, le site historique

Pour découvrir le travail d'Henri Peyre>

blogcs signature C Simeone
blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone

Pour ce blog, Textes © Christine Siméone

Photos © Christine Siméone sauf indication

Remerciements à

Valeria Emanuele, au web de France Inter twitter.com/valeriae

Annelise Signoret, du service documentation de Radio France __

Sophie Raimbault, assistance du service Culture de la rédaction de France Inter

Ghislaine Delubac et son équipe de l'agence Apocope

Guillaume Ducongé

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