Qu'est -ce-que vraiment la démocratie numérique et comment peut-elle s'exercer ? A l'heure où se clot le grand débat national en ligne, la question n'a jamais été aussi actuelle. Entretien avec Tatiana de Feraudy, coordinatrice de l’Observatoire de la démocratie numérique.

Les 20 et 21 mars le Grand Barouf numérique se déroule à Lille
Les 20 et 21 mars le Grand Barouf numérique se déroule à Lille © .

Avec près de 340 000 contributions en ligne, on saura courant avril les enseignements que le gouvernements tirent des réponses données par les internautes sur le site du grand débat national. C'est le première fois qu'une telle consultation est organisée en France, et cela apparaîtra au moins comme un exercice de démocratie participative. 

Qu'est-ce que peut-être la démocratie numérique ? 

Tatiana De Feraudy : C'est difficile de définir la démocratie numérique, ce sont des nouvelles formes d'expression, une manière plus directe d'interpeller les institutions et d'être représenté. En tout cas le numérique est un lieu de débat. Ça marche bien quand la régulation se fait entre pairs, comme sur certains forums ou dans la communauté Wikipédia par exemple.

Quelle régulation faudrait il ?

Tatiana De Feraudy : La régulation par l'Etat serait impossible d'une part et d'autre part abusive. Si elle était faite par les plateformes elles-mêmes telles que Facebook, ce serait également dangereux. Pourquoi serait-ce aux géants du net de décider ce qui est bon ou pas pour la démocratie ? On s'est rendu compte par ailleurs que la grosse majorité des gens ne croient pas aux fausses nouvelles malgré le fait qu'il les diffusent. 

Le grande débat et la plateforme numérique prend fin. Quels enseignements en tirez-vous ? 

Tatiana De Feraudy : Sur la plateforme numérique, le grand débat ressemble plutôt à un grand sondage. Les choses sont très cadrées, ça laisse peu de place au dérapage. Les modérations sont donc rares et on peut les voir dans un espace à part. S'il s'agit d'évacuer la colère en cadrant les contributions ce n'est pas du tout certain que ça marche.  Il y a eu environ 165 000 participants en ligne, c'était une opportunité intéressante mais malheureusement, il y a trois défauts importants :

- un manque de transparence sur le traitement des réponses

- le cadrage de la parole trop important

- l'absence d’informations sur les participants. Cela  empêche un traitement sérieux et approprié des données.

CodeforFrance a d'ailleurs demandé l’ouverture des données du grand débat aux chercheurs. Ils sont aussi lancé la grandeannotation.fr, c'est à dire que  des centaines de personnes annotent et qualifient chaque contribution du grand débat. C'est un travail important, car les chercheurs savent qu'aucun outils d'analyse ne donne la vérité du texte. 

Aucun outil d'analyse ne donne la vérité du texte

Sur la grandeannotation.fr, classement des réponses données sur le site du Grand débat national
Sur la grandeannotation.fr, classement des réponses données sur le site du Grand débat national / grandeannotation

D'autres plateformes se sont lancées pour apporter une participation plus libre. 

Levraidebat.fr utilise la même plateforme que le gouvernement et permet plus de commentaires. On peut citer aussi Nooscitoyens et Fluicity qui s'est ouvert pour les cahiers de doléances en ligne, pilotés par l’association des Maires ruraux, ou bien Décidim, en open source, déjà utilisé par la mairie de Barcelone. Ce sont des outils d'échange et de débat pour les citoyens au niveau local. 

Comment se faire entendre entre les campagnes d'opinion, les fake news, et autres futilités du net? 

Tatiana De Feraudy : Il faut que les citoyens récupèrent complètement leur citoyenneté numérique. Pour l'instant les GAFAM font la loi, il faut que ça change. Les citoyens sous-estiment l'accès à l'information qu'on peut avoir en ligne. Il faut les initier à la puissance informative et savante du web. Cette éducation au numérique va se faire à l'école et auprès des adultes par la médiation numérique. A Paris, le groupe ICI fait un travail formidable

Tatiana De Feraudy  participe au débat sur la démocratie numérique à l'occasion du Grand Barouf numérique à Lille les 20 et 21 mars. Participatif et prospectif, le Grand Barouf s’organise comme une “assemblée parlementaire”, où les “participants-députés” sont réunis pour examiner et amender un projet de loi numérique d’anticipation. 

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