Jusqu'à récemment, Harper Lee était l'auteur d'un seul et unique roman, "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", couronné par le prestigieux Prix Pulitzer en 1961. Et puis…

Va et poste une sentinelle et Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur
Va et poste une sentinelle et Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur © Getty

En haut de la pile des classiques contemporains américains, le public français aurait plutôt tendance à mettre L'attrape cœur de Salinger. Pour le public anglo-saxon, il n'y a pas photo. Le seul à être un best-seller, tout en étant devenu un classique c'est Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur.

Harper Lee s’est inspirée pour l’écrire d’un fait divers célèbre outre-Atlantique : au début des années 1930, la condamnation à mort hâtive, par le tribunal de Scottsboro, en Alabama, de huit garçons afro-américains, âgés de 12 à 20 ans, accusés d’avoir violé deux femmes blanches.

Ecoutez Guillaume Gallienne lire la plaidoirie d'Atticus Finch :

►►► (Ré)écoutez ça peut pas faire de mal consacré à Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur.

Réédité et traduit en quarante langues, le livre s’est vendu à plus de quarante millions d’exemplaires.
Ce roman présente la particularité d'être paru, en français, sous trois titres successifs :

  • Quand meurt le rossignol, en 1961, dans une traduction de Germaine Béraud ;
  • Alouette, je te plumerai, en 1989, dans une traduction d'Isabelle Stoïanov ;
  • Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, en 2005, dans la précédente traduction d'Isabelle Stoïanov revue par Isabelle Hausser.

Eléments autobiographiques

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur est difficilement "classable". C'est une fiction, mais truffée d'éléments autobiographiques. C'est un roman d'apprentissage mais qui flirte avec le thriller.
Même si le livre n'est pas une autobiographie, Harper Lee s'est largement inspirée de son entourage et de sa propre histoire.
Le père de la romancière, Amasa Coleman Lee, était avocat, comme le père de Scout. En 1919, il a défendu deux hommes noirs accusés de meurtre.
La mère d'Harper n'est pas morte lorsqu'elle avait 5 ans comme la mère de son personnage, mais elle souffrait de névrose ce qui la rendait absente émotionnellement et mentalement.
Lee avait aussi un frère de 4 ans son aîné.
Comme dans le roman, une gouvernante noire venait tous les jours pour s'occuper de la maison des Lee.

Pour le personnage de Dill, l'ami d'enfance de Scout, Harper Lee s'est inspirée de son propre ami d'enfance : Truman Capote.
Lorsque sa mère partait à New York, Truman habitait chez ses tantes, juste à côté de chez Harper. La romancière a d'ailleurs doté son personnage des mêmes "dons" que son ami : une imagination fertile et un don pour les histoires fascinantes.
De son côté, Truman Capote a lui aussi donné les traits à son amie à l'un de ses personnages : Isabel Thompkins, dans Les Domaines hantés.

Lee a accompagné Capote dans l'écriture son livre De sang-froid. Roman-vérité dans lequel Capote décrit l'étrange processus qui a mené de simples marginaux à un quadruple meurtre. C'est avec elle notamment qu'il s'est rendu en 1959 à Holcomb, dans le Kansas, afin d’enquêter sur le meurtre en question. Elle l'assiste pendant les entretiens et l'encourage lorsqu'il menace d'abandonner.
De sang Froid sera publié en 1966, amènera la gloire à son auteur mais le précipitera dans une profonde dépression dont il ne se relèvera jamais vraiment. Mais à cette époque-là, les liens avec Harper se sont déjà distendus.

Elle-même a connu un succès à l'ampleur inattendu et a fait le choix de se retirer dans la petite ville de l'Alabama où elle a grandit.
En 1964, elle déclare à un journaliste n’avoir plus aucune confiance en elle :

Je n’ai jamais eu autant la trouille que maintenant.

Ce sera d'ailleurs l’un de ses derniers entretiens. Cette année-là, Harper Lee cesse de parler à la presse.

Elle avait pourtant commencé un deuxième roman (The Long Goodbye) qu'elle n'a jamais terminé. Comme si sa plume s'était figée.

Coup de théâtre

Après cinquante ans de silence, un second roman est publié, Va et poste une sentinelle. Il s'agit d'une suite du premier. La narratrice, Scout, est devenue une femme. Mais ce qui a sidéré les fans, c'est que l’écrivain malmène le personnage si emblématique du père, Atticus Finch, pour en faire un personnage moins honorable. Pourquoi Harper Lee a-t-elle voulu ternir l’image de son héros ? Comment expliquer une telle différence entre les deux romans ?

On ne le saura pas. Harper Lee a emporté son secret avec elle quelques mois après la parution du livre.
On sait aujourd'hui que Va et poste une sentinelle est en réalité la première version du roman que Harper Lee avait proposé à son éditeur, en 1957. Celui-ci lui avait conseillé de situer l’intrigue pendant l’enfance de son héroïne.

La réapparition de ce premier texte a provoqué quelques polémiques, évoquées au moment de sa sortie en France par l'équipe du Masque et la Plume.

Gregory Peck et Harper Lee sur le tournage
Gregory Peck et Harper Lee sur le tournage © Getty
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