Jane Evelyn Atwood est une femme de caractère, sensible et dure à la fois. Ses photos témoignent du courage dont elle a fait preuve si souvent pour les obtenir et pour tenir bon face à la réalité observée derrière son appareil. Pas de mièvrerie dans cette approche radicale du réél. L'artiste montre et dénonce.

Jane E Atwood
Jane E Atwood © Radio France / Denis Dailleux

Depuis les années 80, la photographe américaine travaille (essentiellement en noir et blanc, avec un Leica argentique) sur la prostitution, les femmes en prison, la légion, les dégâts causés par les mines anti personnel, Haïti...

Sa première série, si âpre, si belle, date de la fin des années 70, auprès de prostituées de la rue des Lombards, à Paris. La jeune femme travaille alors la nuit, dans le froid de la rue perpendiculaire au boulevard Sébastopol, dans les couloirs aux lumières crues, les escaliers étroits, les chambres glauques. Elle s'invite même parfois aux séances sado-masochistes auxquelles se livrent les prostituées à la demande de leurs clients.(La galerie "In Camera" à Paris propose également une exposition sur cette série).

En regardant les visages, les silhouettes qui observent, désirent et choisissent puis en traversant les salles consacrées aux femmes en prison ou aux victilmes des mines, on est frappé par un détail: souvent, le regard de Jane Evelyn Atwood se pose sur les mains. Les mains volontairement liées des hommes par les dames de la rue des Lombards, les mains menottées des prisonnières (comment oublier l'image la plus célèbre, celle de cette femme contrainte d'accoucher dans une prison américaine, menottes aux poings? La législation depuis a changé, la photo ayant suffisamment choqué pour faire évoluer la législation).

Les mains encore, les mains absentes des corps qui ont survécu aux mines, mais à quel prix? Les mains et les poignets lacérés de celles qui voulaient en finir, enfermées dans une geôle. Enfin, la main que l'on devine, celle qui a tracé "Love" sur une route menant vers un horizon lointain, rare photo douce, comme un voeu: qu'advienne un peu d'amour dans ce monde injuste et violent dont Jane Evelyn Atwood est obsessionnellement le témoin.

Jane Evelyn Atwood, à la MEP, rue de Fourcy, métro St Paul, jusqu'au 25 septembre 2011. Le livre "Rue des Lombards" a paru chez Xavier Barral.

http://www.mep-fr.org/expo_1.htm

http://www.incamera.fr/-Expositions-.html

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