Jean-Marie Périer, le célèbre photographe des années yéyés, expose plus de 300 photos à la grande Arche de la Défense jusqu'au dimanche 3 mars. L'occasion de revenir sur les années 60 et 90, ses relations avec Françoise Hardy, Jacques Dutronc ou encore Johnny Hallyday qui sont pour lui, plus que de simples modèles.

Le photographe Jean-Marie Périer présente ses photos à la Grande Arche de la Défense à Paris dans l'exposition "Souvenirs d'Avenir".
Le photographe Jean-Marie Périer présente ses photos à la Grande Arche de la Défense à Paris dans l'exposition "Souvenirs d'Avenir". © AFP / Stéphane De Sakutin

FRANCE INTER : Comment avez-vous sélectionné les photos en vue de cette exposition ?

JEAN-MARIE PERIER : "Je me suis dit qu'il fallait présenter quelque chose de nouveau, car cela fait vingt ans que je fais les mêmes choses.  Donc j’ai repris mes archives, je les ai récupérées et j'ai passé l’été à regarder chaque photo et à publier celles que j'avais oubliées sur Instagram. Je publiais une photo tous les matins et je comptabilisais le nombre de likes. S'il y avait 500 likes, c’était raté. Si j'avais 10 000 likes, c’est que ça valait le coup.

Depuis presque vingt ans, j'ai fait des expositions grâce à Bertrand Delanoë. Au sein de l'intelligentsia parisienne, les ayatollahs du bon goût voient d'un mauvais œil le côté populaire. Si vous êtes français, photographe, artiste et associé à une œuvre populaire, la seule façon d'obtenir une reconnaissance à leurs yeux, c’est d’être mort. Comme je ne suis pas encore mort, j’ai sauté sur l’occasion de la Grande Arche, car aucun endroit à Paris n’offrait 1 200 m² pour 300 tirages."

Quelles sont les photos que vous aimez particulièrement ?

"Une photo de Jacques Dutronc dans une Porsche Targa. Elle n'a rien d’extraordinaire mais lui, il est d’une beauté fracassante. Cette photo, je l'avais oubliée. Ce qui est intéressant, c’est que l’œil qu’on a à 25 ans n’est pas le même qu'à 79 ans. Aujourd'hui, je vois les choses différemment. À l’époque, une chemise ou un téléphone, je trouvais ça normal. Cette photo de Dutronc, je l’ai mise en ligne sur Instagram et il y a eu énormément de likes. Donc je me suis dit qu’elle serait là. C’est ça qu’il faut faire quand on a la chance d’avoir photographié des gens qui font encore rêver les gens.

Pour moi, le but d’être photographe est de mettre les gens en valeur. J’ai horreur des photographes qui sont d’accord pour ridiculiser ou enlaidir une personne juste pour reconnaître le style. Moi je m’en fiche, je ne sais pas si j’ai un style. Je change de style en fonction des gens qui sont sur la photo. Cela se voit, c’est pour ça que personne ne me refusait rien, car je n’étais pas là pour les enlaidir ni les trafiquer. Il n’y avait pas de Photoshop. Il faut simplement aimer les gens qu’on photographie pendant qu’on les photographie, c’est pour ça que le seul luxe qui me restait c’était de refuser de photographier quelqu'un. Si je n’aime pas une personne, je ne vais pas le photographier car si je le photographie, je vais le mettre en valeur."

Johnny avait une "gueule". Quand on est photographe, on imagine que c'est plaisant ?

"Ce qui était drôle, c’est qu’à l’époque, nous étions obsédés par James Dean. La première séance que j'ai faite avec lui était à hurler de rire car il jouait le jeu de James Dean, et moi aussi. Je me mettais au-dessus de lui car pour capter le fameux regard du rebelle des années 50. Pour cela, je montais sur une échelle pour être plus haut. C’était très drôle mais il était très facile à photographier. Au bout de douze ans, on avait des automatismes tous les deux, les séances duraient 10 min. Il arrivait, prenait la pose et on partait. C’était fait."

On ressent une grande promiscuité dans vos photos. Avez-vous vécu avec ces gens ? 

"J'ai passé plus de temps à vivre avec eux qu’à faire des photos. C’est important en tant que photographe. Si on photographie tout le temps, on oublie de vivre les trucs. Par exemple, Papa sur la plage qui filme son gosse en train de faire le château de sable, il ferait mieux de faire le château. Donc oui, il y avait de la promiscuité puisqu'on avait le même âge, c'étaient des histoires de gamin. Ce n’était pas sérieux, on n'avait peur de rien. Aujourd’hui moi je suis totalement largué parce qu'aujourd'hui, tout le monde a peur de tout, prenant tout au sérieux. Je n’ai plus rien à faire là-dedans moi."

Vous avez rencontré Johnny Hallyday grâce à Sylvie Vartan ?

"J’ai rencontré Johnny avant. Johnny et Sylvie, je les ai rencontrés quasiment au dernier moment. Ce sont des souvenirs extraordinaires avec eux, surtout cette histoire quand ils m’ont pris témoin de leur mariage, ce qui était déjà très gentil. En plus plus ils m’ont emmené en voyage de noces. On était donc tous les trois en voyage de noces, ce qui est assez hallucinant. On ne s’en rendait pas compte car on trouvait ça normal."

Sylvie Vartan (à gauche) et François Hardy (à droite) photographiées par Jean-Marie Périer.
Sylvie Vartan (à gauche) et François Hardy (à droite) photographiées par Jean-Marie Périer. / Avec l'aimable autorisation de Jean-Marie Périer

Vous rencontrez Françoise Hardy, vous tombez même amoureux d'elle...

"C'était une chance extraordinaire de rencontrer cette môme. La première fois que je fais des photos d’elle, c’est dans sa petite chambre rue d’Aumale. Je vois la différence de nos vies et de nos enfances. Donc elle m’étonne, elle m’épate, en plus elle est d’une beauté fracassante et elle ne le sait pas… C'est un truc à tomber par terre pour un photographe, alors pour un mec je ne vous raconte pas. J’ai eu la chance de vivre cette aventure avec elle pendant quatre ans. Cela m'a mis dans une situation étrange car finalement, je faisais le journal [Salut les copains, N.D.L.R.] mais j’étais dedans, c’est-à-dire que j’avais un fan-club.

C’est ridicule mais je n’étais que de la poussière d’étoile, jamais je n’ai voulu être comme eux ou être eux, jamais. De même que jamais je n’ai essayé de leur ressembler. Autour des Rolling Stones, je voyais  des mecs avec des cheveux longs qui tiraient sur des joints. Moi je ne voulais pas être comme eux, je faisais des photos des Stones en cravate. Et c’est peut-être pour ça que j’avais un rapport particulier avec eux car ils avaient confiance en moi."

"Mick Jagger à la pomme" photographié en 1966 par Jean-Marie Périer.
"Mick Jagger à la pomme" photographié en 1966 par Jean-Marie Périer. / Avec l'aimable autorisation de Jean-Marie Périer

Un moment vous faites des films, vous vous dirigez vers le cinéma, que se passe-t-il à ce moment-là ?

"Une fois qu’on s’est séparés avec Françoise, on ne s’est jamais quittés complètement, car c’est ma meilleure amie. Mais un an plus tard, elle m'a annoncé avoir rencontré quelqu’un. Je lui dis que je souhaitait le connaître car je ne peux pas imaginer ne pas aimer la personne qu’elle aime. Elle m'a présenté Dutronc, et je suis tombé fou de lui autant que d’elle, mais dingue. C’est vraiment devenu obsessionnel. Je vivais le plus possible avec lui, ce qui était un cauchemar pour Françoise et mes amis. Je le trouvais étonnant car contrairement à tous les autres qui étaient américanisés, lui était en costume-cravate, il n’avait pas honte qu’il avait l’air d’un petit bourgeois.

Il était d’une insolence infernale, il était à hurler de rire, il était différent. Surtout quand il était sur scène et qu’il faisait marrer les gens, moi je le trouvais émouvant donc j’ai eu envie immédiatement de faire du cinéma avec lui mais je n’en avais jamais fait. Donc j’ai arrêté la photo, ça m’a pris quatre ans pour le faire tourner car personne ne voulait ce chanteur des années 60 au cinéma à l’époque."

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