En parler ou pas? Faire, soi-même, la promotion d'un projet personnel à l'antenne, ça ne se fait pas. Et sur un blog ? Allez, je prends le risque, passionné que je suis d'un regard, d'une sensibilité, d'une écriture.Vous trouverez en librairie, à partir du 29 avril, un livre-disque consacré à Hervé Guibert et la photographie, initié par mes soins et publié en co-édition chez Radio France et Naïve.Guibert est mort célèbre. A 36 ans, en 1991, il est mort du sida et il a raconté sa maladie, son corps, sa déchéance et ses amis dans "A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie", en 1990. Son beau visage émacié et ses mots, chez Pivot, ont déclenché un intérêt nouveau pour son oeuvre. Il a obtenu un grand succès un an avant sa mort. Mais Guibert n'est pas seulement l'écrivain du sida. Il a toujours écrit, beaucoup écrit, comme habité (ou dévoré) par l'écriture. Dans "Hervé Guibert, l'écrivain-photographe", Jean-Louis Trintignant, Juliette Gréco, Anouk Grinberg et Cyrille Thouvenin lisent des textes qu'il a consacrés à l'image. Guibert a entretenu un rapport étroit avec elle. Il entre à 21 ans au "Monde" et devient critique de photos, à une époque ou "le Monde" ne publie pas de photos. Rendre compte d'une exposition demande donc un talent d'observateur et de conteur. Guibert est doué. Il parvient à passionner les lecteurs avec cet art nouveau enfin majeur, la photo. Celle-ci s'expose à la fin des années 70 dans des galeries et les musées, les formats s'agrandissent, les collectionneurs naissent et Guibert découvre la photographie en même temps que ses lecteurs. Avec l'écriture d'un romancier, simple et limpide. A l'évidence, elle se prête à l'oralité. En même temps que son travail journalistique, Guibert développe une oeuvre personnelle. Il publie "Suzanne et Louise", roman photo. On y voit les photos de ses grands-tantes (Guibert est aussi photographe, même s'il s'en défend) et les petits textes écrits à la main (calligraphiés par ses soins) sur ces femmes qu'il aime, ainsi que les moments où il a photographié ces personnages, comme un enfant qui habillerait ou déshabillerait ses poupées. Puis, à la suite de Roland Barthes qui théorise sur la photo dans "La Chambre claire", Hervé Guibert développe en 1980 son rapport intime à l'image dans "L'image fantôme", l'un de ses plus beaux textes. Il se raconte et décrit sa relation à ses proches, à partir de la photographie. Ses récits, cette façon romanesque de parler de son corps, de soi, de la mort et des autres se révèle aussi dans ses écrits sur l'image. Littérature et photo courent l'un après l'autre dans l'oeuvre du romancier.Voilà pourquoi j'avais envie de vous faire entendre cette voix et ce double sillon, écriture et image, dans un coffret sonore. Dominique A signe la musique. Antoine Dabrowski (réalisateur d'Isabelle Dordhain et de Didier Varrod sur Inter) a mis en ondes ces lectures. Bernard Lagacé a conçu la maquette du livre. Serge Roué, directeur du marathon des mots, passionné par Guibert, a jeté un regard complice et professionnel sur le projet qui n'est autre qu'un projet radiophonique : il s'agit de transmettre la mémoire d'un écrivain de la fin du 20è siècle, par le son.Si ce projet vous tombe entre les mains et les oreilles, je vous souhaite une bonne écoute. Qu'elle provoque en vous l'envie de lire ou de relire ces textes. (Peut-être "L'image fantôme", chez Minuit... Ou le journal de Guibert : "le Mausolée des amants", chez Gallimard?)"Hervé Guibert, l'écrivain-photographe" sort le 29 avril, aux éditions Radio-France-Naïve. Il coûte 25 euros.

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Guibert © Radio France
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