Yasmina Reza, « Heureux les heureux », Flammarion

Yasmina Reza fait des douleurs quotidiennes sont nos doudous d’adultes. On a beau être bourgeois on n’en est pas pour autant heureux, nous avons des lustres de littérature derrière nous pour en être certains. On n’est d’autant plus malheureux qu’en tant que bourgeois on n’a pas renoncé à l’idée du bonheur. Marguerite, Darius, Odile, Jean, Raoul, Jeannette ne parlent pas de bonheur ; on devine qu’ils ont dû s’en faire une idée, se projeter. Au bonheur de Reza les chapitres claquent comme des portes, les amants, les enfants, les médecins entrent et sortent.

Au quotidien, la vie leur sert du médiocre à tous les repas. La dispute au supermarché, l’inévitable « ma femme me quitte » et cet autre poncif « nous nous appelons mon amour et avons l’air heureux ». Le gamin qui se prend pour Céline Dion. La conversation sur les obsèques, avec ou sans bénédiction ? Et la vieillesse, et les souvenirs, et les hôpitaux. Sans parler du ministre toute queue dehors. Reza n’en rate pas une. C’est tendre et vache. Dur, cru, sans cruauté. Avec le sourire.

Yasmina Reza dans Comme on nous parle

Yasmina Reza
Yasmina Reza © Pascal Victor/Artconart
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