À quel moment les hommes ont-ils commencé à gravir les montagnes pour le loisir ? Et pourquoi dit-on "alpinisme" et non pas "montagnisme", par exemple ? Réponses du professeur en esthétique et philosophie de l'art, Pierre-Henry Frangne, au micro de Philippe Collin dans "L'Œil du Tigre".

Mer de Glace à Chamonix, photo faite par John Ruskin en 1854 (collection The Ruskin Library)
Mer de Glace à Chamonix, photo faite par John Ruskin en 1854 (collection The Ruskin Library) © Ruskin Foundation (Ruskin Library, Lancaster University) RF Dag75

À l'origine du terme "alpinisme"

Pourquoi, pour décrire le sport consistant à gravir les sommets des montagnes, parle-t-on toujours "d'alpinisme", au fait ? Car on peut pratiquer l'alpinisme bien ailleurs que dans les Alpes, pourvu qu'il y ait une montagne. La réponse est toute simple, comme l'explique Pierre-Henry Frangne au micro de Philippe Collin : 

L'alpinisme est né dans les Alpes !

Il est intéressant de noter que les anglophones utilisent le mot "alpinism" mais aussi et surtout un terme plus ancien, "mountaineering", qui ne fait pas référence aux Alpes mais à la montagne. Sa traduction française, « montagnisme », qui existe aussi, n'est utilisée que très rarement.

D'autres termes sont apparus plus tard pour désigner la pratique de l'alpinisme spécifique à d'autres massifs : le pyrénéisme, l'himalayisme, l'andisme… Mais le terme "alpinisme" reste utilisé de façon générale pour tous les massifs du monde.

Les premiers jours de l'alpinisme

L'ascension en haute montagne alpine a depuis longtemps été pratiquée, notamment par les chasseurs de chamois et les cristalliers (chasseur de cristaux), mais l'alpinisme en tant que pratique sportive naît au XVIIIe siècle. Horace-Bénédict de Saussure promet une prime au premier qui réussirait l'ascension du plus haut sommet d'Europe, le Mont-Blanc. Le 8 août 1786, Jacques Balmat (cristallier) et Michel Paccard (médecin) réussissent pour la première fois cet exploit. 

Pierre-Henry Frangne explique : 

Balmat avait découvert qu'on pouvait survivre une nuit en haute montagne. Ils avaient bien une idée de l'itinéraire mais ne savaient pas si on pouvait survivre en haute montagne. Ils en ont fait l'expérience… et réussi le sommet.

À noter qu'ils le firent sans cordes, piolets ou crampons.

Statue de Bronze représentant Horace-Bénédicte de Saussure et Jacques Balmat
Statue de Bronze représentant Horace-Bénédicte de Saussure et Jacques Balmat © Getty / Philippe Roy/Gamma-Rapho

L'alpinisme, un sport "so british""

Avec cet exploit, le goût de l'alpinisme se propage… Au milieu du XIXe siècle, des clubs alpins sont fondés, le concept de "première" (accomplie pour elle-même) est inventé, le métier de guide de haute montagne est créé, ainsi que les premiers sentiers et les premiers refuges de haute montagne… 

C'est aussi à cette époque qu'a lieu "l'âge d'or de l'alpinisme" : entre 1854 (avec l'ascension du Wetterhorn par Alfred Wills) et 1865 (ascension du Cervin par Edward Whymper), une période d'intense activité aux sommets des Alpes : si jusque là seuls huit sommets de plus de 4000 mètres avaient été conquis, pendant cet "âge d'or", 36 premières ascensions de sommets de plus de 4 000 mètres d'altitude sont faites (dont 31 par des équipes britanniques).

C'est assez étonnant : le goût pour les aventures dans les hauteurs montagneuses est particulièrement répandu chez les Britanniques (rappelons que le sommet le plus haut des îles britanniques culmine à… 1 344 mètres d'altitude : le Ben Nevis). Pierre-Henry Frangne souligne au micro de Philippe Collin que ce sont eux, les Anglais, qui les premiers se lancent dans les sports de montagne :

Le sport est anglais. Ce sont eux qui inventent le sport au XIXe siècle, tous les sports - et en particulier l'alpinisme, puisque ce sont les voyageurs anglais qui découvrent Chamonix à la fin du XVIIIe siècle.

Ce sont chez eux aussi qu'on trouve, pendant longtemps, les meilleurs alpinistes. Parmi ces grands noms de la montagne, au XIXe siècle, le plus grand est peut-être l'anglais, Edward Whymper, qui vainc un très grand nombre de sommets dans les années 1860. Illustrateur de métier, il vient à Chamonix à 20 ans à la demande d'un éditeur anglais qui l'a envoyé là pour faire des croquis… et il se prend de passion folle pour la montagne. "Son fait de gloire, qui mettra d'ailleurs fin à sa carrière, a lieu le 14 juillet 1865" raconte Pierre-Henry Frangne : " Whymper et ses compagnons de cordée montent au sommet du Mont Cervin, après une sorte de compétition avec d'autres équipes. Et puis c'est le drame à la descente : quatre de ses compagnons tombent ; lui, doit la vie sauve à la rupture de sa corde. Il ne s'en remettra pas". 

Des lampes éclairent le chemin de la première ascension du Cervin. Pendant longtemps, le Cervin a été jugé trop difficile à gravir, mais l'alpiniste britannique Edward Whymper l'a conquis le 14 juillet 1865.
Des lampes éclairent le chemin de la première ascension du Cervin. Pendant longtemps, le Cervin a été jugé trop difficile à gravir, mais l'alpiniste britannique Edward Whymper l'a conquis le 14 juillet 1865. © AFP / Fabrice Coffrini

Sur le même sujet

🎧 ECOUTER - Monter, gravir, prendre de la hauteur et penser tout là-haut : Philippe Collin revient dans l'Œil du Tigre avec ses invités sur l'histoire de l'alpinisme.

📖 LIRE - le livre de Pierre-Henry Frangne : De l'alpinisme.

🎧 ECOUTER - Au micro de Daniel Fiévet, Patrick Wagnon nous emmène explorer les toits du monde.

► VIDEO - Petite histoire de l'alpinisme : Edward Whymper, le Cervin, 1865.

Sculpture en hommage à Edward Whymper, face à la barre des Ecrins, à Briançon
Sculpture en hommage à Edward Whymper, face à la barre des Ecrins, à Briançon © AFP / Charton Franck / hemis.fr / Hemis
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.