A Tharaud, dans un appartement prêté
A Tharaud, dans un appartement prêté © Radio France / Vincent Josse

Peut-être avez-vous vu ce pianiste de 44 ans au cinéma, il jouait un pianiste, dans le film "Amour", de Haneke. Il était l’ancien élève d’une professeur jouée par Emmanuelle Riva.

Aujourd’hui, dans « le temps dérobé », il ne joue pas. Il est lui, au travail, vivant avec sa solitude. Car la solitude du pianiste existe, la documentariste Raphaëlle Aelig Régnier l’a rencontrée. Avec sa caméra qui approche Alexandre Tharaud au plus près de son visage, de son buste droit ou de ses mains incroyablement agiles, la cinéaste a tenté de la cerner.

Le concertiste de 44 ans témoigne de sa passion, le piano, et de son quotidien, de sa vie ascétique. Une vie qui exige du labeur, du sport, de la kiné et une bonne santé. La solitude est sa compagne, quand il répète, d’abord. Alexandre Tharaud a cette particularité de ne pas posséder de piano, il joue chez des amis qui lui prêtent leur instrument, en leur absence. Dans sa poche, on trouve une dizaine de paire de clés. Cette solitude est nécessaire pour conserver son niveau d’excellence. Seul, en répétition, seul dans le choix de son répertoire, et même, seul dans sa loge, quelques secondes avant le concert.

Cette hyper concentration qui est la sienne l’amène à une hyper sensibilité. Il est capable de sentir un public en quelques secondes et prétend même savoir comment le concert se déroulera dès les premièrs instants.

Entre deux confidences sur son divan, allongé comme le patient d’un psychanalyste, on voit Alexandre Tharaud au piano, dans des moments de relaxation, chez le kiné ou allongé par terre pour détendre ses muscles. On le voit se nourrir aussi des rencontres qu’il provoque, aussi, indispensables pour sortir de soi.

Le musicien est curieux de tous les répertoires, même de la chanson. Il commande des œuvres à des musiciens contemporains, joue avec un chanteur de flamenco, admire son accordeur, devenu un ami .

On le suit même dans ses voyages où des gestes maniaques le protègent. Par exemple, il bouche toutes les climatisations : dans le train, dans les hôtels avec un film plastique qu’il promène toujours dans son sac. Geste premier de protection, afin que la machinerie (corps et cerveau), fonctionne aussi bien que celle d’un sportif de haut niveau.

Alexandre Tharaud se raconte également dans un livre : « Piano intime », conversations avec Nicolas Southon, chez Philippe Rey (17 euros). Livre pointu, sérieux, largement centré sur les disques du pianiste, car il a beaucoup enregistré, musique baroque ou contemporaine. Le livre souffre d’un esprit de sérieux, contrairement au film qui reste dans le domaine du sensible. Dommage, car on aimerait pousser Tharaud vers plus de légèreté, moins de raideur, lui qui tente pourtant de casser son image classique de garçon sage par son ouverture d’esprit.

Enfin, le pianiste sort un disque, « Autograph », chez Erato. Ce sont quelques uns des « bis » qu’il interprète au moment des rappels, après un concert, dernier partage avant de retrouver sa vie de travailleur solitaire. Disque joyeux où l’on écoute avec beaucoup de plaisir des titres rarement entendus, « Feuillet d’album » de Chabrier et grand nombre de « tubes » comme une « Gymnopédie » de Satie ou « le Tic-Toc-Choc ou les Maillotins » de Couperin, choisi par Philippe Meyer pour son émission « La prochaine fois, je vous le chanterai ».

Enfin, Tharaud le solitaire se fait plaisir et son plaisir est contagieux !

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