Politique, combines et jeux de pouvoir sont à nouveau au menu de l'ultime saison de House of Cards dont la diffusion démarre ce vendredi sur Netflix. Les aventures du couple Underwood fascinent les députés français. Elles n'ont pourtant rien de commun avec le travail parlementaire en France.

De nombreux fans d'House of Cards sur les bancs de l'Assemblée
De nombreux fans d'House of Cards sur les bancs de l'Assemblée © AFP / Philippe LOPEZ

Le 16 octobre dernier, la députée Les Républicains de Haute-Savoie, Virginie Duby-Muller, en plein hémicycle, ose comparer le remaniement qui vient d'avoir lieu à "une sorte de House of Cards version bas de gamme", avec notamment "les ambitions des uns et des autres pour les municipales" et du "chantage pour des postes". Une comparaison qui a déplu mais qui a surtout fait sourire de nombreux parlementaires.

Le vice est beaucoup moins présent

Des bancs aux couloirs, la série fait parler à l'Assemblée Nationale. Beaucoup de députés s'avouent facilement fan de cette fiction. Mais de l'avis général, au-delà du fait qu'elle met en scène les spécificités politiques bien singulières des États-Unis, c'est peu dire qu'elle donne une vision faussée de la politique.

Durant six saisons, on suit la progression de Frank et Claire Underwood, du Congrès à la Maison Blanche. Lui, député démocrate, épaulé par sa femme, embarqués dans une conquête du pouvoir où les coups bas, la trahison, le mensonge et le crime sont des armes privilégiées.

"Au Parlement français, le vice est beaucoup moins présent", explique Julien Aubert, député LR du Vaucluse, qui concède tout de même que "même s’il peut y avoir des trahisons, des faiblesses, des veuleries, ce n’est pas aussi noir que ce que dépeint la série." Un avis partagé par Amélie de Montchalin, députée LREM de l'Essonne : "House of Cards, c'est au fond le pire de la politique, présenté sous son meilleur jour. Mais ça ne ressemble pas du tout à la vie quotidienne qu'on a ici."

La trahison n'est qu'une question de date

Selon de nombreux parlementaires, House of Cards présente une vision cynique de la politique, avec des coups tordus impensables en France. À croire qu'aucune affaire sensible n'a un jour ébranlé la République, à croire que la politique politicienne n'existe pas ici. Pour Sébastien Chenu, député Rassemblement National du Nord, la politique est mère de combats menés plus ou moins noblement : "La politique c'est de l'humain en concentré. Tout y est. La jalousie, le pouvoir, l'ambition... Et House of Cards a très bien retranscrit ça. Les égo sont tellement au centre du jeu, que ça amène des débordements comme on peut le voir de façon très pointue dans la série. La seule vraie différence c'est que la politique française est réellement beaucoup moins sexy que ne l'est la série."

"En matière de trahison", explique Chenu, passé du PR d'Alain Madelin à l'ex UMP, puis à l'ex-FN, "qu'on soit au Rassemblement National, de gauche ou de droite, on y est tous confronté. Vous savez ce que disait, je crois, Talleyrand : la trahison n'est qu'une question de date."

Je n'ai trahi personne ni poussé quelqu'un sous un train.

D'ailleurs, aucun whip (qui désigne le député qui s'assure que ses collègues d'un même bord suivent les directives du parti) français n'a pour l'instant pris le même chemin que Frank Underwood, lui même whip chez les Démocrates dans la série. Et heureusement d'ailleurs. Le personnage n'hésite pas à pousser une journaliste sous un train pour s'ouvrir une voie royale vers la magistrature suprême. Aurélien Taché, député LREM du Val d'Oise et ex-whip s'en amuse. "J'espère que si un jour je devais me lancer dans une telle aventure, ce ne sera pas dans les circonstances qui ont conduit Frank Underwood à le faire, car c'est d'une grande violence quand même, avoue-t-il en rigolant. 

Et d'ajouter : "Je n'ai trahi personne ni poussé quelqu'un sous un train. À Cergy, les trains ne fonctionnent qu'une fois sur deux et c'est tant mieux. Parce que comme ça si jamais de mauvaises intentions me venaient, au moins je n'aurais pas la possibilité de les mettre en oeuvre... La politique n'est pas un combat qui se mène sur le quai d'une gare."

La comparaison s'arrête donc là pour l'instant. D'ailleurs, dans la nouvelle saison qui sort c'est une femme, Claire Underwood, qui devient Présidente des États-Unis, preuve qu'il y a bien un fossé entre réalité et fiction. "On peut le regretter, surtout quand on est marcheur", lâche Aurélien Taché qui avait soutenu la candidature de Laetitia Avia à la présidence du groupe LREM. Amélie de Montchalin : "J'espère que quand ça arrivera, ce ne sera pas en plantant un couteau dans le dos de son mari que ça se fera. Je crois d'ailleurs que les Français seraient pour le coup assez lucides si ça se passait comme ça."

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