Il a empêché l'Amérique bien pensante de dormir sur ses deux oreilles. Sans pour autant faire de lui un saint homme, Hugh Hefner a contribué à l'avancée des droits civiques.

Hugh Hefner et sa compagne Barbi Benton, entourée des Bunnies au Playboy club de Londres - 1969
Hugh Hefner et sa compagne Barbi Benton, entourée des Bunnies au Playboy club de Londres - 1969 © Getty / Hulton Deutsch

Hugh Hefner, 91 ans, fondateur du magazine Playboy est décédé ce mercredi en Californie. Il sera enterré aux côtés de sa première Playmate, Marylin Monroe. Une femme qu'il n'a jamais rencontrée...

En France, de Hugh Hefner, on connaît surtout le magazine coquin pour ses photos plus que pour ses contenus littéraires et philosophiques. Il laisse à beaucoup l'image d'un vieux monsieur entouré de filles en bikini, vivant en peignoir dans son manoir qu'il avait dû vendre en viager. A l'heure du porno en ligne, "Hef" était un papy pervers désuet, héros d'une télé-réalité pathétique et dont les scandales n'effrayaient plus personne. Même son fils Cooper, qui avait pris sa suite, s'était permis de rhabiller les filles dans l'indifférence à peu près générale.

Pourtant en février 2017, et après avoir renoncé aux photos dénudés un an auparavant, Cooper Hefner faisait machine arrière. En effet, avoir des playmates habillées en double page était finalement une "erreur" de stratégie. Il faut dire que depuis la parution du premier numéro de Playboy en 1953, Hugh Hefner et ses bunnies ont contribué fortement à enclencher la révolution sexuelle qui s'annonçait. Et le magnat de la presse a défini des normes que ses confrères ont massivement reprises par la suite. Il n'y avait qu'à regarder les numéros d'été de nombreux magazines cet été.

Mais, à part permettre à Elle, Grazia ou Tennis magazine de mettre du sexe et des photos osées partout, quel héritage laisse au monde Hugh Hefner ?

Hugh Hefner et Carrie Fischer dans le Playboy show sur ABC, 9 novembre 1982
Hugh Hefner et Carrie Fischer dans le Playboy show sur ABC, 9 novembre 1982 © Getty / Abc Photo Archives

Il est interdit d'interdire

D'abord et bien sûr, il a déshabillé les filles. Mais il l'a fait dans une Amérique très puritaine, et s'est battu pour pouvoir le faire. Lui même était issu de cette Amérique blanche et religieuse. Et si sa mère a contribué au financement du magazine, ce n'était pas parce qu'elle croyait au projet, mais parce qu'elle croyait en son fils. Le bonhomme avait vu là un juteux business, et il n'était pas là pour l'amour de l'art, mais il considérait aussi qu'il vivait dans un pays où les citoyens étaient protégé par le premier amendement. Tous ceux qui voulaient le faire taire - et ils furent nombreux - foulaient donc au pied la première des lois. A tel point que la censure est devenue son cheval de bataille. Un prix porte même son nom et il est décerné aux défenseurs de la liberté d'expression. Il finança même une chaire à l'Université de Californie du Sud sur la censure au cinéma.

En 1965, il lança bien sûr la première playmate noire de l'histoire, Jennifer Jackson. Il fut, comme Frank Sinatra, un fervent défenseur de la cause afro-américaine. Ce n'est pas un hasard si ce matin le révérend Jesse Jackson a salué la mémoire d'un défenseur des droits civiques aux Etats-Unis : Hugh Hefner fut un des premiers directeur de publication à donner la parole à des afro-américains ou à les mettre en avant à la télévision : Mohamed Ali, Ella Fitzgerald, Martin Luther King, Sammy Davis Jr, Malcolm X... En homme d'affaires avisé, il finança en 2011 les campagnes présidentielles Républicaines et Démocrates, mais c'est bien à Barack Obama qu'il apporta son soutien officiel.

Défendre la cause des Noirs en Amérique dans les années 60 ce n'est pas rien, et l'époque actuelle prouve malheureusement que le combat n'est pas terminé. Mais ce bon vieux Hef, entre deux party à la Playboy Mansion s'était montré un ardent supporter du mariage gay et du droit à l'avortement.

Les belles lettres de Playboy

Si vous pensez que Pamela Anderson n'aurait pas pu présenter La Grande Librairie, détrompez vous. Playboy a contribué à la diffusion des idées et de la littérature aux Etats-Unis. Au pays du burger et des muscle cars, Hugh glissait entre deux portes-jarretelles des phrases et des pensées. Belles façons de faire bouger les mentalités. En 2009, le magazine publiait dans son édition américaine des extraits inédits de Laura, le roman posthume de Nabokov. Dans son histoire, des auteurs comme Margaret Atwood, Truman Capote, Gabriel Garcia Marques, Jack Kerouac, Stephen King, Roald Dahl, Haruki Murakami, Ray Bradbury ou encore Norman Mailer pour ne citer qu'eux...

Dans le documentaire de Brigitte Berman Hugh Hefner, playboy, activiste et rebelle Joan Baez revenait sur son passage dans l'émission Playboy after dark, et résumait ainsi sa vision de "Hef" :

Il a laissé parler les gens qui avaient quelque chose à dire, alors que tout les autres refusaient d'écouter.

Alors, quand vous retomberez sur une photo de lui en pyjama de soie, pipe à la bouche et filles à son bras, vous pourrez y voir la caricature. Mais si vous tombez sur un vieux numéro de Playboy dans les cartons de vos parents, vous pourrez toujours justifier que c'était pour enrichir votre culture personnelle.

Les Bunnies saluent le jet Playboy - Londres, 1970
Les Bunnies saluent le jet Playboy - Londres, 1970 © Getty / Hulton Deutsch
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