Saviez-vous que la série "Star Trek", qui présente un avenir très optimiste pour l'homme, repose en fait sur un postulat très noir ? Que le premier baiser interracial a eu lieu dans "Star Trek" et que Martin Luther King a influencé le devenir de la série ?

Leonard Nimoy incarne Mr Spock dans "Star Trek: la série originale". Il fait ici le salut vulcain, traditionnellement accompagné de ces mots "Longue vie et prospérité". ("live long and prosper")
Leonard Nimoy incarne Mr Spock dans "Star Trek: la série originale". Il fait ici le salut vulcain, traditionnellement accompagné de ces mots "Longue vie et prospérité". ("live long and prosper") © Getty / CBS Photo Archive

Star Trek est un univers de science-fiction, aujourd'hui constitué de plusieurs séries, films, jeux vidéos, romans, BD, etc. Depuis sa création en 1966, une multitude de chemins narratifs a été inventé… mais c'est avec, à chaque fois, le même postulat de départ : le spectateur est invité à suivre les aventures d'un équipage de Starfleet à travers l'espace. Starfleet, c'est, en gros, un mélange de l'ONU et du CNRS : ses membres ont à la fois une mission d'exploration scientifique et une mission de diplomatie - car même si l'avenir est pacifié pour les planètes de la Fédération des planètes unies (à laquelle appartient la Terre), il y a aussi d'autres planètes qui n'en font pas partie et qui vont mener des guerres spatiales (les Romuliens, les Klingons, etc.)

Une série optimiste basée sur un constat très sombre

Star Trek propose une vision assez optimiste de l'avenir : les guerres, le racisme et la pauvreté ont été éradiqués. Pour de nombreux peuples, l'argent également appartient au passé, comme le souligne Alain Carrazé, journaliste spécialiste des séries et fan de Star Trek, au micro de Frédérick Sigrist : "À l'intérieur de la Fédération, on ne travaille plus pour l'argent (il n'y en a plus), on travaille pour le bien commun et la monnaie d'échange est sa réputation". Quant à l'équipage de Starfleet, il explore l'univers non pas pour le coloniser mais juste par soif de découvrir des espèces et des territoires encore inconnus.

La série serait-elle résolument optimiste ? C'est à nuancer. Car cette vision optimiste de l'avenir de l'humanité se base sur un postulat pessimiste : si l'humanité existe encore au XXIIIe siècle, c'est nécessairement qu'elle ne s’est pas détruite - donc que l'humanité a dû passer par de grands bouleversements pour arriver à se transformer. Alain Carrazé explique : 

Pour Gene Roddenberry, le créateur de la série, si l'humanité restait telle qu'elle était dans les années 1960 (en pleine période de Guerre Froide), l'humanité n'arriverait jamais au XXIIIe siècle.

Simon Pegg est co-scénariste de la nouvelle série de films, StarTrek : No Limit (2016); il y joue aussi le rôle de Scotty, l'ingénieur en chef de l'Enterprise. Il résume, caustique :

Star Trek est cette petite lueur d'espoir qui dit "Non, nous n'allons pas nous détruire, nous allons vivre, explorer la galaxie et rester super beaux"

Le premier baiser interracial

La série dresse le portrait d'une humanité idéalisée, qui a su dépasser ses travers. Côté sexualité, la série se montre aussi assez libre : les personnages de Star Trek ont très fréquemment des relations amoureuses avec des extraterrestres de tout poil. "Ils font même des enfants avec" souligne Alain Carrazé : c'est le cas par exemple de Spock, enfant métissé d'une Humaine et d'un Vulcain.

Mais attention, dans les années 1960, on peut coucher avec une autre espèce d'être vivant mais pas suggérer une sexualité interraciale entre un(e) Noir(e) et un(e) Blanc(he) ! Star Trek va s'y confronter avec l'épisode Les Descendants : on y voit le premier baiser entre une actrice noire et un acteur blanc à la télévision américaine. C'était entre le capitaine Kirk (joué par William Shatner) et le lieutenant Uhura (Nichelle Nichols).

Le fameux baiser entre le lieutenant Uhura et le capitaine Kirk
Le fameux baiser entre le lieutenant Uhura et le capitaine Kirk © Getty / CBS Photo Archive

Alain Carrazé revient sur cette scène culte : 

La production avait tenu à ce qu'il y ait deux tournages, un avec le bisou, l'autre sans. Nichols et Shatner ont systématiquement foiré les prises pour être bien sûrs que ça ne passe pas, et du coup, le bisou est bien passé à la télé au grand scandale de tout le monde… 

Toutefois, Gene Roddenberry avait quand même un peu nuancé le scénario pour ne pas être trop choquant : au moment où les deux personnages s'embrassent, ils sont manipulés mentalement par d'horribles extraterrestres qui les poussent à transférer leurs pulsions...

Nichelle Nichols dans le rôle d'Uhura
Nichelle Nichols dans le rôle d'Uhura © Getty / CBS Photo Archive

L'intervention de Martin Luther King 

Dans cette première saga Star Trek, de 1966 à 1969, c'est donc Nichelle Nichols qui joue le lieutenant Uhura. Chose exceptionnelle pour une afroaméricaine à l'époque, elle y tient un rôle de premier plan : elle est chargée des communications internes et externes du vaisseau.

Mais Nichelle Nichols finit par se lasser du rôle d'Uhura, elle souhaiterait poursuivre sa carrière à Broadway… Martin Luther King (qui par ailleurs est fan de la série) la contacte et la convainc de rester dans la série : voir une afroaméricaine avec des responsabilités à une heure de grande audience (la série était diffusée en prime time) représentait une belle avancée pour les mouvements noir et féminin… 

Pour l'anecdote : le rôle de Nichelle Nichols a changé la vie d'au moins une petite fille afroaméricaine : Whoopy Goldberg. L'actrice raconte qu'en la voyant à l'écran, elle a pensé à devenir actrice. Et des années plus tard, elle aussi jouera dans Star Trek (Next Generation).

L'équipage de "Star Trek : la nouvelle génération", commandé par Jean-Luc Picard (au centre). Au-dessus de lui en bleu : Whoopy Goldberg
L'équipage de "Star Trek : la nouvelle génération", commandé par Jean-Luc Picard (au centre). Au-dessus de lui en bleu : Whoopy Goldberg © Getty / CBS Photo Archive

Une autre petite fille afroaméricaine a vu son avenir d'un autre œil grâce au lieutenant Uhara : c'est Mae Jemison, qui devint la première femme astronaute noire américaine. Et elle aussi a joué un petit rôle par la suite dans un épisode de Star Trek pour, en quelque sorte, remercier la série de son enfance.

Une série féministe ?

Gene Roddenberry a donc mis en scène une femme dans l'un des rôles principaux de Star Trek ; il a aussi tenté dans l'épisode pilote (The Cage) de placer une femme pour le rôle de commandant en second de l'Enterprise. "Numéro Un", d'une froideur et d'une logique extrême, était jouée par Majel Barrett

Les producteurs refusent le pilote. Gene Roddenberry raconte : 

NBC a refusé le premier épisode pilote car jugé trop intellectuel. Ils avaient deux exigences : se débarrasser de la femme, parce que personne ne croirait jamais qu'elle soit capable de commander un navire spatial, et surtout virer le type aux oreilles pointues parce qu'aucun spectateur ne pourrait s'identifier à un extraterrestre. Je ne pouvais pas gagner sur les deux tableaux. Aussi, je me suis battu pour garder Spock, et j'ai épousé Majel Barrett, parce qu'il m'aurait été difficile de faire le contraire.

Un second pilote est tourné : Où l'homme dépasse l'homme (Where No Man Has Gone Before), qui, lui, est accepté.

À noter que Majel Barrett reviendra jouer dans la série, notamment pour le rôle de l'infirmière, Christine Chapel. La voix de l'ordinateur du vaisseau, c'est elle aussi ! 

La première navette spatiale de la NASA baptisée en hommage à Star Trek "L'Enterprise"

On ne le réalise sans doute pas en France, mais la saga Star Trek est très importante pour la culture américaine. Et lorsque la NASA, dans les années 1970, a inauguré sa première navette spatiale, l'engin a été baptisé "Enterprise" en hommage à la série. La NASA avait proposé aux gens de voter pour son nom de baptême, et les fans de Star Trek ont voté en masse (200 000 lettres)…

Le 17 septembre 1976, la navette spatiale a été inaugurée en présence de Gene Roddenberry et de tout le casting, avec la fanfare qui a joué le générique de la série. 

Ironie des baptêmes… Un parallèle peut être fait entre les capitaines James Cook et James Kirk, tous deux explorateurs des contrées lointaines et inexplorées, que ce soit dans l'Océan Pacifique au XVIIIe siècle ou à travers l'espace au XXIIIe siècle. Lors de sa première expédition dans l'océan Pacifique, James Cook commandait l'HMB Endeavour... qui est aussi le nom de vaisseau de la flotte de Star Trek : l'_USS Endeavour_. Un vaisseau de Star Trek nommé d'après un navire d'exploration historique ; une navette spatiale nommée d'après Star Trek : la boucle est bouclée !

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