Ne vous êtes-vous jamais senti(e) dépassé(e) par les avancées technologiques ? A peine a-t-on commencé à maîtriser le magnétoscope qu'il faut apprendre à écouter des podcasts avec son téléphone... Et que le magnétoscope, lui, ne sert déjà plus à rien. Pourtant il y a Thérèse, Marie, ou Nicole, qui à 77 ans passés, peuvent vous expliquer à quoi sert le bouton "Google j'ai de la chance", pourquoi les caractères spéciaux existent, ou ce qu'est un hacktiviste.

Pour Albertine Meunier : “Dire qu’un truc n’est pas de son époque, signifie soit qu’on est trop jeune pour avoir connu un tel vieux truc, soit qu’on est trop vieux pour s’intéresser à ce truc si récent. Mais tant que l’on n’est pas mort, on est dans son époque, non ?” C’est ce qui l’a amenée à proposer avec Julien Levesque l’atelier hype(r)olds, destiné à casser l’idée reçue qu’à 77 ans ou plus, surtout quand tu es une femme, tu es hors circuit dans le monde numérique d’aujourd’hui.

Thérèse et Nicole
Thérèse et Nicole © Radio France / Mariel Bluteau

Les participantes y apprennent donc à devenir autonomes sur la Toile : acheter un billet de train, aller sur youtube, google map, le bon coin… Et aussi à décrypter les nouveaux mots (arobase, anonymous...). Ce sont de nouvelles façons de penser, de chercher, de réfléchir. Nicole a lu La Petite Poucette de Michel Serres (Le Pommier, 2012), et elle a trouvé ça formidable. Elle trouve avec lui que ce qui lui manque le plus, ce sont des recettes, des manières de procéder intuitives : "savoir tout de suite où aller pour trouver ce qu’on cherche ”.

Depuis 77 ans (ou plus), elles ont assisté à bien des changements :

Elles ont vu le monde changer… et ça continue : “L’autre jour je cherchais une rue, j’ai demandé mon chemin à une jeune fille que je croyais du quartier. Elle a tout de suite sorti son téléphone et m’a indiqué la rue. C’est incroyable !” témoigne Nicole.

Nicole, hyperconnectée
Nicole, hyperconnectée © Radio France / Mariel Bluteau

“Maintenant on a tout au bout des doigts”. Fascinant, certes, mais pas très pratique quand on a 77 ans ou plus : “On n’est pas la génération tactile” explique Nicole en sortant son iPhone. “Avant j’avais une version où il faut taper quatre fois pour le T, une fois pour le A. [...]Ce que je trouve génial, comme j’ai très mal aux doigts, c’est qu’il y a le micro et qu’on enregistre les messages à la voix”.

Ceci dit, Nicole est aussi critique envers les apports supposés des nouvelles technologies. Pour elle, “Internet est une avancée, mais l’abus est une régression parce que ça prive d’une transmission d’émotion”. Elle s’inquiète de la relation qu’ont ses enfants et petits enfants avec les écrans : “C’est du temps qu’ils ne consacrent pas à autre chose. C’est comme l’argent : on ne dépense pas deux fois son argent, on ne dépense pas deux fois ses 24h. Eux n’ont pas cette notion de la qualité du temps. Et de la lenteur aussi .”

Pour elle, le numérique est un instrument, au même titre qu'une machine à coudre. "C’est quelque chose qui permet d’aller plus vite, d’aller plus loin, de faire mieux, mais ce n’est pas du tout un passe temps. Je me dis pas « Tiens, je n’ai rien à faire, je vais faire de la machine à coudre». C’est un piège."

Un instrument qu'elle apprend néanmoins à apprivoiser dans la bonne humeur avec ses copines d'hype(r)olds... Le temps de l’atelier est plus qu’un moment d’apprentissage, c’est aussi un moment de vie : les dames se réunissent chaque semaine autours d’Albertine et Julien, partagent un thé, des gâteaux... parfois du champagne, aussi ! Pour Julien, la rencontre est un aspect important de l'atelier parce qu' "à 77 ans, tu ne te fais plus trop de copines, tu n’es plus dans un schéma social, c’est derrière toi". L'atelier permet d'apprendre des choses inconnues, mais aussi de se confronter à d’autres personnes, se remettre dans un groupe. De faire cet effort là, même à 77 ans.

Photo de fin séance, en groupe. Avec de gauce à droite : Nicole, Pierrette, Josiane, Marie, Evelyne et Thérèse
Photo de fin séance, en groupe. Avec de gauce à droite : Nicole, Pierrette, Josiane, Marie, Evelyne et Thérèse © DR Julien Levesque

Après des débuts à Paris, l’atelier hype(r)olds a essaimé à Reims, Valence, Avignon... et bientôt, deux nouveaux ateliers s’ouvriront en banlieue parisienne, à Montreuil et Saint Denis. Pour en savoir plus sur les ateliers Hype(r)olds, rendez-vous ici >

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