Après Bordeaux, la ville de son enfance, près de 300 originaux du gentleman dessinateur Jean-Jacques Sempé, « père » du Petit Nicolas avec René Goscinny, et illustrateur poète pour le «New Yorker», sont présentés à l’Atelier Grognard à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine).

Dessin reproduit en couverture du New Yorker (Oct. 2, 2006) tiré de Sempé à New York par Sempé
Dessin reproduit en couverture du New Yorker (Oct. 2, 2006) tiré de Sempé à New York par Sempé © Éditions Denoël / Éditions Martine Gossieaux, 2009, 2016

Son trait très fin s’attache à traiter l’enfance, l’école, les arbres, les chats, le sport, le vélo ou Paris. Un dessin qui joue sur le microscopique et l’infiniment grand avec un ton poétique et teinté de nostalgie au service d’un humour délicat. C’est l’œuvre d’un exceptionnel dessinateur humoristique qui est présentée à l’Atelier Grognard à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine).

Un artiste discret

En exergue de l’exposition, une phrase de Jean-Jacques Sempé résume sa personnalité timide, discrète et la finesse de son art : 

Les dessins d’humour essaient de dire, comme ça, l’air de rien. J’ai toujours été admiratif du type de la NRF, Jean Paulhan qui concluait ses discours, théoriques, très longs, par un « Mettons que je n’ai rien dit ». J’aime beaucoup ça

Le matériel de Sempé dans l'exposition "Sempé, itinéraire d'un dessinateur d'humour" à Rueil-Malmaison
Le matériel de Sempé dans l'exposition "Sempé, itinéraire d'un dessinateur d'humour" à Rueil-Malmaison © Radio France / Anne Douhaire/France Inter

Une exposition chronologique

Né en 1932 à Bordeaux, Sempé parle rarement de son enfance malheureuse dans un milieu pauvre. Il y a quelques années, il a  juste évoqué dans un entretien que sa mère et son beau-père « n’hésitaient pas lui coller des torgnoles », mais il leur a pardonné : « ils ont fait ce qu’ils ont pu, les pauvres ».

A 18 ans, il quitte le Sud-Ouest pour gagner sa vie à Paris. Il y rencontre le dessinateur humoristique Chaval. Jean-Jacques Sempé commence à publier ses premiers dessins dans Sud-Ouest en 1951. 

Le premier album de Sempé : "Volltreffer" présenté dans l'exposition "Sempé itinéraire d'un dessinateur d'humour" à Rueil-Malmaison
Le premier album de Sempé : "Volltreffer" présenté dans l'exposition "Sempé itinéraire d'un dessinateur d'humour" à Rueil-Malmaison / Diogenes Verlag, 1958

Dans l’exposition, on découvre ses premiers dessins de presse qu’il signe d’un DRO assez pataud encore. Sa quête du gag est omniprésente. Son dessin d'humour se veut d'emblée un dessin d’imagination et non d’observation. Son art se pratique donc à la table à dessin et nécessite une immense patience et beaucoup de travail.

Un espace dédié au Petit Nicolas

L'un des derniers dessins du Petit Nicolas dessiné par Sempé. Dans l'exposition "Sempé, itinéraire d’un dessinateur d’humour" à Rueil Malmaison
L'un des derniers dessins du Petit Nicolas dessiné par Sempé. Dans l'exposition "Sempé, itinéraire d’un dessinateur d’humour" à Rueil Malmaison / AD/FI

De sa rencontre avec René Goscinny nait Le Petit Nicolas en 1956 dans le journal Le Moustique. Le nom de son petit héros lui a été inspiré par une publicité pour du vin Nicolas, aperçue dans un bus…

Le garçon côtoie à l’école, Agnan le fayot, Alceste le mangeur, Clotaire le cancre, Rufus le fils d'un agent de police, Geoffroy dont le papa est riche, et Eudes dont le poing est redoutable quand on le prend sur le nez… Ce héros chahuteur, innocent, et qui aime le foot, c'était Sempé lui-même. L'école avait été son havre de paix.

Le personnage du Petit Nicolas d’emblée hors des modes et intemporel continue à toucher soixante ans après. Dans l’exposition, comme preuve de son universalité, les multiples versions dans les différentes langues sont présentées ainsi que des superbes inédits.

La Tour Eiffel de Sempé dans l'exposition "Sempé, itinéraire d’un dessinateur d’humour" à Rueil Malmaison
La Tour Eiffel de Sempé dans l'exposition "Sempé, itinéraire d’un dessinateur d’humour" à Rueil Malmaison / AD/FI

Paris

J’aime le banal, je le revendique. J’aime la Tour Eiffel, je l’aime vraiment…

L’un des sujets célèbres de Sempé, c’est la capitale. Sous ses crayons, la ville se fait décor très peu réaliste mais reconnaissable, et toujours plein de poésie.

Une brasserie parisienne dans "Un peu de Paris et d’ailleurs" de Jean-Jacques Sempé
Une brasserie parisienne dans "Un peu de Paris et d’ailleurs" de Jean-Jacques Sempé / Éditions Martine Gossieaux

L'exposition met en lumière son lien particulier avec Paris. A travers ses croquis parisien, et les dessins présentés dans la partie "Comédie humaine", on mesure l'évolution du travail de Jean-Jacques Sempé : l'humour au fil du temps n'est plus le seul objectif. Les décors prennent de plus en plus de place pour poser un regard plus profond, humain, et jamais cynique, sur la société. 

La musique et le sport

Musiques de Jean-Jacques Sempé
Musiques de Jean-Jacques Sempé / Éditions Denoël / Éditions Martine Gossieaux

Sempé aurait voulu être musicien. De ce désir inabouti, il a gardé une sensibilité particulière. 

Pour le sport, c'est grâce au patronage local à Bordeaux que le dessinateur, enfant, découvre le football. Un peu bluffeur, il s'invente futur international puisque fils d'un célèbre joueur. Dans la réalité, perturbé par l'ambiance familiale, il tombe souvent sur le terrain, mais raconte qu'il le fait exprès. C'est le vélo qui lui va lui procurer les plus grande joies. Et on trouve de nombreuses bicyclettes dans ses dessins. 

Raoul Taburin de Jean-Jacques Sempé
Raoul Taburin de Jean-Jacques Sempé / Éditions Denoël, 1995

Le New Yorker

Jean-Jacques Sempé a tenu des pages régulières dans «L’Express» pendant 10 ans. Cela s’appelait « La Vie moderne » et il y croquait avec étonnement la société de consommation naissante, l’urbanisme, et la foule du métro. Exercice qu’il pratique ensuite dans «Paris Match»,  tout en signant plus d’une centaine de couvertures pour le magazine américain «The New Yorker» - quelques-unes sont présentées à Rueil-Malmaison.

Dessin de Sempé reproduit en couverture du New Yorker (Oct. 2, 2006) dans "Sempé à New York" (2016)
Dessin de Sempé reproduit en couverture du New Yorker (Oct. 2, 2006) dans "Sempé à New York" (2016) / Éditions Denoël / Éditions Martine Gossieaux

Sempé est un immense travailleur car, comme tous les paresseux dit-il, il est incapable de s’organiser. Surtout il aime prendre son temps : il a mis des années à trouver son petit Monsieur qui pense l’amour infini dans un square.

 Insondables Mystères de J.J. Sempé
Insondables Mystères de J.J. Sempé / Éditions Denoël, 1993

Un travail qui a tout pris 

En conclusion de l’exposition on trouve aussi cette incroyable phrase de Sempé : 

Je regrette de m’être laissé grignoter par mon métier. Je n’avais pas assez de talent, pas de formation. J’ai dû pallier ces insuffisances par du travail. Je ne suis pas sûr d’avoir suivi un itinéraire. Le mot est très joli mais j’ai seulement le sentiment d’avoir sautillé, contraint et forcé. J’ai fait ce que j’ai pu. J’ai toujours cherché à m’adapter sans prendre jamais aucune décision. J’ai sûrement peu à peu vieilli, mais je reste un handicapé de la vie concrète. Et je persiste à aimer par-dessus tout le silence dans lequel j’aime à me réfugier… 

Aller + loin

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