Le film a été un gros carton en salles avec plus d'un million de spectateurs, d'où l'idée sans doute de décliner ce succès en séries télé. Est-ce une bonne idée ? L'avis des critiques d'Une heure en série autour de Xavier Leherpeur.

Lucien Jean-Baptiste, Louis Durant et Aïssa Maïga
Lucien Jean-Baptiste, Louis Durant et Aïssa Maïga © Jean Claude Lother / FTV

La bonne idée ici est d'avoir choisi de faire une suite à cette comédie familiale. On ne décline pas le film en série, on continue l'histoire. On retrouve donc Salimata et Paul, le couple formé par Aïssa Maïga et Lucien Jean-Baptiste et leur fils adoptif, Benjamin.

Xavier Leherpeur plante le décor : "Benjamin a grandi. Il a 15 ans. Et entre temps, ses parents lui ont offert Noé, un petit frère biologique d'un an son cadet. Deux exact contraires qui cohabitent joyeusement dans une maison du bonheur. Jusqu'au jour où débarque le père de Paul, un géniteur affable et mythomane que Paul n'a pas vu depuis des années et qu'il rechigne à accueillir. Un retour inopiné et peu désiré qui va donner l'envie à Benjamin de retrouver à son tour ses parents biologiques." 

C'est une comédie sociétale sur les familles que l'on dira "composées", unies par les liens du sang ou pas, et où l'on retrouve intact tout l'humour tendre et humaniste de Lucien Jean-Baptiste, auteur, interprète et réalisateur, entre autres de La première étoile et de Dieu merci au cinéma. 

VOIR | "Il a déjà tes yeux", la série, sur le site de France TV

Benoit Lagane : "J'ai été complètement conquis"

Au départ, on regarde ça comme la série familiale du mercredi de France 2, assez classique. On se dit "ça fait du bien après Faites des gosses d'avoir quelque chose de beaucoup plus fin. Après les deux premiers épisodes, on est dans du Fais pas ci, fais pas ça à la sauce Lucien Jean-Baptiste et ça fait du bien.

Aïssa Maïga et Louis Durant
Aïssa Maïga et Louis Durant / Jean Claude Lother / FTV

Il y a un mélange d'humour, de tendresse, de bienveillance. Bref, tout ça fonctionne très bien. Et plus on avance dans la série, plus ça devient tendre et de plus en plus émouvant avec un final qui, effectivement, m'a beaucoup touché. Au point que je me suis dit qu'il réussit à nous faire une histoire extrêmement universelle à travers cette famille de bobos blacks, c'est comme ça qu'ils se présentent dans la série.

Et ça, c'est très, très rare à la télévision française, de partir d'une famille black et d'en faire de l'universalité.

La série nous montre qu'être noir, c'est au pluriel. On n'est pas totalement pareils quand on est Martiniquais, quand on est Ivoirien, quand on est Camerounais, Sénégalais. Il joue sans cesse sur les idées reçues, les clichés. Tout est toujours joué avec beaucoup de tendresse et beaucoup d'humour. Vraiment, c'est une grande réussite et les comédiens sont parfaits."

Ava Cahen : "C'est très scolaire, très formaté, lisse et sans imagination"

"Je ne dois avoir aucun cœur. Evidemment, je rejoins Benoît sur un certain nombre de points, c'est à dire que je me réjouis que la carte de la diversité soit jouée par France 2 en prime time. Mais malheureusement, je n'arrive pas à trouver à ce programme, certes plein de bonnes intentions et de bonne volonté, de réelles qualités artistiques. Et si l'on parle franchement, j'aime les séries qui ont quand même un peu d'ambition, de mise en scène. Et là, la grammaire est très basique, on parle de sujet verbe complément.

J'avais envie de croire aux capacités de Lucien Jean-Baptiste à faire de cette série quelque chose de plus personnel, original et tendre, et malheureusement, je n'ai pas trouvé mon bonheur.  

 Michel Bohiri et Michel Jonasz
Michel Bohiri et Michel Jonasz / Jean-Claude Lother/ FTV

Ça ne m'a pas convaincue non plus du côté des thématiques abordées, parce qu'elles sont effleurées du bout des doigts, parce que tout manque de nuances précisément et de profondeur. Qu'il s'agisse de la question de l'adoption, de la quête de Benjamin vis-à-vis de ses parents biologiques, la question de la rivalité au sein d'une fratrie métisse, celle de la filiation à travers les retrouvailles incongrues de Paul et son géniteur Lazare, puis la question de la reprise d'une activité professionnelle aussi. Quand on est maman et quand on s'est arrêté de travailler à un moment pour élever ses enfants. 

Il y a tout plein de pistes narratives qui sont amorcées, mais qui sont exploitées à la va-vite, un peu comme dans un soap. 

Et je trouve ça vraiment dommage de ne pas avoir davantage soigné l'écriture, la réalisation. Et sur la direction d'acteurs, je trouve ça un petit peu lourd, un peu théâtral, un peu artificiel."

Ariane Allard : "C'est ce qu'on appelle au cinéma un feel good movie"

"Je trouve ça gentil. Je trouve ça pétri de bons sentiments. Le message c'est l'amour sauve de tout, y compris les situations les plus douloureuses et improbables. Donc, le message, évidemment, qu'il fait du bien. Je rejoins Benoît sur Aïssa Maïga. Moi, je la trouve royale quoiqu'elle fasse. 

C'est un message de tolérance, donc évidemment qu'on ne peut que souscrire à ce genre de choses.

Après moi, je trouve ça un peu appuyé. Il y a de nombreuses invraisemblances. Il est fleuriste, elle est au chômage. Ils ont une maison en meulière dans la région parisienne. Je ne sais pas combien ça coûte, mais à mon avis, c'est totalement improbable.

Joakhim Sigue et Lucien Jean-Baptiste
Joakhim Sigue et Lucien Jean-Baptiste / Jean Claude Lother / FTV

Je trouve aussi que les ressorts du scénario sont un peu usés. Par exemple, cette façon de vouloir absolument inverser les regards. Je trouve ça super bien au départ. Mais le côté il y a un garçon noir, un garçon blanc, donc le garçon noir, pour déjouer tous les clichés, c'est celui qui travaille bien à l'école. Et le petit garçon blanc, bien sûr, c'est le rebelle.

Donc voilà, je suis entre les deux. Je pense que je me suis laissé séduire par les acteurs et par le jeu, mais moins peut être par la dramaturgie de la série."

(Ré)écouter la séquence :

6 min

Il a déjà tes yeux - Une heure en séries

Par France Inter

Aller plus loin

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.