Revivez les plus beaux moments de "Boomerang" cette semaine : Augustin Trapenard recevait les cinéastes Xavier Dolan, Ken Loach, l'historienne spécialiste de l'histoire des femmes Michelle Perrot, le dramaturge portugais Tiago Rodrigues, l'auteur-compositeur Philippe Katherine.

"Il faut arrêter de dire que l'espoir meurt, il faut agir" (Tiago Rodrigues)
"Il faut arrêter de dire que l'espoir meurt, il faut agir" (Tiago Rodrigues) © Getty / stock_colors

Joséphine Dumoulin a mixé le best-of de Boomerang de cette semaine, à partir des entretiens d'Augustin Trapenard :

10 min

Le Best-of de Boomerang du vendredi 18 octobre 2019

Par Joséphine Dumoulin

Xavier Dolan

Le cinéaste québécois sort son nouveau film "Matthias & Maxime", présenté à Cannes en mai dernier dans lequel il montre combien le silence peut souvent exprimer énormément au regard de l'amitié. Il était au micro de Boomerang

"Le film qui stimule juste mes qualités intellectuelles m'emmerdent toujours un peu, moi ce qui m'intéresse dans le cinéma c'est l'émotion, celui que je regarde et celui que je fais. 

Le cinéaste naturaliste qui regarde des personnages, qui se fout un peu d'eux, cette espèce d'esthétique de la pauvreté, cette supercherie d'artistes un peu bourgeois qui s'insèrent dans une réalité pauvre mais qui ne font rien d'autre que d'exploiter cette réalité sans rien foutre assis sur leurs culs avec leur caméra, sans effort, sans espoir, ça ne m'intéresse pas.

Cette image d'une famille qui est en train de pic niquer gaiement, avec une nappe à carreaux rouge et blanche, c'est une image de perfection mais qui est tout à la fois artificielle. Ça met la scène au niveau de l'importance de la norme traitée et exprime la façon dont les personnages s'opposent à cette norme. 

Le groupe et la collectivité est inévitable, on ne peut pas s'isoler, tout le monde est toujours là

Michelle Perrot

Elle est l'une des historiennes les plus éminentes de l'histoire des femmes. Michelle Perrot vient de faire paraitre son tout dernier ouvrage "Le chemin des femmes", chez Robert Laffont. Elle s'est confiée à Augustin Trapenard

"Je suis le produit de mon époque parce que la guerre a beaucoup pesé sur moi et puis j'ai eu très tôt l'idée qu'on était coupable, qu'il fallait se surveiller et que le corps des femmes était quelque chose de dangereux, j'étais un peu rebelle et j'ai toujours fait au fond ce que j'ai toujours voulu faire. Mais j'osais pas le dire... 

Si je me suis sentie vraiment légitime, c'est grâce au mouvement de libération des femmes des années 1970'

D'une certaine manière j'avais toujours refoulé mon existence de femme, faite pour le silence. Dès ce moment, elle devenait légitime. 

Mon père aurait voulu un fils, il a eu une file unique et, du coup, il voulait pour moi non pas un avenir de fille, mais un avenir libre qui représentait plutôt celui d'un garçon, marcher, faire du sport, conduire une voiture, avoir un métier, gagner sa vie et puis surtout ne pas se mettre trop tôt un homme sur le dos. 

Recevoir l'autre, accepter l'autre surtout si on pense qu'il vous menace ça vous met dans une position défensive, cela a toujours été mais tout de même, avec notre civilisation et son extraordinaire héritage, cela doit nous permettre de remettre les choses à leurs places et d'accueillir l'étranger". 

Tiago Rodrigues

Le célèbre metteur en scène portugais est en France actuellement avec le Festival d'Automne. Il était l'invité d'Augustin Trapenard. 

"J'entends beaucoup parler de théâtre politique, j'arrive jamais moi à séparer les choses : pour moi, le grand moment de climat émotionnel est toujours une coïncidence avec le grand moment de lucidité politique de pourquoi je suis spectateur ou acteur de cette pièce. 

Sans théâtre, le monde perd un outil de rencontre entre êtres humains

Au théâtre, on est ensemble comme dans le monde mais avec des lois encore à inventer. 

La façon dont nos sociétés refusent de percevoir la gravité de la situation, d'admettre un changement de pensée alors que c'est un vrai cauchemar qu'on a en commun, ça ne m'arrange beaucoup. 

Je me dis qu'il faut arrêter de se dire que c'est l'espoir qui meurt en dernier et se mettre à agir

Philippe Katherine 

Pour son dernier album, "Confessions", qui sort le 8 novembre, le chanteur-compositeur français s'est entouré de plusieurs artistes dont Camille, Dominique A et Lomepal. Retrouvez son entretien avec Augustin Trapenard

"La dissonance est toujours bonne à prendre, il faut qu'elle arrive au bon moment c'est tout.

Souvent j'ai observé que les mélodies que j'invente sont celles que j'oublie et qui me reviennent ensuite sans que j'ai demandé quoi que ce soit". 

Ken Loach

Le cinéaste britannique sort mercredi son nouveau film "Sorry we Missed you" dans lequel il illustre de nouveau son génie en matière de retranscription des bouleversements sociaux affectant la société. Ken Loach était chez Boomerang

"Dans tous les moyens d'expression, il s'agit d'essayer de dire la vérité sans avoir peur de montrer des personnages de la classe ouvrière ; il faut montrer la complexité et essayer de révéler l'essence de ce que nous vivons. Un film peut prendre part au débat public et mener les gens à agir, à participer à quelque chose, ça c'est quelque chose de positif. 

Si nous voulons un monde meilleur, il faut commencer à changer nos impératifs privés

J'espère qu'il y a des raisons pour la colère, celle-ci peut être dangereuse et mener à l'extrême droite, mais la colère saine est de dire que tout cela est intolérable. Tous ces gens qui viennent manifester pour tous les dangers climatiques, voilà une raison d'espérer. 

Je crois que quand vous ne voyez pas de changement venir il vous faut être très pragmatique...

Mais le rêve n'est sans doute pas ce qui mène à la révolution

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