Alors que s’achève la grande exposition consacrée à Leonard de Vinci, le Louvre a décidé d’offrir au public trois nuits gratuites au musée jusqu’à lundi soir. 30 000 personnes sont attendues. Son directeur Jean-Luc Martinez s’en explique. Pour le bilan de la fréquentation, il faudra encore attendre jusqu’à mardi.

Exposition Léonard de Vinci (et sa fameuse Joconde) au Louvre, le 28 décembre 2019
Exposition Léonard de Vinci (et sa fameuse Joconde) au Louvre, le 28 décembre 2019 © Maxppp / Tom Grimbert

FRANCE INTER : C’est la première fois que le Louvre reste ouvert pendant trois nuits consécutives. C’est une envie de longue date ou la conséquence du succès de l’exposition Léonard ?

JEAN-LUC MARTINEZ : "Le Louvre la nuit, c’est quelque chose d’unique qu’on voulait offrir à tous. Mes plus beaux souvenirs de musée ont souvent eu lieu la nuit : lorsque je travaillais en Grèce, ou même ici au Louvre, quand nous avons radiographié la Vénus de Milo. Ce sont des travaux que l’on ne peut réaliser que lorsque le musée est fermé. Et se retrouver tout seul, la nuit, il y a un moment où vous ne savez plus ou vous êtes. C’est ce privilège-là que nous avons voulu offrir à nos visiteurs. Parce que le musée doit inventer de nouvelles manières de vivre. 

Le Louvre a une très forte attractivité, mais en France il y a encore 60% des gens qui ne vont pas au musée. Comment leur donner envie de franchir ces portes ? Il y a le cinéma. Ce désir de Louvre s’exprime aussi par de nombreuses demandes de tournages. Je ne suis pas de la génération du feuilleton en noir et blanc Belphégor, mais j’étais là pour le tournage du Da Vinci Code, adapté du roman de Dan Brown. C’est même l’une des premières expériences de nuit que les personnels ont vécue ici au Louvre. J’ai accueilli Tom Cruise aussi, pour le tournage du film The Edge of Tomorrow. Les acteurs en général visitent le musée après les prises, entre deux heures et quatre heures du matin. Comme le public aujourd’hui. Donc d’une certaine manière, cette vie nocturne au Louvre existait déjà.

La nuit, c’est le moment où le bruit s’arrête et la rencontre prend alors une intensité différente. Mais le musée du Louvre n’a pas vocation à ouvrir la nuit. Il faut surtout inventer des manières d’attirer le public."

30 000 places ont été ouvertes gratuitement au public et pourvues en quelques heures. Quel enseignement en tirez-vous ? Envisagez-vous d’autres nuits au musée prochainement ?

"Ce qui nous rassemble aujourd’hui c’est Léonard. C’est une exposition exceptionnelle que tout le monde voulait voir. Bien sûr, au Louvre il y a la Joconde, mais au-delà de cette renommée, on s’aperçoit que c’est un artiste qui peut encore toucher le public. Ce moment particulier qui se crée entre vous et une œuvre d’art. Grâce à cette opération, certains se sont peut-être dit "tiens, j’aurais dû réserver". C’est un sursaut qui peut être provoqué par un artiste ou par un événement particulier.

La nuit, c’est le moment où le bruit s’arrête et la rencontre prend alors une intensité différente. Mais le musée du Louvre n’a pas vocation à ouvrir la nuit. Ça ne peut pas devenir une règle, question de logistique. Une ouverture de nuit ne peut se faire que de manière exceptionnelle, et à la fin de l’exploitation d’une exposition. C’est beaucoup de travail et pour les personnels du musée aussi c’est une aventure. 

C’est la première fois qu’un musée le fait de cette manière-là, toute la nuit avec des équipes de rotation, un accueil avec des boissons."

L’année 2019 n’a pas été très bonne pour la fréquentation des musées. L’exposition Léonard vous permet-elle de tirer le bilan vers le haut ?

"Nous avons accueilli cette année presque 10 millions de visiteurs. C’est la troisième plus haute fréquentation de tous les temps. Et l’exposition Léonard, c’est vrai, a rencontré un succès exceptionnel. Mais je ne vous en dirai pas plus. Je suis contre la dictature des chiffres et des bilans. À un moment on ne parlait des musées que pour leur fréquentation. Aujourd’hui  je veux qu’on parle plutôt de la qualité d’accueil.

Nous voulions vraiment créer pendant trois jours une ambiance particulière et intéresser ceux qui ne viennent jamais au musée parce qu’ils ne veulent pas faire la queue, qu’ils trouvent que ce n’est pas pour eux, ou parce que c’est trop cher. Ce sont trois barrières qui sont autant de défis pour nous et de leviers. La réservation permet la garantie d’entrer dans l’exposition en 30 minutes et la gratuité peut être un instrument de conquête d’un nouveau public si on l’associe à une vraie offre."

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