Cheville ouvrière de la matinale de France Inter depuis 10 ans, Mathieu Sarda nous a quittés dimanche. Il avait 41 ans.

Mathieu Sarda
Mathieu Sarda © Radio France / Anne Audigier

"Vous ne connaissiez pas son nom, vous n’entendiez pas sa voix à la radio et pourtant il était ici un visage connu de tous et il était surtout l’âme de cette matinale. Il s’appelait Mathieu Sarda. Il avait 40 ans et il nous a quittés dimanche soir. France Inter est sous le choc, notre petite équipe du 7/9 est sous le choc. Cet amoureux du théâtre et de la littérature préférait les coulisses et arpentait les couloirs, la régie, les bureaux d’un pas vif, carnet à la main pour parler à tout le monde, prendre des notes et imaginer des émissions possibles. Hier, pour la première fois, on n’a pas entendu son « Alors, comment ça va ? », à 6h30 du matin quand il arrivait à la radio, sourire aux lèvres et tiré à quatre épingles.
« Alors comment ça va ? », la question rituelle qui nous faisait du bien, à Léa et moi, et nous disait que rien de ce qui allait arriver dans la journée ne serait grave.

Johnny Hallyday est mort dans la nuit. Au petit matin, Mathieu Sarda et Ilana Moryoussef font le tour de leur carnet d'adresse pour trouver des invités
Johnny Hallyday est mort dans la nuit. Au petit matin, Mathieu Sarda et Ilana Moryoussef font le tour de leur carnet d'adresse pour trouver des invités © Radio France / Anne Audigier

Le succès de la matinale, c’est lui. Le mariage heureux entre des invités politiques, des artistes, des intellectuels, entre l’émotion et la réflexion, c’était lui. A chaque fois qu’on rechignait à recevoir tel invité, Nico et moi, il insistait : « mais si, faites-le, c’est bien pour les auditeurs, c’est bien pour la matinale ». Alors on l’écoutait et à chaque fois il avait raison. Dans notre jargon, on appelle ça un « programmateur en chef » mais le mot ne suffit pas à décrire ce que faisait Mathieu, sa présence à chaque instant, son intelligence, son exigence et surtout sa gentillesse. Il était le chef d’orchestre de cette matinale depuis près de dix ans, d’abord avec Patrick Cohen puis avec nous. On a travaillé ensemble tous les jours, sept jours sur sept quand il le fallait. Rien ne pouvait nous arriver parce que Mathieu était là, derrière la vitre de ce studio. Ce matin, il n’est plus là, derrière la vitre. On n’a pas son regard. On n’a pas son sourire. Mathieu était l’être le plus fin, le plus délicat de tous. La grâce, c’était lui. Il était notre ami, il était mon ami. Pardon de partager notre peine avec vous, chers auditeurs ce matin, mais notre cœur est déchiré.

Mathieu Sarda avec Nicolas Demorand, le jour de la rentrée
Mathieu Sarda avec Nicolas Demorand, le jour de la rentrée © Radio France / Anne Audigier

France Inter et toute l’équipe du 7/9 pensent à sa famille, à ses deux jeunes enfants, Rosine et Gustave. Nous pensons tous à leur mère. Nous pensons tous, enfin, à Arnaud, son compagnon. Nous les embrassons, tous, du fond du cœur. Il paraît que le silence est l’étui de la vérité. Tu nous manques terriblement Mathieu."

Léa Salamé et Nicolas Demorand

"Son regard si vif et pétillant disait tout de sa curiosité pour le monde, de son désir de découvrir et d’apprendre. Son goût pour la controverse disait tout de son intranquillité, de sa sensibilité, de sa complexité. Son sourire, plein de malice et de gentillesse, disait tout de son goût des autres, de tous les autres.

Je l’ai connu il y a 20 ans alors qu’il effectuait un stage à France Culture et depuis lors il n’a cessé de m’étonner et de forcer mon admiration. Venu d’Avignon il adorait le théâtre et la littérature mais lorsqu’il est devenu programmateur du 7/9 de France Inter il s’est passionné pour le monde de la politique, de l’économie et des idées.

Il est alors devenu très vite le programmateur le plus éclectique et le plus respecté de la place de Paris et sa part dans le succès de cette tranche fut décisive. Il était aussi la personne la plus responsable qui soit dans cette horlogerie de précision qu’est le 7/9 au sein d’une rédaction qu’il estimait et respectait endossant toujours à bon escient le visage de la diplomatie ou de l’autorité.

Mathieu et Léa, le jour du départ de Patrick Cohen
Mathieu et Léa, le jour du départ de Patrick Cohen © Radio France / Anne Audigier

Je l’ai connu il y a 20 ans alors qu’il effectuait un stage à France Culture et depuis lors il n’a cessé de m’étonner et de forcer mon admiration. Venu d’Avignon il adorait le théâtre et la littérature mais lorsqu’il est devenu programmateur du 7/9 de France Inter il s’est passionné pour le monde de la politique, de l’économie et des idées.

Il est alors devenu très vite le programmateur le plus éclectique et le plus respecté de la place de Paris et sa part dans le succès de cette tranche fut décisive. Il était aussi la personne la plus responsable qui soit dans cette horlogerie de précision qu’est le 7/9 au sein d’une rédaction qu’il estimait et respectait endossant toujours à bon escient le visage de la diplomatie ou de l’autorité.

France Inter était devenu sa maison et sa famille et il défendait la chaîne avec ardeur et tellement d’intelligence. Il y était bien, en connaissait tous les services et tous les visages .

Mathieu était donc un très grand professionnel mais c’était aussi quelqu’un sur qui l’on pouvait compter, avec lequel on pouvait partager ses joies, ses chagrins et quelquefois de si mauvaises blagues qu’on pouvait en pleurer de rire pendant de longues minutes. Il était toujours là pour celles et ceux qu’il aimait malgré la fatigue des petits matins et la pression de l’actualité.

Mathieu est parti.

Je pense à la vie qu’il avait à vivre .

Je pense à nous sans lui."

Laurence Bloch, directrice de France Inter

Si vous souhaitez adresser un message de sympathie à sa famille et ses amis : message.mathieu@radiofrance.com

Charline immortalisée par Mathieu Sarda
Charline immortalisée par Mathieu Sarda © Radio France / Anne Audigier
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