Le prince Harry et son épouse Meghan entendent devenir "indépendants" financièrement, en se mettant en retrait de leurs fonctions royales officielles. Mais dans les faits, le couple ne renonce qu’à une infime partie de ses revenus princiers, et pourra encore compter sur l'aide de la reine.

La duchesse et le duc de Sussex, aux côtés de la reine Elizabeth II, le 26 juin 2018 à Londres.
La duchesse et le duc de Sussex, aux côtés de la reine Elizabeth II, le 26 juin 2018 à Londres. © AFP / John Stillwell

On a senti les murs épais de Buckingham Palace trembler ce mercredi. À la surprise générale, le duc et la duchesse de Sussex ont annoncé le 8 janvier vouloir prendre leurs distances avec la royauté, en renonçant à certains de leurs revenus. "Nous avons décidé d’effectuer une transition cette année, en commençant à définir un nouveau rôle progressiste au sein de cette institution", ont écrit les époux sur leur compte Instagram. Mais que signifie être "indépendants" financièrement lorsqu’on est membre de la famille royale d’Angleterre ? Peut-on vraiment tourner le dos à la reine (et à son argent) ? Élisabeth II les a déjà prévenu officiellement : cette mise en retrait voulue par Meghan et Harry sera "compliquée".

Les époux veulent garder la maison

La mainmise de la famille royale sur le couple princier a officiellement débuté lors de leur mariage, le 19 mai 2018. C’est la reine qui a payé la décoration, les fleurs blanches, la musique, le repas et les 600 faire-part imprimés avec de l’encre en or. Le prince Charles, père du marié, a lui aussi sorti son chéquier. Bref, la famille royale a presque tout réglé, sauf la robe que Meghan a choisi de s’offrir seule, et les frais de sécurité, financés par le contribuable.

C’est aussi Élisabeth II qui a décidé où son petit fils et son épouse allaient vivre, lorsqu’ils ont voulu quitter Kensington Palace. Le couple a eu le droit de s’installer au cottage de Frogmore, un corps de ferme rénové qui s’étend sur 33 hectares, dans le domaine du château de Windsor, à une trentaine de kilomètres de Londres. Malgré la distance qu’ils veulent imposer, Harry et Meghan espèrent "continuer à l’occuper comme leur résidence officielle (…), avec la permission de la reine" qui reste la propriétaire des lieux. Mais les deux jeunes parents envisagent aussi désormais de vivre une partie du temps à l’étranger, "en Amérique du Nord".

Le cottage de Frogmore, dans le domaine du château de Windsor.
Le cottage de Frogmore, dans le domaine du château de Windsor. © AFP / Robert Harding

Ils renoncent à l'allocation royale

Jusqu’à maintenant, pour financer tous les frais qu’ils déboursent dans le cadre de cérémonies officielles, Meghan et Harry s’appuient sur les fonds de la subvention souveraine ("Sovereign grant"). Cette allocation, qui a atteint environ 82 millions de livres en 2018-2019, correspond à un pourcentage des profits de la Couronne ("The crown estate"), reversé chaque année par le ministère des finances à la reine pour payer les frais de représentations de sa famille, ses employés et l’entretien du palais de Buckingham.

Le montant de cette subvention souveraine ne "couvre aujourd’hui que 5% des dépenses" du couple, selon le communiqué publié le 8 janvier sur leur site. Les époux expliquent "préférer" se défaire de "ce lien financier", qui les empêche formellement d’avoir un travail rémunéré en dehors de leurs fonctions officielles.

Cette mise en retrait ne sera pas si simple, a d’emblée prévenu la reine. "Les discussions avec le duc et la duchesse de Sussex sont à un stade précoce. (…) Ce sont des questions compliquées qui prennent du temps à régler", a-t-elle réagi dans un communiqué, publié quelques heures après l’annonce surprise.    

Pour éviter une rupture trop brutale, Meghan et Harry ont promis de continuer "à soutenir la reine", et ont évoqué "des précédents" au sein de la famille royale. Des "membres actuels" qui ont gardé leur titre, malgré une activité professionnelle à temps plein à l’extérieur. Par exemple les princesses Béatrice et Eugénie d’York, également petites filles de la reine.  

Des investissements dans le business de la charité ?

Ce qu’on ne sait pas, c’est comment Meghan et Harry envisagent désormais de gagner leur vie. Sur leur compte Instagram, ils indiquent vouloir "se concentrer sur le prochain chapitre" de leur histoire, "une nouvelle étape excitante", un avenir qu’ils imaginent notamment dans le domaine de la charité.

Ils gardent aussi l’argent de poche que leur donne le prince Charles. En tout cas, ils n’ont pas fait part de leur intention d’y renoncer. Il faut dire que c’est une belle somme. 95% de leurs dépenses sont avalées par le père d’Harry, via le Duché de Cornouailles, un ensemble de 53.000 hectares de terre, de biens immobiliers et d’investissements financiers. D’après le journal le Times, environ 5 millions de livres sont ainsi reversés tous les ans aux deux fils de Charles, Harry et William.

Le prince Charles, entouré de ses deux fils, William et Harry, et de sa belle-fille, Meghan.
Le prince Charles, entouré de ses deux fils, William et Harry, et de sa belle-fille, Meghan. © AFP / Richard Pohle

Reste à savoir comment le prince héritier va réagir à l’annonce de son plus jeune fils. Dans tous les cas, Meghan et Harry ne se retrouveront pas sur la paille. L’ancienne actrice américaine a amassé une petite fortune personnelle en tournant dans la série "Suits" avant son mariage, et Harry a hérité d’une somme importante à ses 30 ans, quinze ans après le décès de sa mère Lady Diana... qui avait elle aussi pris ses distances avec la famille royale.

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