L’exposition n’est pas une histoire visuelle du politique mais une histoire politique du visuel.

Images en lutte
Images en lutte © Beaux arts de Paris

Mai 68 revient aux Beaux-Arts de Paris ! A travers 800 affiches, revues, ouvrages et tracts, mais aussi peintures, sculptures, films et installations, redécouvrez les images et objets qui ont accompagné les luttes de l’extrême gauche en France de 1968 à 1974, plongez dans l’atelier populaire des Beaux-Arts, traversez le cortège où se rencontrent l’art et la politique. 

A ne pas manquer, aux Beaux-Arts de Paris, 13 quai Malaquais.  

Fruit des regards croisés de deux disciplines souvent opposées, l’histoire de l’art et l’histoire, cette exposition Images en lutte La culture visuelle de l ’extrême gauche en France (1968-1974) propose une lecture documentée de ce moment particulier de l’histoire contemporaine, les années 1968-1974, où l’art et le politique, la création et les luttes sociales et politiques furent intimement mêlés. 

L’exposition présente des affiches, des peintures, des sculptures, des installations, des films, des photographies, des tracts, des revues, des livres et des magazines, dont quelque 150 publications consultables dans le cadre d’une bibliothèque ouverte. C’est donc un long cortège qui est ici dévoilé , qui commence dans les grandes manifestations contre la guerre du Vietnam, s’attarde dans l’Atelier populaire des Beaux-Arts en mai et juin 1968 pour, dans les années suivantes, parcourir les boulevards parisiens, occuper les usines, les mines, les universités, les prisons et tant d’autres lieux dans toute la France. 

La mémoire collective des événements de mai 68 est largement liée aux affiches produites par l’Atelier Populaire, émanation de l’occupation de l’École des Beaux-arts de Paris à partir du 14 mai par ses étudiants et ses enseignants, bientôt rejoints par de nombreux artistes. Ces affiches témoignent bien sûr de la mobilisation en France et à travers le monde de toute une génération dans cette révolte politique du tournant des années 1960-1970 ; mais ces affiches sont aussi porteuses d’une autre histoire, loin de celles des partis politiques désireux de participer au système parlementaire, mais proche de celles des organisations d’extrême gauche interdites dès juin 1968 et qui vont se multiplier pendant plusieurs années, changeant de noms au fil des opérations de police et des scissions, jusqu’à l’auto-dissolution de la Gauche prolétarienne (GP, maoïste) le 1er novembre 1973, un mois après le coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili. 

Elles démontrent que ce soulèvement d’une génération, qui est allé jusqu’à l’épuisement des utopies dans le terrorisme, la découverte des massacres commis en leur nom en Extrême-Orient (Chine de la Révolution culturelle, Cambodge des Khmers rouges) et la possibilité de l’accession au pouvoir de la gauche de gouvernement (avec l’adoption du Programme commun par les socialistes, les communistes et les radicaux, en 1972), a partie liée avec les images et avec l’art d’avant-garde de cette époque – non sans contradictions. Elles ne sont en même temps que la partie la plus connue d’un foisonnement de la création, qui répond à une volonté de renverser radicalement les systèmes en place, dont la plupart des résultats, lorsqu’ils sont montrés aujourd’hui, le sont en mettant de côté leur signification politique, au profit d’une esthétisation réductrice. 

L’exposition IMAGES EN LUTTE, la culture visuelle de l’extrême gauche en France (1968-1974), entend redonner à la création portée par ces utopies révolutionnaires, sans distinguer a priori ce qui relève de l’art et ce qui tient de la propagande visuelle, leur soubassement et leur complexité, en même temps qu’elle souhaite interroger les contradictions et les ambiguïtés des rapports entre art et politique, en considérant, depuis une époque où ces rapports ont perdu de leur acuité, une période où une grande partie de la création ne pouvait se penser sans eux. 

L’exposition est construite comme une suite de lieux successivement investis par l’extrême gauche et permettant ainsi de lire une chronologie événementielle dans l’exposition elle-même. Elle vise à appréhender la façon dont la volonté politique de changer profondément la société dans un cadre révolutionnaire, que celui-ci trouve son moyen dans le trotskysme, le maoïsme ou l’élan libertaire, affecte les images, aussi bien lorsque celles-ci relèvent du champ explicitement artistique que lorsqu’elles appartiennent au champ plus large de la communication et de la diffusion des luttes politiques. 

L’exposition présente donc des affiches, des peintures, des sculptures, des installations, des films, des photographies, des tracts, des revues et des publications, dont quelque 150 livres, brochures et magazines en consultation libre, choisis à la fois pour leur signification historique et pour leur qualité visuelle, sans prétendre à l’exhaustivité mais en opérant un choix guidé par l’efficacité et la participation à une bonne articulation du parcours ainsi tracé. Il importe en outre de laisser à chacun de ces types d’images une inscription dans un régime propre de visibilité et de diffusion, qui ne les aplatissent ni dans le sens d’une esthétisation généralisée, ni dans celui d’une neutralisation documentaire. 

Avec les oeuvres de Gilles Aillaud, Eduardo Arroyo, Francis Biras, Hélène Bleskine, Pierre Buraglio, Louis Cane, Coopérative des Malassis, Henri Cueco, Guy Debord, Marc Devade, Daniel Dezeuze, Noël Dolla, Erró, Gérard Fromanger, Monique Frydman, Jean-Luc Godard, Jean-Robert Ipoustéguy, Françoise Janicot, Michel Journiac, Elie Kagan, Julio Le Parc, Chris Maker, Maurice Mathieu, Annette Messager, Anne-Marie Miéville, Tania Mouraud, Olivier Mosset, Jean-Pierre Pincemin, Ernest Pignon-Ernest, Bernard Rancillac, Martial Raysse, Claude Rutault, Carole Roussopoulos, Gérard Tisserand, Philippe Vermès, Claude Viallat, Nil Yalter, Claude Yvel...

Source Beaux Arts de Paris

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