Je me souviens du premier flash, 21 heures. Angoisse du micro vite calmée par ce que tu as la délicatesse de montrer, un trac commun. Découverte de ta bienveillance tranquille, de ta simplicité, de tes tourments, aussi. La voix chaude du soir cache souvent la journée passée à broyer du noir. Une seule présence te rassure, elle dirige, elle veille, Michèle, dans son studio.

Je me souviens de l'amitié née sur le champ. Un gamin devant une vedette, rien à voir, mais un duo de pétochards. Dans la famille, tu laisses entrer un béotien en costard à qui tu formes l'oreille. Rencontres régulières de tes jeunes chroniqueurs timides ou assurés. Michka Assayas, Arnaud Viviant, Hugo Cassaveti... Dîners, parfois, après l'antenne au "Vieux Comptoir", près de Bastille et toujours la même joie.

Josse - Lenoir
Josse - Lenoir © Radio France

Je me souviens d'un soir d'anniversaire au restaurant où pour mes 26 ans, tu m'offres deux 33 tours d'artistes qui me sont inconnus. Un maître, un débutant. Gérard Manset, Jean-Louis Murat.

Je me souviens des fins de flashes, quand je prononçais avec gourmandise: "On retrouve le prince noir du rock", "l'inrockuptible", il est 21 h et 3 minutes, c'est le black!"

Je me souviens des premières black sessions, hiver 92, de la trouille qui t'assaille. Tu me proposes de présenter les flashes à tes côtés. Terreur, plaisir mêlés, studio 105, face au public, toi et moi, faussement à l'aise sur notre tabouret, le micro à la main. Un soir, j'évoque Jean-Marie Le Pen, juste avant le concert de "James". Le public se met à huer, à siffler. Je dois faire des gestes avec la main pour qu'il se calme.

Tes black sessions triomphent.

Josse - Lenoir
Josse - Lenoir © Radio France

Je me souviens de la voix, de la musique de Dominique A et de la naissance d'une passion musicale , intacte.

Je me souviens de nos échanges, dans les couloirs. Plaisir à chaque fois renouvelé, comme un bras d'honneur aux années. Echanges sur le boulot, les patrons, sur Biarritz, tes amours, le tennis, sur ton maître de radio, José Artur. Et puis toujours ce : "Salut, grand, courage!", accompagné d'une tape virile et fraternelle.

Je me souviens de l'absence totale de propos négatifs sur toi.

Je me souviens des dizaines de copains auditeurs fidèles à ta voix, étudiants puis adultes.

Je me souviens de ta stupeur émue en découvrant l'éléctrochoc que ton départ a provoqué chez celles et ceux qui t'écoutaient depuis tant d'années.

Je me souviens du titre que je pensais donner à ce post: "Lenoir quitte Inter ou Inter quitte Lenoir?"

Je me souviens avoir pensé:

il pleure, peut-être.

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