C’est l’une des grandes photographes du moi. Depuis les années 70, l' Américaine vit avec son appareil photo et partage ses émotions, ses chagrins d’amour, les fêtes entre copains, la sexualité.

Beaucoup de photographes l’ont imitée, mais elle a vraiment inventé une photographie de l’intime, en publiant des livres comme celui que réédite la Martinière, "la ballade de la dépendance sexuelle", mais aussi en présentant son travail sous une forme originale, le diaporama, un "slide show" des images de sa vie. On voit ses oeuvres dans des musées, assis dans une salle obscure. Durant une heure, défilent en musique 900 images qui témoignent de sa vie, d’une époque, les années 70-80 et qui ont cette force d’universalité, en témoignant de la vie, tout court.

Nan Goldin montre des couples, dans des chambres, elle capte du bonheur à deux ou de la discorde, on voit les coups qu'elle a reçus, au sens figuré et au sens propre. Les fans de la photographe connaissent Brian, un de ses amants qui finit par la frapper, le visage de l'artiste témoigne de la bagarre. Nan Goldin capte ce qu’elle vit, sa dépendance amoureuse, son besoin d’amour, de sexe, de drogue aussi. Des personnages apparaissent et deviennent récurrents : Brian, le photographe David Armstrong, l'amie Cookie qui mourra du sida.

Nan Goldin
Nan Goldin © Radio France

Dans « la ballade de la dépendance sexuelle », Nan Goldin emprunte au cinéma l’idée de la séquence. Un lien unit les images de sa tribu, entre New et Londres, sa famille et sa famille d’élection : les amants, les amis, les transexuels. Ses photos sont fortes, tellement intimes.

Comment réussit-elle à s’insérer dans une scène de sexe entre un homme et une femme ou deux femmes ou deux hommes ? Elle classe ses images par thèmes : nus féminins, femmes au miroir, couples au lit.... Certaines photos évoquent la peinture, une scène de pique-nique de 1973, à Boston, ressemble à un Renoir. Les couleurs, fortes, intenses et la lumière des chambres sont déjà reconnaissables, dans ces années 80 : on est chez Nan Goldin, avec des obsessions identifiables : la dépendance, amoureuse, narcotique, le désir du corps, le corps qui souffre, qui pleure.

On sait l’artiste très marquée par le suicide de sa sœur, Barbara. Ses parents lui avaient fait croire qu’elle était morte d’un grave accident. Or, elle s’est jetée sous un train. Depuis ce drame et ce mensonge, elle cherche la vérité, en images : tout montrer, ne rien éluder, capter le bon et le mauvais. Ses photos disent la vérité des sentiments vécus, divers, extrêmes, et, même si sa vie n’est pas forcément la nôtre, rien ne nous est vraiment étranger.

Ce livre (cette série que l’américaine appelle un « journal photo public ») n’a pas vieilli du tout. La réédition coûte 39 euros. On est loin du prix d'une de ses photos: entre vingt et trente mille euros.

La Ballade de la dépendance sexuelle, La Martinière, 39 euros.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.