L'autrice de "Les Naufragés de l’île Tromelin" ou de "Marie Curie prend un amant" publie "Un crime sans importance" (Éditions du Seuil), un retour littéraire sur un crime qui la touche de très près. Invitée de l'émission Boomerang d'Augustin Trapenard, pour sa carte blanche, la romancière a lu un texte inédit.

Irène Frain en septembre 2020 à Paris
Irène Frain en septembre 2020 à Paris © AFP / JOEL SAGET

Irène Frain : "Une légende court les déserts du Nord de l’Inde. On la doit à des conteurs, que tous respectent pour leur science des mots et du Temps. Entre deux existences, disent-ils, leur âme part en migration sous les sables et s’abreuve à un fleuve souterrain dont le courant est intarissable et extrêmement limpide.

C’est l’eau sacrée de la Mémoire et des histoires. Sitôt sa soif étanchée, l’âme se réincarne dans le corps d’un nouveau conteur, qui recommence à sillonner le désert avec une fraîche cargaison d’histoires. Comme aux écrivains occidentaux lorsqu’ils rencontrent des journalistes ou des lecteurs, ceux qui les ont écoutés leur demandent : « Mais où trouvez-vous vos histoires ? » 

Ils reprennent alors la légende du fleuve souterrain, puis reprennent leur baluchon, se remettent à proposer aux paysans et voyageurs croisés sur les chemins de quoi les maintenir éveillés les trois quarts de la nuit, même quand ils sont morts de fatigue.

Je me reconnais entièrement dans ces conteurs du désert. Ma vie se confond avec mes histoires. Mais ces errants de l’Inde appartiennent à une tribu étroitement soudée par sa foi dans la puissance des mots et de la mémoire, socle de toutes les histoires, vraies ou imaginaires. En Occident, l’écrivain est très seul. Il dérange les siens, les inquiète, au point que sa famille, parfois, le rejette. 

Elle se sent en danger et elle n’a pas tort : l’écrivain passe son temps à interroger des énigmes et à tenter de les déchiffrer. 

Que se passera-t-il s’il vient à interroger cet amas de petits et grands secrets qui cimente toute famille ? Rien à faire ! Entre la fidélité au groupe et la liberté, l’écrivain choisira toujours la liberté."

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