Et puis la date de l’expérience finit par approcher. Je reçois le plan d’accès, ce qui coupe court à d’éventuelles velléités de sécher au dernier moment en prétextant m’être perdu. Comme probablement les scientifiques mettant une touche finale aux préparatifs de leurs expériences, je passe mon dernier week-end « pesant » à peaufiner la mienne. L’idée en est simple. Les expériences scientifiques se servaient du Zéro G pour étudier des phénomènes qui sur terre étaient « parasités » par la gravité. Je vais moi aussi apporter ma touche à l’édifice. Quid de la création littéraire en apesanteur ?La création littéraire était un mystère, certainement aussi touffu que des aspects plus manifestes de la recherche. Pourquoi, et comment, arrivait-on à écrire ? L’inspiration venait-elle du ciel ? Des profondeurs de notre cerveau ? Des profondeurs de notre cerveau inspiré par le ciel ? Et si… et si elle provenait d’un endroit préservé ? Une cachette intacte – apesantée – où les idées, flottantes et tranquilles, germeraient avant de s’incarner, subissant alors brutalement l’inévitable déformation de la gravité? L’apesanteur pouvait-elle permettre de se connecter à une sorte d’inspiration pure ? J’en ai des palpitations. Et si je découvrais la Source ? L’endroit que de nombreuses légendes décrivaient. Ces histoires que l’on vous murmurait, sur le ton de la boutade, mais avec un zeste d’interrogation respectueuse et craintive, lorsque, jeune écrivain, vous investissiez Saint-Germain-des-Prés. Ce soir-là, je m’endors fébrile. L’appréhension du vol laisse la place à l’excitation scientifique. « Intuition géniale d’un écrivain en Zéro G ! La source de l’inspiration enfin identifiée ! Prix Nobel probable. »Plus le jour fatidique du décollage se rapproche et plus il me semble que cette ascension cristallise de multiples choses. D’ailleurs si la parabole en mathématique représente cette courbe gracieuse qu’allait effectuer l’avion, le même mot ne désigne-il pas également « une figure de rhétorique consistant en une courte histoire qui utilise les événements quotidiens pour illustrer un enseignement » ?Même si j’ai encore la trouille de cette histoire d’avion, d’être « comme écrasé par trois rugbymans » lors des poussées à 2G, d’être piteusement malade, de paniquer inconsidérément, je suis quand même drôlement curieux de voir ce qui allait se passer en vrai.

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Lancement de "Zéro G - Un vol sans gravité", le documentaire web de Vincent Ravalec le 10 septembre, par Arte et France Inter

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