J’essaie de clarifier de quelle façon ma représentation du monde est en accord avec mes –maigres – connaissances scientifiques. Sur certains points le culturel a réussi à déteindre sur l’intuitif, et moins sur d’autres. Par exemple que la terre soit ronde m’apparait de façon évidente, quasi physiquement. Pas la moindre hésitation dans l’image, la sensation, qui surgit lorsque j’évoque cette information. Tandis que « la terre tourne » me demande un effort de mentalisation plus important. Qu’en était-il du fait d’être relié à un sol ? Là, nous étions dans une réaction paradoxale. Une part de moi-même ressent cette donnée comme allant de soi, essentielle même à la bonne fonctionnalité de mon être, mais une autre, plus ancrée dans l’imaginaire, n’est ni surprise, ni effrayée par cette idée d’impesanteur. Etait-ce à dire qu’en vivant l’expérience j’allais incarner pleinement quelque chose que je connais déjà ? En rêve par exemple ?Je ne suis pas tout seul à faire l’expérience, loin de là. J’en suis même un participant improbable, convié sur mon statut d’artiste –le CNES, dans un souci de transversalité artistique, offrait une fois par an à un artiste la possibilité de voler. La majorité se compose de scientifiques, expérimentant de subtiles configurations de la matière lorsqu’elle se trouvait dénuée de pesanteur. Je ne connais pas de scientifiques. J’en lisais abondamment, depuis plusieurs années, ou j’écoutais ou je regardais leurs conférences, mais je n’avais pas l’occasion d’en rencontrer.Je suis tout à la fois curieux d’échanger avec eux et vaguement circonspect sur la manière de m’y prendre. Il me semble que certaines choses nous rapprochent. Par exemple le fait d’expérimenter, d’en rendre compte, et d’essayer d’en tirer des enseignements d’ordre existentiels – au sens large – participe de ma démarche artistique. La différence avec les scientifiques réside dans le fait que je suis mon propre terrain d’expérimentation.Mais mon côté farfelu et peu soucieux des cadres établis pourra-t-il trouver grâce à leurs yeux ? Je décide, afin d’optimiser mes chances d’une connexion réussie, de leur faire passer une lettre me présentant. De façon plutôt maligne, j’opte pour un ton assez neutre, un poil emprunté (c’était des scientifiques), en évitant toute familiarité – Yo, tu sais qu’on va kieffer la vib’s ensemble en apeuz ? –, ce qui pouvait facilement m’arriver.

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Lancement de "Zéro G - Un vol sans gravité", le documentaire web de Vincent Ravalec le 10 septembre, par Arte et France Inter

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