Il y a aussi la question du pipi. Il n’y a pas de toilettes à bord, et j’ai donc prévu de rester les vingt-quatre heures précédents l’envol sans boire. Mais alors quid de la soif ? Si, complètement desséché, toute mon expérience se résumait en une pépie terrible. L’idée me traverse de sucer un caillou, mais l’inanité de cette suggestion m’apparaît vite. "Qu’est-ce qui se passe encore ? » « C’est la fiotte, commandant, il dit qu’il faut atterrir pour l’emmener aux urgences, il a avalé un caillou ! " Je suppose que la trivialité de ces réflexions trouvait ses racines dans ce nouvel état qui m’allait être proposé, si éloigné de nos origines.Il n’empêche, tout cela n’est quand même pas de la tarte.Le soir, je regarde la Lune – elle est pleine, prend soudain une importance exagérée –, je me demande ce que l’on peut bien y fabriquer. Et sur Mars ? Pouvais-je m’y projeter avec un scaphandre et des sauts de kangourous au ralenti ? Pas sûr. D’autant que ça devait cailler. En y réfléchissant plus intensément qu’à l’accoutumée – car c’est tout l’intérêt de ce que je suis en train de vivre, le côté "maintenant, l’espace c’est du concret " –, la question c’est quelle sorte d’appel dément a pu nous pousser, nous les humains, à mettre sur pied ce projet absurde : nous propulser vers les étoiles dans une fragile embarcation métallique et surtout dans quel but ?, vu que de toute façon, au regard des distances énormes – dans l’univers on parlait en parsecs ( Un parsec valait 3,085 677×1016 m, soit environ 3,2616 années-lumière, je l’avais lu dans Ciel et Espace), on pouvait se brosser pour espérer dépasser ne serait-ce que les gros cailloux voisins. Oui, cela constituait un mystère de plus, que peut-être cette nouvelle aventure allait dissiper.

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Lancement de "Zéro G - Un vol sans gravité", le documentaire web de Vincent Ravalec le 10 septembre, par Arte et France Inter

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