Je suis à la fois émerveillé et anxieux de cette aventure.Émerveillé, d’un point de vue terrien, car tout cela ouvre, me semble-t-il, un vaste champ de ressenti profondément métaphysique. La gravité, « C’est grave, t’es grave, c’est lourd, t’es lourd. », est au centre de notre (mal) être. Porter un fardeau, le poids des choses, le côté pesant du monde disparaîtrait par magie. Mais avec également ce qui nous fonde. Qu’allais-je devenir sans gravité ? N’aurais-je plus aucun poids ? Serais-je complètement impondérable ? Qu’allait-il rester de moi, et allait-il même en rester quelque chose ? Ces questions risquaient d’être passionnantes.Mais émerveillé aussi d’un point de vue cosmique. Car cette expérience est un pas vers l’espace. Petit, certes, au regard des nombreux pas qui m’ont précédé dans cette voie, mais immense en rapport à ma propre existence. Et qui dit espace dit étoiles, ces trucs qui brillent dans le ciel et qui avaient nourri de leurs lumières nos rêves et nos légendes.Des Elfes et des Aliens. Des beautés inouïes et des terreurs.Anxieux, car je crains d’être malade. Ou de ne pas supporter l’intensité du vol. Mes interlocuteurs sont formels, ce n’était quasiment rien, guère plus qu’une attraction un peu forte de fête foraine, vous savez ces machins où l’on tourne dans tous les sens, projeté à la vitesse – justement – d’une fusée. Soyons franc, j’avais déjà la trouille de ce genre de blagues. On ne m’y aurait fait monter pour rien au monde. Et je suis sujet au vertige. Alors qu’allait-il se passer ? Il est précisé dans les consignes qu’en cas de malaise – vomissements, incapacité à supporter le choc – on reste attaché pendant la durée des cabrioles. J’imagine déjà le visage fatigué du commandant. « Ligotez-moi ce con, bon dieu, et par pitié dites-lui d’éviter de gémir comme une fiotte. » Attaché pendant trois heures alors que l’avion monterait et descendrait comme une furie de métal, avec mon vomi flottant au-dessus de moi, lui bel et bien en apesanteur, et moi menotté et mortifié. Cette éventualité, à laquelle je me refuse d’accorder la moindre consistance, est pourtant à prendre en considération.

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Lancement de "Zéro G - Un vol sans gravité", le documentaire web de Vincent Ravalec le 10 septembre, par Arte et France Inter

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