"Pourquoi j'écris" : retrouvez ici le texte inédit qu'Alaa El Aswany, l'auteur de "L’immeuble Yacoubian" et de "J'ai couru vers le Nil", a offert aux auditeurs de France Inter ce matin, lors de son passage au micro d'Augustin Trapenard dans "Boomerang".

En train d'écrire
En train d'écrire © Getty / Vikas Kumar / EyeEm
3 min

"Pourquoi j'écris" : le texte d'Alaa El Aswany

Alaa El Aswany :

"J'écris car la différence entre ce qu'on a et ce qu'on mérite est devenue insupportable. 

J'écris parce que je ne suis pas d'accord : je suis contre ce qui se passe, contre l'injustice, la dictature, l'extrémisme religieux, l'hypocrisie, la laideur, la corruption et l'oppression.

J'écris pour créer mon monde à moi, et partager mon monde avec mes lecteurs... J'écris pour créer une vie qui ressemble à notre vie quotidienne mais qui est plus profonde, plus significative et plus belle.

À travers mes personnages, j'essaye de montrer que nous sommes différents en couleur de peau, en religion, en classe sociale et en culture, mais nous sommes tous d'abord des êtres humains avec les mêmes sentiments, les mêmes rêves et les mêmes souffrances. Les mères aiment leurs enfants de la même manière, deux jeunes s'aiment de la même manière, les enfants rient et pleurent de la même manière. 

En fait, nous sommes tous faits de la même manière mais on oublie souvent cette vérité.

J'écris pour transmettre la voix des gens qui souffrent, des gens qui sont marginalisés et oubliés par tout le monde.  

J'écris car le monde est divisé, mais pas entre les Musulmans et les Occidentaux comme croyait George Bush, ni entre les Blancs et les Non-Blancs comme croit Donald Trump. Notre monde est divisé entre ceux qui restent humains et ceux qui deviennent inhumains. 

Du côté humain, on trouve les artistes, les enfants, les mères, les gens ordinaires qui travaillent honnêtement pour gagner leur vie, vivre et élever leurs enfants. 

Du côté inhumain, il y a tous ceux qui voient la vie en chiffres et pas en valeurs, tous ceux qui pratiquent la haine et pas l'amour. Tous ceux qui déshumanisent les autres, qui ne les voient pas comme des êtres humains mais comme des éléments appartenant à un groupe hostile, des Juifs ou des Arabes ou des Musulmans ou des Occidentaux.

Du côté inhumain, il y a les vendeurs d'armes, les généraux de guerres, les terroristes, les rois des corporations multinationales, les politiciens occidentaux qui soutiennent les dictatures pour les intérêts économiques de leur pays, il y a les hypocrites, les menteurs et les intellectuels qui se sont vendus à la dictature. 

J'écris parce que la beauté littéraire n'existe jamais dans le vide, mais dans la défense des valeurs humaines.

J'écris pour toutes ces raisons".

Alaa El Aswany
Alaa El Aswany © AFP / Leemage

Aller plus loin

🎧 ECOUTER | Boomerang - L'entretien d'Alaa El Aswany au micro d'Augustin Trapenard

📖 LIRE | J'ai couru vers le Nil d'Alaa El Aswany (Actes Sud)

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.