Chaque jour, à 17 heures, et pendant presque vingt ans, Jacques Chancel a reçu les grands personnages de notre temps. Au fil des émissions, Jacques Chancel a su réinventer l’art de l’entretien radiophonique, Ils sont nombreux les artistes, écrivains, intellectuels et politiques à s’être prêtés à ce jeu de vérité

Jacques Chancel
Jacques Chancel © Getty / François Lochon/Gamma-Rapho

"C'était en 1968, par un après-midi d'octobre" aimait à se souvenir Jacques Chancel. "Une émission nouvelle s'installait dans les territoires quotidiens du 17 heures. On ne pouvait pas prévoir sur quelle routes elle irait, quelles rencontre elle saurait offrir. Nous étions au commencement de quelque chose."

S’ouvrant sur l’inoubliable générique de George Delerue, Radioscopie a accueilli, de 1968 à 1982 puis de 1988 à 1990, les femmes et les hommes qui ont marqué leur époque.

France Inter, l'Ina et les Editions du sous-sol vous proposent de (re)découvrir une vingtaine d'entretiens dans un livre émaillé d'anecdotes et de souvenirs de Jacques Chancel et accompagné d'un CD qui vous permettra de (ré)écouter 11 émissions.

En avant-goût voici quelques extraits issus d'émissions avec trois de nos plus grandes comédiennes : Jeanne Moreau (Janvier 1976), Simone Signoret (novembre 1973) et Isabelle Adjani (Mars 1974)

Isabelle Adjani, Simone Signoret et Jeanne Moreau
Isabelle Adjani, Simone Signoret et Jeanne Moreau © AFP

Trois voix qui se répondent

Trois comédiennes qui ont une passion pour leur art.

"Durant les cinq ou six premières années, il fallait me pousser pour me faire quitter la scène", raconte Jeanne Moreau. Il y a eu ensuite la période de conscience : 

Il fallait me pousser pour y entrer parce que j’avais une "trouille" terrible de m’exposer. 

"Je me disais : « Je suis vraiment folle de faire un métier pareil ! » Puis on devient de plus en plus « perfectionniste ». On veut émouvoir. En transmettant tout ce qui vous émeut et c’est en cherchant à enrichir que l’on s’enrichit."

"Ce n'est pas un métier comme les autres" reconnait Simone Signoret. "Parce que pendant le temps qu’on l’exerce, on n’est pas soi-même, on devient absolument indifférent à ce qui vous touche de très près dans votre vie."

Quand j’étais petite, je pensais qu’on naissait avec l’envie d’être acteur

"J’allais au cinéma, je voyais Danielle Darrieux, je me regardais dans la glace, je faisais des mimiques avec la bouche et je disais que c’était moi. Je retournais au cinéma, je voyais Simone Simon et je refaisais devant la glace ce que je l’avais vue faire dans l’après-midi. J’ai eu de la chance, sûrement, et puis en mûrissant, je crois que j’ai compris beaucoup plus profondément ce qu’était ce métier"

Même évidence chez Isabelle Adjani : "Je pensais à ça comme si c’était une évidence, c’est-à-dire que je n’ai jamais décidé à un moment donné de franchir un pas, de traverser une route ou de franchir une barrière..."

C’est le hasard, je crois, au départ. C’est le hasard, qui peut s’appeler chance.

"Et puis après c’est à vous de ne pas laisser glisser tout ce sable de chance que vous avez entre les doigts."

Trois personnalités.... affirmées

Jacques Chancel : Si je vous demandais quelle femme vous êtes, seriez-vous capable de me le dire ? 

Jeanne Moreau : Je suis une femme de quarante ans. Je mesure un mètre soixante-deux. Je suis possessive et généreuse.  Quelquefois difficile à vivre. En ayant conscience, j’essaie de respecter l’indépendance des autres parce que je tiens essentiellement à la mienne. Avide de tout. Très curieuse et gourmande. Cyclothymique, avec des hauts et des bas.

Jacques Chancel : Vous n'êtes pas méchante, vous ? 

Simone Signoret : Je ne crois pas être méchante. Je ne suis pas tendre pour les gens que je méprise ou qui font des  choses que je considère mauvaises. Je suis capable de mépriser, oui. Pas énormément de gens, mais il y a des choses que je suis capable de mépriser.

Jacques Chancel : Vous êtes tolérante ? 

Isabelle Adjani : [Elle hésite.] Pas dans l’absolu, je ne crois pas. 

Jacques Chancel : Vous ne pardonnez pas grand-chose. 

Isabelle Adjani : Non. Je m’arrange surtout pour n’avoir rien à ne pas pardonner.

Mais trois femmes fragiles...

Pour m’aimer, il faut que les autres m’aiment.

"Si j’ai l’impression d’un détachement", ajoute Jeanne Moreau, "je m’aime beaucoup moins. Je ne peux vivre sans les autres. Je commence un petit peu à me connaître, mais je me surprends encore ! J’essaie justement de me surprendre pour être à la hauteur."

Alors que Jacques Chancel souligne qu'elle affiche sans problème son âge et ses rides, Simone Signoret tempère : "Oh, faut pas exagérer ! Vous savez ça c’est mon numéro, « Ahlala qu’est-ce que je suis contente : j’ai grossi, ça m’est complètement égal ». Ce sont des choses qu’on dit comme ça. Je m’en arrange, bon. Je pourrais être "mieux conservée", comme on dit, si je faisais plus attention. Mais je ne sais pas si ça m’amènerait à jouer des choses aussi intéressantes que celles qu’on m’offre. En tout cas c’est comme ça que je m’arrange avec moi-même et avec ma  conscience."

Quant à la jeune Isabelle Adjani, elle a 18 ans au moment de l'émission, elle se cherche toujours, mais... "Pendant que je me cherche, j’ai des molécules qui se forment, j’ai des cellules qui partent, des cellules mortes, des cellules vivantes, il y a tout un métabolisme qui se fait indépendamment de moi et qui m’aide à vivre, qui m’aide à respirer, même au moment où j’ai le souffle coupé."

Mais vous vous rendez compte à quel point il faut s’aimer pour pouvoir se donner soi ?

Jacques Chancel
Jacques Chancel © Getty / François Lochon/Gamma-Rapho

Aller plus loin

► (RÉ)ÉCOUTER | Radioscopie

► LIRE | Radioscopie une coédition Les éditions du sous sol / France Inter / INA

À travers une sélection de quelques-uns de ces plus beaux entretiens, c’est l’histoire de Radioscopie que raconte ce livre. Et avec elle, celle des années 1970 à 1980. 

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