Le Facteur de la Drôme a inspiré des écrivains, des paroliers, des commissaires d'expositions, mais c'est la première fois qu'il est incarné au cinéma. Jacques Gamblin lui prête ses traits… et bien plus encore.

Jacques Gamblin est le facteur Cheval
Jacques Gamblin est le facteur Cheval © SND

Pour incarner Ferdinand Cheval, Jacques Gamblin a perdu quelques kilos, son visage s’est émacié. Et il a adopté sa coupe de cheveux. Quant à la moustache, elle a juste eu le temps de pousser : "Je tirais dessus sans arrêt, je l’arrosais tous les matins. On peut devenir con pour un rôle !" raconte-t-il au micro de Vincent Josse sur France Inter.

On dit souvent qu'un comédien rentre dans la peau de son personnage. Là, c'est le Facteur Cheval qui est entré dans ma peau.

Invité du Grand Atelier, Jacques Gamblin a évoqué sa "rencontre" avec ce personnage. Une rencontre qui s'est faite par le truchement d'un homme qui connait bien le Palais Idéal puisqu'il en a supervisé la restauration : Pierre Constant.

Lorsque Pierre Constant découvre le Palais en 1981, il le trouve en triste état certes, mais dans son état originel, "tel que nous l'avait légué le Facteur". La tâche s'annonce ardue. Les documents sont rares : quelques photos, tirées sur plaques, fournies par l'un des descendants du Facteur et la volonté absolue de respecter l'œuvre et le travail de cet homme qui y a consacré sa vie. 

La restauration a duré 13 ans.

Le premier spectateur

La démarche est la même à chaque nouveau rôle : "Dans chaque film, je me dis que mon premier spectateur, c'est celui qui est concerné directement. Celui dont le métier est concerné par ce que je suis en train de faire et donc qui va demander de la crédibilité" explique Jacques Gamblin.

Ce souci de la perfection lui vient de son père qui, regardant des films à la télévision, pestait lorsqu'on y voyait des paysans :

Regarde comment il tient sa fourche !

Cette phrase accompagne le comédien comme un mantra : "La moindre des choses, ce pour quoi on est là, outre la ressemblance, c'est de respecter, au moins, le minimum. Que le geste soit juste."

Le premier spectateur de Gamblin / Cheval a donc été Pierre Constant.

Les deux hommes se sont rencontrés dans la maison que le Facteur Cheval a construite de ses mains et où il à passé la fin de sa vie. Pierre Constant a alors raconté à Jacques Gamblin qu'il a dormi dans cette maison, à l'endroit même ou dormait le Facteur. Que cette nuit-là, il a été réveillé par un bruit sourd. Il s'est levé, est allé voir dans la pièce voisine, n'a rien vu d'anormal mais que, lorsqu'il est revenu se coucher, il a noté que sa sacoche qui était sur la chaise était tombée, alors qu'il l'avait bien calée.

"Pierre était troublé", raconte l'acteur, "comme si le Facteur lui avait fait un signe. Je me suis dit alors :"

Ce Pierre Constant il est bien allumé , ça me plait beaucoup. Il est en connexion totale avec le Facteur, c'est mon homme, c'est mon premier spectateur.

Le Palais Idéal du facteur Cheval
Le Palais Idéal du facteur Cheval © AFP / Gérard Malie

Le Palais Idéal raconté par le Facteur Cheval

Le Facteur a laissé des carnets dans lesquels il a raconté son histoire. 

Tout commence un jour du mois d'avril 1879... Ferdinand Cheval fait sa tournée lorsque son pied bute sur une pierre. Cette pierre, il la baptisera plus tard  : "La pierre d’achoppement".

"Mon pied avait accroché une pierre qui faillit me faire tomber. J'ai voulu savoir ce que c'était… C'était une pierre de forme si bizarre que je l'ai mise dans ma poche pour l'admirer à mon aise. Le lendemain, je suis repassé au même endroit. J'en ai encore trouvé de plus belles, je les ai rassemblées sur place et j'en suis resté ravi… C'est une pierre molasse travaillée par les eaux et endurcie par la force des temps. Elle devient aussi dure que les cailloux. Elle représente une sculpture aussi bizarre qu'il est impossible à l'homme de l'imiter, elle représente toutes espèces d'animaux, toutes espèces de caricatures. Je me suis dit : puisque la Nature veut faire la sculpture, moi je ferai la maçonnerie et l'architecture".

Ferdinand Cheval achève son Palais en 1912. Il souhaite y être enterré. Mais la loi française ne le permet que lorsque le corps est incinéré, pratique peu répandue à l'époque. Et que croyez-vous qu'il fit ?

"Après avoir terminé mon Palais de rêve à l'âge de 77 ans et 33 ans de travail opiniâtre, je me suis trouvé encore assez courageux pour aller faire mon tombeau au cimetière de la paroisse. Là encore, j'ai travaillé huit années d'un dur labeur, j'ai eu le bonheur d'avoir la santé pour achever à l'âge de 86 ans le « Tombeau du Silence et du Repos sans fin » ".

Le Tombeau du Silence et du Repos sans fin
Le Tombeau du Silence et du Repos sans fin © Maxppp / Le Dauphiné

Il y est inhumé après son décès, survenu deux ans plus tard.

Le Palais et le Tombeau sont tous les deux classés au titre des monuments historiques.

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