41 ans après la diffusion en France du premier épisode de Goldorak, son créateur Gō Nagai est à Paris pour participer à la Japan Expo 2019. Retour sur une série qui a marqué toute une génération.

Gô Nagai, créateur de Goldorak, est l'invité d'honneur de la vingtième édition de la Japan Expo
Gô Nagai, créateur de Goldorak, est l'invité d'honneur de la vingtième édition de la Japan Expo © AFP / DYNAMIC PLANNING / TOEI ANIMATIO / COLLECTION CHRISTOPHEL

Pour la vingtième édition de la Japan Expo à Paris, les fans du robot Goldorak sont au rendez-vous. Pendant trois jours, l'auteur de la série éponyme, Gō Nagai, est en dédicace et présentera une conférence ce vendredi. Marie Pruvost, maîtresse de conférence en cinéma à l’université Paris VIII et spécialisée dans l’animation japonaise, nous explique le phénomène Goldorak.

Goldorak, Alcor, Actarus ou encore le Grand Stratéguerre. Des noms connus de toute une génération. Diffusée pour la première fois le 3 juillet 1978 sur Récré A2 puis le Club Dorothée, cette série japonaise a introduit les animés en France. "La série Goldorak s'inscrit dans le genre des mechas, une grande partie de l'intrigue dans cette série ce sont les robots et leur pilote. On a une multitude de sujets abordés : les liens familiaux, amicaux et amoureux. C'est un récit d'apprentissage, un passage de l'enfance à l'âge adulte. Goldorak a ouvert la porte au développement des mangas et des animés en France."

Le succès de la série peut aussi s'expliquer par le manque de programmes télévisuels destinés aux ados et aux pré-ados dans les années 70-80. "Il faut se replonger dans le contexte, c'était une période où l'on montrait des séries très enfantines du type cartoon, des programmes bon enfant, des classiques. Il y avait une volonté éducative avec une morale, un ton consciencieux, radical."

Avec Goldorak, on se retrouve face à une série qui détonne, avec des thèmes diversifiés et très différents de ceux connus à l'époque : science-fiction, robotique ou espace. Pour Stéphane, 47 ans présent à la Japan Expo et grand fan de la série, "Goldorak c'était l'aventure, on pensait que ça allait être notre avenir. On était en pleine conquête de l'espace, on rêvait d'aller sur Mars et Goldorak est arrivé au bon moment."

La relation américano-japonaise comme toile de fond

Goldorak se démarque des séries animés par son décor. Dès le premier épisode de la série, Gō Nagai nous plonge dans une atmosphère de western. "Goldorak est très diversifié dans sa nature et son contexte. La série fait référence aux ranchs américains dès le premier épisode avec un concours de lasso.” On retrouve aussi certains personnages comme Rigel, “Président des amis de l’espace”, habillés en cow-boy. “On a un décor très américain avec des rappels du Japon comme des écriteaux en japonais ou alors une carte représentant le pays.

Un mélange de deux univers et de deux cultures particulièrement intéressant puisque l’occupation du Japon par les États-Unis reste très ancrée dans les esprits à l’époque. “Avec l’accord de San Francisco et la fin de l’occupation américaine, les tensions politiques sont encore très présentes entre les deux pays. Pourtant il y a une sorte de fascination pour la culture américaine de la part des Japonais mais aussi un rejet de l’hégémonie des États-Unis”. Gō Nagai n’hésite donc pas à faire quelques références historiques laissant penser que les envahisseurs sont en fait les Américains.

Le robot Goldorak est une référence dans le milieu des mangas
Le robot Goldorak est une référence dans le milieu des mangas © AFP / DYNAMIC PLANNING / TOEI ANIMATIO / COLLECTION CHRISTOPHEL

Un renouvellement de l'identité visuelle des dessins animés

Pour Marie Pruvost, “une des raisons du succès des mangas vient d’une volonté de contrecarrer l'impérialisme américain en recherchant autre chose. Les mangas et les animés sont des sous-cultures en contradiction avec les comics, et la France a toujours eu une grande culture graphique avec beaucoup de bandes dessinées notamment.”

Les animés étaient inconnus en France jusqu'à l'arrivée de Goldorak. Cette série permet aux spectateurs de découvrir un nouvel univers. "Il faut bien prendre en compte l'impact visuel que cette série a eu quand elle a été diffusée. Il y avait un tout nouveau design, des robots et on a découvert l'univers et la culture japonaise. Deux choses encore inconnues. Les enfants ont été confrontés à cet univers qui les a fascinés par sa diversité."

Caroline, 47 ans a grandi avec Goldorak."Il y avait un graphisme, un dynamisme différent. On avait jamais rien vu de tel. Goldorak a été pour moi le premier pied à l’étrier dans le monde des animés. J’avais l’impression de voir de la magie technologique."

Un sentiment partagé par les fans de la série ou les plus jeunes générations, qui ont toutes entendues parler du fameux robot. "C’est une série culte, c’était un des premiers animés en France, ça a révolutionné les dessins-animés dans le pays et ça a lancé la mode japonaise aussi", d'après Chloé, 21 ans (et donc née en l'an 20 après Goldorak).

Le big bang originel des mangas et des animés dans les années 90 est donc né avec la création de Goldorak. Depuis, les lecteurs français sont devenus les deuxième plus gros consommateurs de manga dans le monde.

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