Montand aurait 100 ans. Un anniversaire célébré par Vincent Josse dans un "Grand Atelier" spécial. Pour évoquer la carrière et la vie de l'artiste, ceux qui l'ont côtoyé, qui ont partagé ses joie, ses colères, ses engagements. Et parmi eux, celui qui fut aux premières loges, son neveu Jean-Louis Livi.

Simone Signoret, Yves Montand et Marilyn Monroe en janvier 1960
Simone Signoret, Yves Montand et Marilyn Monroe en janvier 1960 © AFP

Il a mis du temps à accepter qu'on ne le présente QUE comme le neveu d'Yves Montand, lui qui a produit quelques uns des grand succès du cinéma français et dirigé plusieurs théâtres. Mais aujourd'hui, c'est avec plaisir et émotion qu'il évoque non seulement son illustre oncle, mais aussi celle qui partageait sa vie. Lorsqu'il arrive de Marseille avec son accent à couper au couteau, il a 12 ans et tout le monde le surnomme Marius. A sa grande surprise, Simone Signoret le prend sous son aile : "Elle m'a appris le théâtre. Elle m'a appris le cinéma. Elle m'a appris la littérature et la peinture." 

Un lien indéfectible se noue jusqu'aux derniers jours de l'actrice : "Je l'ai vu les derniers jours à Auteuil. C'était peu de temps avant qu'elle parte.

Elle était redevenue d'une beauté extraordinaire, comme elle l'était quand elle était très jeune, avec ses yeux magnifiques. Je dois dire que j'ai emporté avec moi ce souvenir impérissable.

La roulotte

Des années durant, toute la famille Livi a vécu place Dauphine, dans un immeuble étroit, sur plusieurs étages, baptisé "La roulotte". Là, Jean-Louis Livi a été le témoin privilégié de la vie du couple. Il les a vu s'aimer, certainement passionnément, s'engueuler tout aussi passionnément. Il a vu les infidélités de Montand, souffert peut-être aussi en famille des retentissements médiatiques de ces aventures, notamment avec Marilyn Monroe à Hollywood. 

A ce sujet, voilà ce que disaient l'un et l'autre, à mots couverts à la fin des années 60 :

Simone Signoret : "Du moment qu'on m'épate, c'est bien. Moi j'aime bien qu'on m'épate. Mais en 20 ans, tous les êtres humains ont plein d'occasions de se décevoir, de se faire du mal, de se réconcilier, de se disputer, de cesser de s'aimer, ce qui ne veut pas dire qu'on se hait. En 20 ans aussi c'est formidable de pouvoir se dire qu'on est passé à travers tout ça. Dans le fond, ce serait très emmerdant d'être avec un monsieur qui plaise à personne. C'est là où l'instinct de la possession devient formidablement succulent. C'est de se dire 'Il vous plaît bien, hein ? Il est à moi'. Moi ça me plait bien d'avoir quelqu'un plait bien." 

Quant à Montand, voilà comment il évoquait à la même époque avec Jacques Chancel ses 20 ans de vie avec Simone Signoret : "Faut pas exagérer. Courir des risques. Des risques de quoi exactement au bout du compte : "On ne sait pas comment ce genre de choses-là commencent, mais enfin elles ont commencé. Et ça dure depuis près de 20 ans maintenant. Avec des hauts et des bas, des coups durs, mais ça fait une belle histoire." 

Marilyn

Jean-Louis Livi se souvient de ces engueulades parfois homériques : "Les engueulades étaient communes puisque nous étions une famille quand même explosive. La preuve, c'est qu'il y a eu des hauts et des bas."

Parmi les bas, il y eut l'aventure avec Marilyn Monroe nouée lors du tournage de "Let's make love" (Le Milliardaire) de George Cukor. 

En ce début de l'année 1960, le couple Montand Signoret est parti à la conquête de l'Amérique. Montand triomphe sur scène et Signoret s'apprête à recevoir un Oscar. Ils rencontrent et se lient d'amitié avec un autre couple flamboyant : Arthur Miller et Marilyn Monroe. C'est Miller qui souffle le nom de Montand à Cukor pour ce rôle de ce milliardaire qui se fait passer pour un acteur qui court le cachet à Broadway.

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Pendant le tournage, les Montand et les Miller sont logés au Beverly Hills Hotel de Los Angeles dans des bungalows mitoyens et deviennent vite inséparables. Mais Simone doit rentrer en Europe pour un tournage en Italie. Et Miller s'envole lui pour l'Irlande. 

Restés seuls, les deux acteurs se rapprochent et entament une liaison.

L'affaire fera la Une des magazines et pour les deux couples, il y aura un avant et un après. Jean-Louis Livi évoque avec beaucoup d'émotion cet épisode : "On peut dire tout ce qu'on veut, mais il a choisi de rentrer et de retrouver Simone. 

Je pense que la personne qui a le plus souffert dans cette histoire, c'est Marilyn. De très, très loin. 

J'ai lu des lettres que Marilyn a écrites à Montand. J'ai entendu Montand me parler d'elle et je crois que c'est elle qui a sans doute le plus souffert, puisque Simone avec sa force extraordinaire a pu passer non pas outre, mais a pu expliquer que ce sont des choses qui arrivent dans la vie. Mais Marilyn en est morte, je pense. Je pense que son histoire avec Montand a été une blessure terrible pour elle."

Dans ses mémoires, La nostalgie n'est plus ce qu'elle était, Simone Signoret parle avec beaucoup de tendresse de Marilyn. Lors de leur séjour au Beverly Hills Hotel, les deux femmes étaient devenue amies

"Marilyn était sa plus fervente admiratrice ajoute Jean-Louis Livi. Mais ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que c'est un destin. Il faudrait faire un opéra sur ce qui s'est passé à Los Angeles."