Jean-Louis Tripp publie chez Casterman, "Extases", premier tome d’une série de quatre, du récit introspectif, honnête et joyeux de sa vie sexuelle. L’occasion d’une rencontre

Extases de Jean-Louis Tripp
Extases de Jean-Louis Tripp © Casterman

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Le sexe toute sa vie, ou presque

Je crois que le sexe est une chose importante pour tout le monde. Mais nous vivons dans une société qui fait peser de tels tabous sur le sujet ! Dans les religions, la sexualité est présentée de manière si horrible, ou sale, que les gens n'osent plus assumer leur libido.

J'ai, moi-même, été victime de cette pression sociale pendant longtemps. C'est ce que je raconte dans cette série qui fera 4 tomes : comment j'ai réussi à faire sauter les verrous les uns après les autres. Mais le chemin a été long.

J’ai eu la chance d’être né à la bonne époque : né à la fin des années 50, j'ai vécu mon adolescence dans les années 1970, avant le sida, et après la libération sexuelle.

Poussé à raconter sa vie sexuelle par Loisel

Régis Loisel a publié un livre qui s'appelle Trouble fête, un chef-d’œuvre de la BD érotique. Chose que mon album n'est pas. On s'est beaucoup fréquenté avec Régis pendant 10 ans pour faire Magasin général. On avait donc le temps de parler de la BD que nous faisions ensemble, mais aussi de la vie. Il est devenu mon confident.

Là, dans le 1er tome d'Extases, ce sont les prémices, les débuts de ma vie sexuelle depuis mon enfance. Ensuite, je vais emmener le lecteur vers des endroits qui sont hors de la zone de confort de certaines personnes.

Moi je suis un curieux, un expérimentateur. Quand ça me titille, ou ça m’intrigue, j'ai envie d'essayer. Et quand j'ai un fantasme, j'ai envie de le vivre pour voir ce que ça procure. J'ai essayé beaucoup de choses, et Régis me disait : « mais ça il faut que tu le racontes ! ». Il était si friand de mes histoires qu’il m’a encouragé à écrire.

Des conditions matérielles exceptionnelles

J'ai eu la chance de tomber amoureux d'une fille à 16 ans et nous sommes restés des années ensemble. Deuxième chance : je vivais seul, j'avais une chambre à moi. Donc ces deux éléments essentiels nous ont permis de d'avoir un éveil à la sexualité de manière royale. Il n'y avait aucun problème logistique et on était amoureux ! Pendant ce temps-là, mes copains galéraient…

Extrait d'Extases de Jean-Louis Tripp
Extrait d'Extases de Jean-Louis Tripp / Casterman

Un milieu ouvert mais pas trop

Dans la génération de mon père, l'homophobie était généralisée. Mon père était communiste et pas très ouvert de ce côté-là. Il avait une espèce de puritanisme stalinien assez fort, tandis que ma mère n’est pas du tout comme ça. Mon père est décédé, mais je suis me suis demandé comment il aurait vécu le mariage gay.

La sexualité comme construction d’une personnalité

Ce que j'essaye de faire, avec ce livre, c’est de montrer en quoi la sexualité, cette chose si importante et si cachée, est un facteur absolument essentiel dans la construction d'une personnalité. Je crois aussi qu’un homme se construit sur un certain nombre de besoins. Pour moi il y en a 5 : la vitalité ou la santé, l'affectivité, la créativité, la spiritualité et la sexualité. La spiritualité était absente pendant mon enfance puisque j'ai été élevé dans une famille communiste. Or c'est un besoin. Donc plus tard, le refoulé est ressorti. Ça a commencé par un travail sur moi : la psychothérapie, puis la méditation, enfin, j'ai tournicoté autour du bouddhisme. Aujourd'hui, j'ai une vie dans laquelle la spiritualité est importante. Je pratique la méditation quotidiennement.

En même temps la sexualité à partir de l'adolescence a été très importante. Je ne sais pas pourquoi. Ni pourquoi la créativité a été une chose essentielle puisque j'en ai fait mon métier. Ni comment tout s’est mélangé pour construire ma personnalité.

La franchise de la démarche

L’honnêteté de mon récit c'est un engagement vis à vis de moi-même. A partir du moment où je me suis dit, que je racontais ma vie sexuelle, je ne me voyais pas le faire à moitié. L’intérêt de la démarche était de vraiment tout dire. Pour ne pas que ce soit de l’exhibitionnisme, il faut prendre la précaution de bien contextualiser les choses. Rien n'arrive comme ça ex-nihilo.

Pour ce qui est de l'honnêteté, j'ai été marqué par des gens qui ont ouvert des portes pour moi. Le journal de Fabrice Neaud à la fin des années 1990 ou La vie sexuelle de Catherine M (de Catherine Millet) ont été des déclencheurs. J'ai été bluffé par leur niveau de mise à nu. On trouve régulièrement dans la littérature des auteurs qui sont capables de cette vérité, mais il n'y a pas les images…

Je suis d’ailleurs effaré. Dans notre culture, on peut, par exemple, montrer au cinéma des boucheries sans nom, avec des décapitations à la chaine, mais dès qu'il y a trois poils et un sexe, on ne peut plus. Là, j'ai donc décidé de montrer l’amour comme c'est dans la vie. De ne pas faire un joli plan de coupe au moment où la partie la plus intéressante se déroule. Au cinéma, ils commencent à s'embrasser et à partir du moment où ils sont au lit, hop, on passe à autre chose. Moi, je montre.

Des dessins au service d’une introspection sexuelle

J’ai eu des périodes pendant lesquelles je faisais beaucoup de dessins érotiques. J'ai même publié deux histoires érotiques courtes au début des années 2000 dans L'Écho des savanes (Dont Marie et Thierry). La différence, ici, - même si on pourrait croire le contraire en ouvrant le livre au hasard et en tombants sur des sexes en gros plan, en action - est que ce livre érotique n'a pas été conçu pour exciter. Je montre les scènes d’amour uniquement quand elles sont absolument nécessaires à la compréhension du récit.

►►► A VENIR I Jean-Louis Tripp, invité de Laurent Goumarre dans Le Nouveau Rendez-vous

La leçon de dessin de Jean-Louis Tripp

Comment j’ai dessiné Extases :

Extases, où l’auteur découvre que le sexe des filles n’a pas la forme d’un x… de Jean-Louis Tripp est publié chez Casterman

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