Christophe Brusset était trader alimentaire. Dégoûté par ce qu'il a vu, il a démissionné et sorti un livre dénonciateur, "Et maintenant, on mange quoi ?" Invité au micro d'Ali Rebeihi, il explique comment il est possible aujourd'hui, en France, d'acheter des aliments au supermarché sans savoir TOUT ce qu'il y a dedans.

Christophe Brusset : "On bourre d’additifs, d’arômes, de sel, de colorants pour rendre joli un produit qui est en réalité tout pourri".
Christophe Brusset : "On bourre d’additifs, d’arômes, de sel, de colorants pour rendre joli un produit qui est en réalité tout pourri". © Getty / STUDIO BOX

Christophe Brusset a été pendant 25 ans trader alimentaire au sein de groupes internationaux : son métier consistait à acheter des matières premières alimentaires (agricole ou transformées) pour ensuite les revendre... en faisant, au passage, le maximum de marge au profit de la marque qu'il représentait. 

Pour cela, tous les moyens sont bons, ou presque. L'ancien trader évoque par exemple des cèpes chinois qui contiennent 20 à 70% d'asticots : "Pour les morceaux les plus contaminés, on les transforme en purée pour les utiliser dans les raviolis, dans les farces, dans tous les produits aromatisés au champignon".

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Choquant, vous trouvez ? "Il ne faut pas se méprendre" précise Christophe Brusset, "une entreprise est amorale. Ils ne veulent pas votre bien ou votre mal, ils sont là pour faire de l'argent. Le consommateur est un client, on va essayer de lui proposer le produit qu'il souhaite en utilisant toutes les astuces légales, ou un peu au-delà, pour faire un produit qui sera accepté et vendu. Le bien-être, la santé, etc., ce n'est pas leur problème".

Comment est-il possible de commercialiser ces "produits de merde" ?

Christophe Brusset explique : 

On nous demande de baisser les prix constamment... et à un moment donné, on ne peut plus baisser les prix sans baisser la qualité

… et aller, éventuellement, jusqu'à frauder : "J'ai visité des fournisseurs chinois avec des laboratoires avec tous les appareil dernier cri pour faire des miels fraudés exactement similaires au miel naturel avec du sirop de glucose/fructose, du sucre supérieur, des colorants, des pollens (pour que lorsqu'on fait l'analyse au microscope, on voit des pollens)".

L'étiquette ne dit pas tout

D'autant que, contrairement aux idées reçues, l'emballage n'éclaire pas véritablement le consommateur sur qu'il mange vraiment. Christophe Brusset témoigne de son expérience en tant que trader alimentaire : "Je vendais du miel, et sur l'étiquette il était écrit "Miel" mais je savais qu'à l'intérieur, c'était un assemblage artificiel de sirop de sucre. Donc non, les étiquettes ne disent pas tout".

Il dénonce aussi les additifs (colorant, texturant...) et les auxiliaires technologiques qui aident à maquiller les produits : 

On bourre d’additifs, d’arômes, de sel, de colorants pour rendre joli un produit qui est en réalité tout pourri.

La question dérangeante des auxiliaires technologiques

Christophe Brusset explique : "Les auxiliaires technologiques, ce sont 400 molécules, 17 catégories de produits qui ne sont pas listées sur les étiquettes ! Silence radio : vous n'avez pas moyen de savoir s'il y en a à l'intérieur. Par exemple, on extrait les matières grasses de certains produits avec un solvant organique, l'hexane, qui se retrouve dans le produit fini - mais on considère que c'est une aide technologique qui n’a pas besoin d'être déclarée. On ne sait pas s'il y en a beaucoup ou pas puisque ce n'est pas déclarable !"

Il y a des résidus et il ne sont pas négligeables.

Quelques exemples concrets : 

  • l'hexane

L'hexane est un solvant organique (toxique) dont on se sert pour produire les huiles, pour faire le beurre de cacao. On s'en sert aussi pour enlever certains arômes comme la vanilline. "On extrait ces matières grasses avec un solvant organique, qui se retrouve dans le produit fini. Mais ça, on considère que c'est une aide technologique qui n’a pas besoin d'être déclarée. On ne sait pas s'il y en a beaucoup ou pas puisque ce n'est pas déclarable". 

  • le diméticone

Pour ce produit, il y a des limites réglementaires : 10mg de diméticone par litre de jus d'orange. Cet auxiliaire est un anti-moussant (mais aussi un anti-poux !) utilisé pour qu'un jus d'orange soit bien homogène et brillant. Pourtant, il est considéré comme cancérigène.

Des applications pour vous aider à vous y retrouver

Des applications existent pour nous simplifier la vie et comprendre ce qu'il y a dans les produits. Leur fonctionnement est simple : il suffit de scanner les codes-barres des produits, elles nous traduisent les informations.

  • Open food facts (disponible sur l'App store et Google Play) répertorie les ingrédients, les allergènes, l’apport nutritionnel et toutes les infos présentes sur les étiquettes des aliments et les décrypte en proposant des liens pour aller plus loin.
  • Yuka (disponible sur l'App store et Google Play) dispense un verdict sans appel : « bon » ou « mauvais » pour la santé.

Aller plus loin

📖 Lire 

🎧 Ecouter l’intégralité de l'entretien avec Christophe Brusset au micro d'Ali Rebeihi

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