À 69 ans, le dessinateur et scénariste, auteur notamment de "Quartier Lointain", avait conquis un large public en France, tout en restant relativement peu célèbre au Japon.

Jirō Taniguchi au festival d'Angoulême en 2015
Jirō Taniguchi au festival d'Angoulême en 2015 © Maxppp / Hélène Rietsch

Né en 1947 à Tottori (Japon), il décide de devenir mangaka, auteur de mangas, en 1969. Mais c'est dans les années 70 qu'il va découvrir la bande dessinée européenne, totalement confidentielle à l'époque, et qui va inspirer très largement son style. Moins "dramatique", plus épuré que celui des autres mangaka, le trait de Taniguchi va également s'accompagner de scénarios moins typiques que ceux des mangas habituels. Il s'intéresse d'ailleurs, à partir des années 90, presque exclusivement à des histoires du quotidien.

Si on y pénètre en profondeur, une histoire peut apparaître même dans les plus petits et les plus banals événements du quotidien. C'est à partir de ces moments infimes que je crée mes mangas.

Taniguchi était un maître du récit intimiste pour Corinne Pelissier

Taniguchi casse aussi, au-delà du dessin et des scénarios, le format très explosé du manga traditionnel, décliné en épisodes presque à l'infini. Jirō Taniguchi privilégie, lui, les histoires uniques, à l'image des formats classiques de la BD franco-belge. Parmi ses influences, les œuvres de Jean Giraud, alias Moebius, avec qui il collaborera sur le manga "Icare". Et quand on lui demandait qui étaient, selon lui, les plus grands dessinateurs de l'Histoire, il citait certes les maîtres japonais Osamu Tezuka et Utagawa Hiroshige, mais aussi Edward Hopper, Vincent Van Gogh et Gustav Klimt.

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Amoureux et aimé de l'Europe

Dès lors, son succès en Europe, et particulièrement en France, va presque de soi. Il devient l'un des fers de lance de la collection "Écritures" lancée par Casterman, avec pour objectif de faire découvrir des bandes dessinées pour adultes, en noir et blanc, issues de pays différents. Son chef-d’œuvre "Quartier Lointain" sera même adapté au cinéma... Mais pas au Japon : c'est un réalisateur belge qui s'y attellera en 2010, un peu plus de dix ans après la sortie du manga du même nom. Le livre a également connu une adaptation au théâtre en 2011.

Il fut également l'un des invités d'honneur du festival d'Angoulême en 2015, et une grande exposition intitulée "Tanigushi, l'homme qui rêve" lui a été consacrée à cette occasion, avant d'être délocalisée à Versailles en 2016.

Exposition Tanigushi à Angoulême en 2015
Exposition Tanigushi à Angoulême en 2015 © Maxppp / Jean-Baptiste Quentin

Un succès européen qui surprenait l'auteur lui-même : "Au Japon, souvent on trouve mes histoires trop sobres, trop littéraires, alors qu'en France je sens une attention très profonde à mon travail, notamment au texte."

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