Acteur de sa vie. Acteur sur scène, Johnny Hallyday est un boulimique de cinéma, fasciné par les acteurs américains de l'âge d'or d'Hollywood. Il inspire les réalisateurs. On écrit pour lui des rôles sur mesure. Jean-Philippe Smet devient même un personnage incarné par Johnny.

Johnny Hallyday et son épouse à la présentation de "Vengeance", le film de Johnnie To, au Festival du film, à Cannes, en 2009.
Johnny Hallyday et son épouse à la présentation de "Vengeance", le film de Johnnie To, au Festival du film, à Cannes, en 2009. © AFP / ANCOIS GUILLOT

Il se rêvait acteur.  Il l'est devenu et pas seulement au cinéma.

A la fin des années 50, Jean-Philippe Smet prend un pseudonyme et prétend que son père est américain : le personnage de Johnny Hallyday est né.

Jean-Philippe devient Johnny sur scène, à l'écran et peut-être aussi dans la vie. 

Nous ne sommes que des interprètes. c'est comme les acteurs. Un acteur interprète un personnage, il donne l'émotion à travers le personnage qu'il joue et un chanteur à travers les textes qu'il chante.

À l'époque où il n'était que Jean-Philippe Smet, il se rêvait en rebelle tout de cuir vêtu. Un personnage sombre. Un héro ténébreux. Le regard en dessous façon Actor Studio. Il faut dire que pour sa première apparition au cinéma, il avait 11 ans. 

Certes, on le voit de dos, dans Les Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot.

Au départ, je ne voulais pas être chanteur. Je voulais être comédien et je suivais des cours de comédie au Centre d'Art Dramatique de la rue Blanche.

Johnny chante le week-end pour payer ses cours de comédie. Lorsqu'on lui propose d'enregistrer un disque, il n'y voit qu'un moyen de continuer à payer ses cours de comédie.

Manque de bol ou heureusement, c'est selon, ce premier disque marche et Johnny arrête les cours de comédie. 

Le cinéma lui fait les yeux doux

On le voit dans quelques films de jeunesse dont il est la vedette, surfant sur le succès de l'idole des jeunes. Les réalisateurs veulent le chanteur du moment. Ça tombe bien, c'est lui. Ce sera Les Parisiennes, ou il interprète Retiens la nuit à sa jeune partenaire, une certaine Catherine Deneuve.

Dans un premier temps, le cinéma n'a pas beaucoup d'imagination. On ne lui demande pas de faire l'acteur, on lui demande d'être Johnny à l'écran, et ce n'est pas ce dont il rêve. Cette première période se termine en 1972 avec L'aventure c'est l'aventure de Claude Lelouch où il joue à nouveau une star de la chanson, qui lui ressemble beaucoup. Trop. Ça ne lui plaît pas, alors il arrête.

C'est le drame des vedettes . On voit toujours en elles ce qu'elles ne sont pas. Car derrière le chanteur se cache un homme au destin particulier. Il faudra attendre Détective de Godard pour voir Hallyday porter sa croix à l'écran et balancer quelques répliques fatiguées qui ne sont rien d'autre qu'un résumé de sa vie écrit par Jean-Luc Godard.

Leur rencontre fut à l'image de Godard. Le réalisateur n'adresse pas la parole au chanteur avant de l'appeler 15 jours plus tard pour lui proposer de tourner dans son film.

Johnny raconte cet épisode à Frédéric Bonnaud dans Charivari en 2006 :

Tout le monde est d'accord, Johnny à l'écran, c'est une gueule, une présence, un jeu à l'économie. Il est prêt a endosser tous les costumes quitte à prendre ses fans à contre-pied, à casser son image. Laetitia Masson avec qui il a tourné Love Me en a fait l'expérience :

Cinéphage

Quand on a 16 ans et pas un rond, quand on voudrait être comédien, on se gave de cinéma. Et les symptômes peuvent persister très longtemps.

Johnny était un boulimique de cinéma. Il avait une salle de projection à domicile, voyait tout et regardait un ou deux films chaque jour.

D'un point de vue purement critique, (et là je cite Laurent Delmas qui co-présente On aura tout vu le samedi à 10h sur France Inter), "Johnny n'est pas Depardieu, ce n'est pas un acteur né et sa filmographie qui compte une trentaine de films ne relève pas de la cinéphilie pure. Mais ce qui est intéressant ce sont les rencontres... "

... Avec Patrice Leconte. C'est le chanteur qui sollicite le réalisateur et lui exprime son envie "d'être filmé par lui".

Dans L'Homme du train, Johnny donne la réplique à Jean Rochefort. Il obtient le prix Jean Gabin pour ce rôle et le film est couronné à la Mostra de Venise : meilleur acteur pour Jean Rochefort et meilleur film.

... Avec Fabrice Luchini dans Jean-Philippe de Laurent Tuel, même s'ils s'étaient déjà croisés sur le plateau de Conseil de famille de Costa Gavras en 1986.

Pour l'anecdote, la scène dans laquelle Luchini et Johnny sont sur la plage de Quiberon, Fabrice lui présentant le texte de Quelque chose de Tennessee, Johnny prenant sa guitare et entonnant la chanson presque instinctivement, est inspirée d'une scène vécue avec, à la place de Fabrice Luchini, Michel Berger présentant à son futur interprète la chanson qu'il lui a écrite.

Enfin, comme ultime mise en abîme, dans ses deux derniers films Rock'n roll de Guillaume Canet et Chacun sa vie de Claude Lelouch, il interprète son propre rôle

Aller + loin

Comment, lorsque l’on est "né dans la rue", devient-on un monument national ? La réponse est peut-être dans le feuilleton Appelez-moi Johnny, que France Inter vous proposait il y a quelques étés.

►►► (Ré)écouter Johnny Hallyday sur France Inter

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